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Poésie

Archive for 4 janvier 2016

Tu seras aimé (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016



 

Duy Huynh -   (52)

Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse
sans que l’autre s’en serve pour affirmer sa force

(Cesare Pavese)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Duy Huynh

 

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ETE (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016



 

Eugène Grasset  -Girl-in-Garden,- m [1280x768]

ETE

Il est un jardin clair, herbe sèche et lumière,
Entouré de murets, qui réchauffe sa terre
Doucement. Lumière qui évoque la mer.
Tu respires cette herbe. Tu touches tes cheveux
Et tu en fais jaillir le souvenir.
J’ai vu
Bien des fruits doux tomber sourdement sur une herbe
Familière. Ainsi tressailles-tu toi aussi
Quand ton sang se convulse. Ta tête se meut
Comme si tout autour un prodige impalpable avait lieu
Et c’est toi le prodige. Dans tes yeux,
Dans l’ardent souvenir, la saveur est la même.
Tu écoutes.
Les mots que tu écoutes t’effleurent à peine.
Il y a sur ton calme visage une pensée limpide
Qui suggère à tes épaules la lumière de la mer.
Il y a sur ton visage un silence qui oppresse
Le cœur, sourdement, et distille une douleur antique
Comme le suc des fruits tombés en ce temps-là.

(Cesare Pavese)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Eugène Grasset

 

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Tu es comme une terre (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




Tu es comme une terre
que personne jamais n’a nommée.
Tu n’attends rien
si ce n’est la parole
qui jaillira du fond
comme un fruit dans le branches.
Un vent vient jusqu’à toi.
Arides et fanées, des choses
t’encombrent et vont au gré du vent.
Membres et mots anciens.
Tu trembles dans l’été.

(Cesare Pavese)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

 

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Le jardin sur la place (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016



 

Giampaolo Ghisetti -  (19)

Le jardin sur la place, enfoui
dans la fraîcheur et dans l’obscurité.
Dans la nuit, les maisons
qui se perdent dans le noir, gigantesques,
font entrevoir entre leurs masses des lumières.

Un désert terrifiant au fond du ciel
lointain, entre les étoiles.
La grande fièvre splendide
s’assourdit lorsqu’elle atteint ce noir.
Ici c’est le silence,
l’immobilité haute d’un cimetière.

Les bruits et les lumières
parviennent du lointain,
d’au-delà de ces arbres.

De vivantes lumières
jaillissent dans le noir,
les voix les plus joyeuses
hululent frénétiques
dans le triste abandon.

Étouffées elles viennent mourir
dans le noir insondable
comme de pâles suicidés
encore fous d’amour pour la vie.

Écouter dans le cœur
les passions lointaines,
les écouter qui montent dans la nuit,
sur le moite parfum de la terre.

Une flore inconnue
de désir, enfermée dans ce ciel
de noir et de silence.

Une flambée qui perce dans le noir
comme la lueur rouge
qui saigne entre les arbres.

***

Il giardino profondo, sulla piazza,
di oscurità et freschezza.
Nella notte, le case
che si perdono enormi nel buio
mostrano tra le masse qualche luce.

Un deserto pauroso in fondo al cielo
remoto, tra le stelle.
La grande febbre splendida
s’attutisce giungendo in questo buio.
Qui è silenzio,
l’alta immobilità di un cimitero.

I rumori et le luci
giungono di lontano,
di là da queste piante.

Dentre l’oscurità
sgorgano luci vive,
ululano frenetiche
nell’abbandono triste
le vo più gioiose.

Giungono soffocate
a morire nel buio senza fondo
come suicidi pallidi
folli ancora di amore per la vita.

Ascoltare nel cuore
le passioni remote,
ascoltarle salire nella notte
sul profumo umidiccio della terra.

Una vegetazione sconosciuta
di desiderio, chiusa in questo cielo
di buio e di silenzio.

Uno sboccio di fuoco dentro il buio,
come quel lume rosso
che sànguina tra gli alberi

(Cesare Pavese)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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Toi aussi tu es l’amour (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




Toi aussi tu es l’amour.
Tu es de sang et de terre
comme les autres. Tu marches
tel celui qui ne peut s’arracher
au seuil de sa maison.
Tu regardes tel celui qui attend :
sans rien voir. Tu es terre
qui souffre et se tait.
Tu as des sursauts, des peines,
des paroles — tu marches
en attente. L’amour
est ton sang — et c’est tout.

