Arbrealettres

Poésie

Archive for 24 décembre 2015

OISEAUX DES ILES… (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



oiseau des îles [1280x768]

OISEAUX DES ILES…
(Pájaros de las islas…)

Oiseaux des îles, en votre affluence
il y a une volonté,
il y a un art secret, une divine science,
grâce d’éternité.

Vos évolutions d’élégance expressive,
signes sur l’azur,
épandent rêve à l’Orient, à l’Occident passion,
paix au Nord et au Sud.

Le triomphe des roses et la candeur des lys
sont pour vos yeux;
pour vos ailes lyriques, les brises d’Ulysse
et les vents de Jason.

Âmes douces, hermétiques, à l’éternel problème
vous êtes, abrégé prompt,
de même que le roc, l’ouragan et la gemme,
la voix et l’arc-en-ciel,

Oiseaux des îles, oiseaux marins !
Votre essor, en dépit
du bonheur de mes yeux, est problème divin
de ma méditation.

Et avec les ailes pures de mon désir ouvertes
vers l’immensité,
j’imite vos envols en quête des portes
de l’unique Vérité.

(Ruben Dario)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Evadée (Christine Lièvre)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



Les rumeurs de la terre
Aux sentes de ta soif
Ont libéré ta voix
Surprise par leurs charmes
Et les creux de tes pas
De pluie gonflés de larmes
Laissent écouter la paix
D’un nouveau ciel d’espoir.

(Christine Lièvre)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’entre dans ton amour comme dans une église (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



J’entre dans ton amour comme dans une église
Où flotte un voile bleu de silence et d’encens;
Je ne sais si mes yeux se trompent, mais je sens
Des visions de ciel où mon coeur s’angélise.

Est-ce bien toi que j’aime ou bien est-ce l’Amour?
Est-ce la cathédrale ou plutôt la Madone?
Qu’importe ! Si mon coeur remué s’abandonne
Et vibre avec la cloche au sommet de la tour !

Ou’importent les autels et qu’importent les vierges,
Si je sens là, parmi la paix du soir tombé,
Un peu de toi qui chante aux orgues du jubé,
Quelque chose de moi qui brûle dans les cierges.

(Georges Rodenbach)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chemin des arbres (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



Le Chemin du cèdre

J’ai rencontré le cèdre
Nous nous sommes tous deux reconnus. Il m’a dit :
« C’est toi, toi que je sais, dont les bras sont enduits
de ma résine blanche et dont les cheveux brillent
de mes fines aiguilles
et dont les poches craquent
de mes pommes de cèdre… »

Je n’ai rien dit.
Mais son odeur à lui,
d’encens, d’ambre et de cèdre,
est bien ce que je sais comme il sait tout le reste.

Le Chemin du chêne

J’ai rencontré le chêne,
le vieux chêne aux abeilles,
Il a toujours le cœur ouvert, mais moins d’abeilles,
moins de miel semble-t-il au fond de son cœur noir.
Des essaims l’ont quitté peut-être –
ou j’ai passé trop tard ce soir.
Le chêne secouait sa vieille tête
comme un homme bien seul…

Le Chemin de l’ormeau

J’ai rencontré l’ormeau.
Pas un ormeau célèbre,
mais un ormeau sans ex-voto,
tournant le dos à la route des hommes.

Sa colonne de bois, rugueuse, nue, énorme,
quelqu’un l’a-t-il jamais serrée entre ses bras?
Nous l’avions mesurée avec un fil de soie
la colonne de bois qui ne s’arrête pas
de grossir en silence.

Mais grossir – qui jamais voit grossir un ormeau?
Tant de jours et de nuits, tant de soleil et d’eau,
de paix, d’oubli, de chance…tant et tant!
Entre les émondeurs, les chenilles, l’autan,
J’ai rencontré la Patience.

Le Chemin des genévriers

J’ai retrouvé mes petits genévriers,
tordus, piquants roussis, cramponnés aux rochers
comme des acrobates.
Ah! le bleu d’outremer de leurs petites baies
le long des couchants écarlates!

Ils se hérissent, ronds ou si déchiquetés
que tout le ciel traverse
leurs petits corps fantasques.
Le gazon ras joue au tapis de Perse
mais le vent s’y jette en bourrasque.

Ici, les lièvres et les chèvres
Échappent aux hommes d’en bas
Ici bleuissent les genièvres
pour l’oiseau que l’on ne voit pas.

Petit grain bleu, sauvage, amer,
semé parmi les toisons rousses
d’arbres nains que l’hiver rebrousse
comme les oursins dans la mer.

Le Chemin du roseau

Puis j’ai rencontré le roseau,
le roseau vert qui dit : « Je plie et ne romps pas ».
Les pieds dans l’eau,
il se courbait si bas
que ses rubans encombraient le ruisseau.
Il avait oublié son âme de pipeau.

Son front vert saluait, saluait sans relâche,
son dos se balançait comme un dos de serpent
et jamais le soleil ne le voyait en face.

Il disait aux pipas :
« je plie et ne romps pas, je plie et ne romps pas… »
enfin, ce qu’il disait au chêne
de Monsieur Jean de La Fontaine.

Et l’âne qui broutait l’a brouté tout de même.

Je n’ai pas rencontré le baobab.

(Sabine Sicaud)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 5 Comments »

AN AUGUST MIDNIGHT (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



 

MINUIT D’AOÛT

I
Une lampe sourde, un rideau qui frémit,
Et quelque part la cadence d’une horloge.
Un faucheux, un phalène, un bourdon,
Entrent dans ce décor — ailés, cornus, hirsutes —
Et sur ma page, flaneuse s’est posée
Une mouche. Assoupie, elle astique ses pattes.

