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Poésie

Archive for 29 décembre 2015

SERRE D’ENNUI (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



SERRE D’ENNUI

Ô cet ennui bleu dans le cœur !
Avec la vision meilleure,
Dans le clair de lune qui pleure,
De mes rêves bleus de langueur !

Cet ennui bleu comme la serre,
Où l’on voit closes à travers
Les vitrages profonds et verts,
Couvertes de lune et de verre,

Les grandes végétations
Dont l’oubli nocturne s’allonge,
Immobilement comme un songe,
Sur les rosés des passions;

Où de l’eau très lente s’élève,
En mêlant la lune et le ciel
En un sanglot glauque éternel,
Monotonement comme un rêve.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Alexandre Trauner

 

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Chansons d’amant (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



 

Chansons d’amant

Brèves sont les douces terres
lentes sont les mers
l’amer passé délétère
gît à mon diaphragme amer

Brève est la colline
si lente est la plaine
brève est la clairière
si lente la lapide

Par delà la colline et par delà la plaine
pas sur pas, coupe sur coupe, dans l’infini de ton haleine
je vais ma marche prisonnière

Mon bon cheval des luttes est mort le long des grèves
ma compagne mémoire s’est assoupie de rêve sans trêve
mon glaive s’est brisé contre Vécu du chevalier-frère
mon bouclier je l’ai laissé aux chanteuses de la taverne
ah ! des sources méconnues pour en onder mon front malade
et des seins portraits des siens pour que ma lèvre hiverne
Vers des cloches argentines
Vers des lèvres matutines …

Porche inconnu peut-être asile de celle qu’on destine
au misérable fils inéluctable des héros
peut-être ayant vaincu la menace de tes créneaux
verrai-je un sourire épanouir la fête de mourir
au pèlerin des morts d’aimer, -opposez vos haches et vos carreaux

(Gustave Kahn)

Illustration: Georges Antoine Rochegrosse

 

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Rien ne m’est plus que ta présence (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Rien ne m’est plus que ta présence
et les courbes souveraines de ta face
et les portiques de ta voix ;
Rien ne m’est plus que ton attente.

La halte inutile du temps ;
avant le frisson qui m’attend
et le charme de mes mains sur tes seins
Rien ne m’est plus que ta présence

De tes beaux yeux la paix descend comme un grand soir
et des pans de tentes lentes descendent gemmées de pierreries
tissés de rais lointains et de lunes inconnues
des jardins enchantés fleurissent à ma poitrine
cependant que mon rêve se clôt entre tes doigts
à ta voix de péri la lente incantation fleurit
imprégné d’antérieurs parfums inconnus
mon être grisé s’apaise à ta poitrine
et mes passés s’en vont défaillir à tes doigts.

Aux terres désertes du bonheur, nous demeurerons immobiles
les regards enfouis dans nos yeux : dans Vile
Vile imprévue, sans rade, sans mer et sans abords.
Au temple de ton geste mes vœux annelés d’or
baignés dans l’infini des yeux las de l’idole
rêveront des blancheurs des pourpres et des hyperboles
pour dire l’oraison de ton repos dans notre soir.

(Gustave Kahn)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Ta tristesse inconnue dans tes yeux (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Ta tristesse inconnue dans tes yeux, si loin dans la foule
et n’y pouvoir porter les paroles des baisers
et tes yeux mes bonheurs, soleils dans la foule
et n’y pouvoir dormir à l’ombre de tes cils et les baiser.

La magie de ta nuit brune et pâle qui demeure
hors mes mains et ma voix et le levier de mes fois
et ce perpétuel présent et ce hier si autrefois
en ce passé sans date où le cercle de tes bras seul demeure.

Et ce cher rêve de ne jamais mourir en toi
et la mémoire du parfum qui ne peut s’abolir en moi
oh vous, tous les instants, toutes les lignes, toutes les joies
baissez vos lèvres à moi, venez dormir en moi.

(Gustave Kahn)

Illustration

 

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Voix de l’heure implacable et lente (Gustave Kahn)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Voix de l’heure implacable et lente,
Timbre avertisseur du passé,
Encore un lourd pan de l’attente
Qui s’est écoulé fracassé !

Rien dans le passé, rien dans le présent…
Encore un lambeau d’heure évanouie !
Un semblant qui s’en va des printemps séduisants,
Un départ, un baiser, une note inouïe.

Oh ! le douloureux infini
Qu’on ressent au larges musiques,
Au-delà des clartés plastiques
Dans les puissances mécaniques,
Oh ! le douloureux infini !

Rien dans l’avenir, rien dans le remords ! –
Le coeur est blessé d’une flèche étrange ;
Un désir pénétrant et vague qui le mord,
Concert inexpliqué qu’un accroc bref dérange !

(Gustave Kahn)

Illustration: ArbreaPhotos  

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Inscriptions champêtres (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Inscriptions champêtres

Printemps, ô frêle et bleue anémone,
Dans la langueur pâle de tes yeux clairs
L’amour a mis son âme éphémère,
Mais le vent passe et tu frissonnes.

Eté, quand l’orgueil des roseaux sur la rive
Marque le cours du fleuve vers la mer, le soir
On voit dans l’eau des ombres se coucher pensives :
Lents et doux, les bœufs s’en vont à l’abreuvoir.

Automne, il pleut des feuilles, il pleut des âmes,
Il pleut des âmes mortes d’amour, les femmes
Contemplent l’occident avec mélancolie,
Les arbres font dans l’air de grands gestes d’oubli.