(Cesare Pavese)

 

 

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Les arbres du lac t’ont vue un matin (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




Les arbres du lac
t’ont vue un matin.
Pierres, chèvres, sueur,
existent hors du temps
comme l’eau du lac.
La douleur, le tumulte des jours
n’effleurent pas le lac.
Les matins passeront,
les angoisses passeront,
d’autres pierres, d’autres sueurs
te rongeront le sang
— mais pas pour toujours.
Quelque chose restera.
Un matin reviendra
qu’au-delà du tumulte,
tu seras seule sur le lac.

(Cesare Pavese)

Illustration

 

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LE VIN TRISTE (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




LE VIN TRISTE

Le plus dur, c’est de s’asseoir sans se faire remarquer.
Le reste vient tout seul. Trois gorgées
et puis l’envie renaît de penser solitaire.
Un décor de lointains qui bourdonnent se découvre soudain,
chaque chose se perd, et être né et regarder son verre,
ça devient un miracle.
Le travail (l’homme seul ne peut pas s’empêcher de penser au travail)
redevient le destin très ancien qu’il est beau de souffrir
pour pouvoir y penser. Puis, douloureux, les yeux
se fixent dans le vide, comme ceux d’un aveugle.
Si cet homme se lève et qu’il rentre pour dormir,
il a l’air d’un aveugle qui a perdu son chemin.
N’importe qui pourrait déboucher d’une rue et le rouer de coups.
Une femme pourrait déboucher et s’étendre dans la rue,
jeune et belle, couchée sous un autre homme, gémissante
comme jadis une femme gémissait avec lui.
Mais cet homme ne voit rien. Il rentre pour dormir
et la vie n’est que silence qui bourdonne.
A le déshabiller cet homme, on ne voit que des membres épuisés,
et un peu de poil brutal, çà et là. Dirait-on
que des veines où jadis la vie était ardente
courent tièdes en cet homme ? Personne ne croirait
que jadis une femme ait caressé ce corps
et embrassé ce corps, qui frissonne,
et l’ait baigné de larmes, maintenant que rentré
pour dormir, l’homme n’y parvient pas mais gémit.

(Cesare Pavese)

Illustration: Pablo Picasso

 

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La grande ville (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




La grande ville écrasée de nuages,
au milieu de la campagne,
se colore d’un vert apeuré,

Marcher le long des rues interminables
sous un ciel noirâtre
fendu dans le lointain
par un horizon clair,
sous l’haleine mouillée de la pluie.

C’est l’âme qui respire
loin de l’ennui, du froid,
c’est une voie de salut.
Le fond de la rue
dans la clarté lointaine –
a l’aspect d’un visage rêveur.
J’imagine un grand ange sévère
vert et gris, planant sur l’horizon,
par-delà les nuages.
Je vis maintenant dans cet abîme blanc.
Et pour un instant d’éternité,
je relève la tête.

Mais le vert et le gris faits de pluie et de boue
prolongent dans le vent
l’ennui monotone des rues.
Sous le ciel noirâtre
je me débats au milieu de vaines choses
qui me martèlent comme des litanies.

(Cesare Pavese)

Illustration

 

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Toi aussi tu es colline (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016





Toi aussi tu es colline
et sentier de rochers,
brise dans les roseaux,
et tu connais la vigne
qui se tait à la nuit.
Tu es sans paroles.

Il y a une terre taciturne
et ce n’est pas ta terre.
Un silence qui dure
sur arbres et collines.
Des eaux et des campagnes.
Tu es silence mûré,
inflexible, tu es lèvres,
sombres yeux. Tu es la vigne.

C’est une terre qui attend
et qui est sans paroles.
Des journées ont passé
sous des cieux enflammés.
Tu as joué aux nuages.
C’est une terre mauvaise — et ton front le sait bien.
Ça aussi, c’est la vigne.

Tu retrouveras
nuages et roseaux, et les voix
comme une ombre de lune.
Tu retrouveras des paroles
par-delà la vie brève
et nocturne des jeux,
et l’enfance fervente.
Le silence sera doux.
Tu es la terre et la vigne.
Un silence fervent
brûlera la campagne
comme les feux au soir.
(Cesare Pavese)

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L’enfant n’ose pas regarder dans l’ombre (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016



 

Sergey Reznichenko - ImpressioniArtistiche-47 [1280x768]

L’enfant n’ose pas regarder dans l’ombre,
Et pourtant il sait bien que pour devenir homme
Il devra se perdre dans le soleil et se faire aux regards du ciel.

(Cesare Pavese)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Sergey Reznichenko

 

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