Arbrealettres

Poésie

DÉSOLATION LE SUPPLICE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



DÉSOLATION
LE SUPPLICE

Depuis vingt ans je porte planté dans ma chair
— poignard brûlant — un chant énorme, un chant aux crêtes
de haute mer.

Je l’abrite et sers, et sa majesté
lasse mes entrailles.
De ces pauvres lèvres qui ont menti
faut-il le chanter ?

La langue de l’homme et ses mots caducs
n’ont pas la chaleur
de ses langues de feu, de son ardeur
au frémissement.

C’est comme un enfant, de mon sang caillé
qu’il se nourrit, lui,
mais jamais enfant n’a bu plus de sang
au sein d’une femme.

Ô terrible don ! Long roussissement
qui me fait hurler !
Que celui qui en moi l’aura planté
ait pitié !

***

DESOLACIÔN
EL SUPLICIO

Tengo ha veinte años en la carne hundido
– y es caliente el puñal –
un verso enorme, un verso con cimeras
de pleamar.

De albergarlo sumisa, las entrañas
cansa su majestad.
¿Con esta pobre boca que ha mentido
se ha de cantar?

Las palabras caducas de los hombres
no han el calor
de sus lenguas de fuego, de su viva
tremolacion.

Como un hijo, con cuajo de mi sangre
se sustenta él,
y un hijo no bebio mas sangre en seno
de una mujer.

¡Terrible don! Socarradura larga
que hace aullar
El que vino a clavarlo en mis entrañas
¡tenga piedad!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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