Hiver, femme aux yeux verts tombés sous le linceul des neiges,
Tes cheveux sont poudrés de gel, d’amertume et de sel,
O momie, et ton cœur vaincu, docile aux sortilèges,
Dort, escarboucle triste, au fond de ta chair immortelle.

(Remy de Gourmont)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Les roses dans l’orage (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Les roses dans l’orage

Les roses pâles sont blessées
Par la rudesse de l’orage,
Mais elles sont plus parfumées,
Ayant souffert davantage.
Mets cette rose à ta ceinture,
Garde en ton cœur cette blessure,
Sois pareille aux roses de l’orage.
Mets cette rose en un coffret
Et souviens-toi de l’aventure
Des roses blessées par l’orage,
L’orage a gardé son secret,
Garde en ton cœur cette blessure.

(Remy de Gourmont)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La voiture de fleurs (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



La voiture de fleurs

I
L’ivresse des jasmins, la tendresse des roses,
Ces robes, ces figures, ces yeux, toutes les nuances,
Les violettes pâles et les pivoines roses
Où l’amour se pâme avec indolence :

Ainsi s’en va, traîné le long des rues,
Le songe de mes anciens printemps,
Cependant qu’une femme a rougi d’être nue
Dans la foule indiscrète des amants.

Pourquoi ? Tu as senti l’odeur de mon désir ?
Tu as senti la fraîcheur amoureuse des nuées
Tomber sur tes épaules, et le plaisir
Souffler du vent dans tes cheveux dénoués ?

Je ne te voyais pas. Je regardais les femmes et les fleurs
Comme on regarde des étoffes ou des images :
Je me souviens alors de toutes les couleurs
Qui enchantaient mes premiers paysages.

Ces belles fleurs m’apportent des campagnes et des jardins,
Dans leurs aisselles et parmi les plis frais de leurs feuilles,
Je reconnais le goût des filles des chemins,
Du sureau, de la sauge, du tendre chèvre-feuille ;

Je promène mon rêve autour de tes rosiers
Et de tes pavots, parc aux antiques sourires ;
Puis je me glisse à travers la houle de vos halliers,
Bois où mon cœur avec joie se déchire.

II
Je me souviens des bois et des jardins,

Des arbres et des fontaines,
Des champs, des prés et aussi des chemins

Aux figures incertaines.

Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur,

Aimait mon adolescence,
II a toujours l’adorable fraîcheur

Et la chair de l’innocence.

Il a toujours le chant de son ruisseau,

Et les plumes de ses mésanges
Et de ses geais et de ses poules d’eau,

Et le rire de ses anges

Car on entend souvent au fond des bois

Des souffles, des voix frileuses,
Et l’on ne sait si ce sont des hautbois

Ou l’émoi des amoureuses.

Il a toujours les feuilles de ses aulnes

Dont les troncs sont des serpents ;
Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes

Et ses houx aux fruits sanglants,

Ses coudriers aimés des écureuils,

Ses hêtres, qui sont des charmes,
Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils,

Ses cerisiers pleins de larmes ;

Ses grands iris, dans leur gaîne de lin,

Qu’on appelle aussi des flambes,
Ses liserons, désir rose et câlin,

Qui grimpe le long des jambes :

Liserons blancs, aussi liserons bleus,

Liserons qui sont des lèvres,
Et liserons qui nous semblent des yeux

Doux de filles ou de chèvres ;

Beaux parasols semés d’insectes verts,

Angéliques et ciguës ;
Vous qui montrez à nu vos cœurs amers

Belladones ambiguës ;

Blonds champignons tapis sous les broussailles,

Oreilles couleur de chair,
Morilles d’or, bolets couleur de paille,

Mamelles couleur de lait !

Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois

Est un lit et un asile,
Un confident aimable à nos émois,

Une idée et une idylle.

*

Mais un désir me ramène au jardin :

Je retrouve ses allées,
Ses bancs verdis, ses bordures de thym,

Ses corbeilles dépeuplées.

Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers,

Ses myrtes un peu moroses,
Et voici les rubis de ses mûriers

Et ses guirlandes de roses.

Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul,

Dans la rumeur des abeilles,
Et je retrouve, en méditant, l’orgueil,

O sourire, et tes merveilles.

Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir

Et la tendresse des aubes :
Je veux, ayant vécu de l’aube au soir,

Vivre aussi du soir à l’aube.

Le présent rit à l’abri du passé

Et lui emprunte ses songes :
Le renouveau d’octobre a des pensées

Douces comme des mensonges.

O vieux jardin, je vous referai tel

Qu’en vos nobles jours de grâce ;
J’effacerai tous les signes de gel

Qui meurtrissaient votre face.

III

Voilà toutes les fleurs, qui passaient dans les rues,
En ce matin équivoque de mai.
Viens, leurs demeures me sont connues :
Nous les retrouverons aux jardins du passé.

Viens respirer l’odeur jeune de la vieille terre,
Du bois et du grand parc abandonné aux oiseaux.
Viens, nous ferons jaillir de son cœur solitaire
Des moissons de fruits et de rêves tendres et nouveaux.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Regarde mûrir le beau fruit (René Maublanc)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



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Regarde mûrir le beau fruit,
Mais détourne tes lèvres goulues:
Tu sais bien qu’il n’est pas pour toi.

19 Février 1922.

(René Maublanc)

Illustration: William Glacken

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Je veux bien la voir (René Maublanc)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2015



Karine Daisay, Jalousie

Je veux bien la voir,
Son fiancé aussi,
Mais pas ensemble.

22 Juin 1919.

(René Maublanc)

Illustration: Karine Daisay

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