II

Nous voici donc cinq réunis dans la paix
De cette heure, en ce lieu précis.
Mes visiteurs polluent d’encre fraîche ma page,
heurtent la lampe, retombent sur le dos.
Et moi, pensif : « Très humbles, nées de Dieu ! ».
Qui savent de la Terre des secrets que j’ignore.

***

AN AUGUST MIDNIGHT

I
A shaded lamp and a waving blind,
And the beat of a clock from a distantor:
On this scene enter — winged, horned, and spined —
A longlegs, a moth, and a dumbledore ;
While’ mid my page there idly stands
A sleepy fly, that rubs its hands…

II
Thus meet we five, in this still place,
At this point of time, at this point in space.
— My guests besmear my new penned line,
Or bang at the lamp and fall supine.
`God’s humblest, they !’ I muse. Yet why ?
They know Earth-secrets that know not I.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE FLEUVE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



LE FLEUVE

L’ange exilé des cieux qui porte le silence
Se mire dans le Fleuve où se fane le soir.
Et sur le bord tranquille où la Paix vient s’asseoir
La nuit répand, suave, un vent de confidence.

L’âme se laisse aller sur des flots sans cadence.
Le souvenir, errant aux rives du passé,
Recherche l’aviron que les temps ont brisé,
Pour rembarquer l’azur des jours en décadence.

Mais le Présent écoute au vague étang désert
Vibrer, comme un cristal, la pureté des airs
Sous l’essaim des oiseaux que la blancheur escorte.

Et, virginal parmi les vols immaculés,
Un grand héron, penché sur les mois écoulés,
Attend le vain retour des belles lunes mortes.

(Jacques Rabemananjara)
Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MARGUERITE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




MARGUERITE

I

Mon jardin est peuplé de chimère et de fleurs :
Maturité des fruits ou promesse des roses ?
Marchant dans la blancheur des lis, mon ange en pleurs
Murmure des secrets au seuil des printemps roses.

Azure d’un vol bleu les confins de l’enclos !
Ah ! comme la beauté triste de tes murmures
Adoucirait mon coeur, si l’aveu des sanglots,
Ange, pouvait s’entendre au-delà des ramures !

Renaissantes splendeurs des lunes sur le parc !
Refrains des soleils morts qui traînent sous les branches !
Réveillez-vous, Espoirs, et soutenez un arc
Richement triomphal sur les pelouses blanches.

II

Guide-moi vers l’ombrage où nous attend l’Amour.
Garde bien l’oasis et les floraisons vertes :
Glorifiant la nuit sur la tombe du jour,
Glanons de beaux rayons aux murailles désertes.

Un astre que nos voeux sauront longtemps bénir
Unira nos destins flambants de feux de cierges.
Unique volupté ! Frissons de souvenir !
Ubéreuse aventure à travers les champs vierges !

Est-ce que je devrais, à l’ombre du bonheur,
Effeuiller de nouveau les peines et les larmes ?
Errants dans la forêt où chasse la Douleur,
Emploierons-nous la vie à conquérir des charmes ?

III

Rêves que j’ai formés depuis que ton regard
Remplace au firmament les miracles stellaires !
Reposons-nous tardifs dans la paix des remparts
Roses de crépuscule et de visions claires…

Il me faut t’ériger un temple de bambous,
Immoler à tes pieds ma plus tendre génisse.
Ivre, je répandrai son sang sur tes genoux :
Immobile elle aura l’ardeur du sacrifice.

Tenterai-je l’assaut des autels que défend
Ton geste impérial de sibylle et de reine ?
Tu fixeras plutôt dans mes songes fervents,
Timides et pieux notre heure souveraine.

Enlacés dans le faste et l’éclat du matin,
Ensemble nous lierons les gerbes du destin :
Et nous irons cueillir des fleurs de « Marguerite »
Enceintes de parfum, de silence et de rite…

(Jacques Rabemananjara)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La tête en bas (Câline Henry-Martin)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015



Si tu viens au bas de mon chêne
Capter mes ombres et ma langueur,
Si tu tends vers mon ciel
Un regard de douceur sous tes cils,

Caresse le vent des feuilles
Au souffle de mes vers.
Il te dira le rêve, et la mer qui m’emporte.

Si tu viens en ami, douloureux en solitude,
Ensemble nous écrirons à l’envers de ma plume.
De nos gestes poèmes, claire magie de l’aube,
Nous peindrons l’horizon – et le bas de mon chêne –
Et couvrirons la terre d’un feu de joie immense.
Nommerons-nous l’Amour ?
La Paix est à nos pieds
«Carpe Diem»

(Câline Henry-Martin)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La douceur de la chose effleurée (Paul Valery)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




La douceur de la chose effleurée
répand dans tout l’être
dont la main l’effleura,
une sorte de message d’inquiétude voluptueuse,
qui, dans l’instant même,
transforme le présent,
l’aveugle sur le reste des choses,
lui donne un penchant d’avenir,
un avenir instantané sèche ou humecte la bouche,
suspend le souffle,
échauffe le visage,
serre le cœur
et fait du regard
un chef-d’œuvre d’éloquence,
un parleur pathétique.

(Paul Valery)

Illustration: François Gérard

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Thé (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




 


Le Thé

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandra Levasseur

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :