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Poésie

Archive for 5 janvier 2016

Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! Et vois
comme tout s’abandonne à tes moindres caprices :
Des bruits de sabots d’or se font, là-haut, complices
du grand souffle d’amour dont frémit le vieux toit.

La chaumière n’est plus qu’un foyer d’incendie
où nous venons brûler nos coeurs et nos atouts.
La cheminée éclate et rayonne et dédie
sa gerbe incantatoire à nos derniers tabous.

J’exalte ta beauté hautaine et la noblesse
de l’encolure où vient folâtrer mon Désir.
Dans l’étreinte tu sais mêler force et faiblesse.

Mais, moi, dans ce conflit de larme et de plaisir,
m’obséderont toujours et tes longs cris d’Archange
perdu et tes grands yeux noyés de perle étrange.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Anne Coqueau

 

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Une minute (Une montre)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Qu’elle soit de silence ou papillon,
une minute dure toujours 60 secondes.

(Une montre)

 

 

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Le chemin (Héraclite)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Le chemin qui monte
et celui qui descend
sont un et identiques

(Héraclite)

 

 

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Conversation avec la pierre (Wislawa Szymborska)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016


Je frappe à la porte de la pierre
”C’est moi, laisse-moi entrer.
je viens te voir, te visiter
sentir ton souffle”

”Va-t-en, dit la pierre
Je suis fermée à clé.
Même brisée en morceaux
nous resterons toujours fermés,
même réduite en sable
nous ne laisserons entrer personne.”

Je frappe à la porte de la pierre.
”C’est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par simple curiosité
et la vie est l’unique occasion.
Je voudrais seulement me promener dans ton palais
avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau.
Je n’ai pas beaucoup de temps
car je n’ai qu’une vie.

– Je suis faite de pierre, dit la pierre.
Je dois rester sérieuse. Va-t-en,
tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides
majestueuses et sans bruit de pas
que personne n’a jamais vu.
Avoue que tu ne les connais pas toi-même.

-De grandes salles vides c’est vrai
mais il n’y a pas de place, dit la pierre.
Belles, peut-être
mais pas d’une beauté perceptible à tes sens.
Tu peux me savoir, mais jamais me connaître.
Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence
Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi
ni prendre refuge
Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile.
Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne.
J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides
sans toucher à rien.

Comme preuve de ma visite
j’écrirai seulement quelques mots
et d’ailleurs personne ne me croira.

– Tu n’entreras pas, dit la pierre.
Tu n’as pas le sens du partage
et aucun autre sens ne peut le remplacer
pas même la clairvoyance de l’au-delà.
Tu n’entreras pas,
tu ne connais pas le partage
tu n’en a qu’une image lointaine.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.
Je ne peux pas attendre deux mille siècles
pour venir chez toi.

– Si tu ne me crois pas, dit la pierre
demande à la feuille, elle te dira la même chose,
et la goutte d’eau te dira comme la feuille.
Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux.
Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire
comme si j’avais appris à rire.

Je frappe à la porte de la pierre
– C’est moi, laisse-moi entrer.

– Je n’ai pas de porte, dit la pierre.

(Wislawa Szymborska)

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Sauce aux laminaires (Rigyû)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016


 

Sauce aux laminaires
soudain il aperçoit les fleurs
le frère cuisinier

(Rigyû)

 

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Non, non, ce n’est pas une devinette (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016



Non, non, ce n’est pas une devinette,
hélas, ce n’est pas une devinette,
que ce soit ici ou ailleurs,
je ne me reconnais plus.

(René Daumal)

Découvert ici: https://purrien.wordpress.com/

Illustration

 

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Voici que nous revient l’écho des jours élus (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Voici que nous revient l’écho des jours élus
où tu m’as révélé l’énoncé du miracle.
Quel émerveillement ! Belle comme un oracle,
tu me dictes, depuis, l’ordre de mon salut.

Tu es l’Initiée et tu es la Magie.
Possédant le secret des rites interdits,
tu me fais d’un seul geste ouvrir ce paradis
dont mon âme eut toujours la vive nostalgie.

Rappelle-toi. D’abord, sous les cierges jumeaux,
l’alcôve devenue un sanctuaire intime :
mais qui donc est l’idole et qui donc la victime !

Puis, l’errance à travers digues, rocs et hameaux.
Brusquement c’est l’arrêt divin et la capture
de l’instant éternel figé dans l’Aventure !

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Théodore Chassériau

 

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RIEN QUE MESSAGE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




RIEN QUE MESSAGE

Je t’apporte, Déesse, un salut blanc comme la neige.
Un salut nouveau comme le printemps.
Je te l’apporte
riche de tous mes souhaits, de tous mes voeux inavoués.

Mais quel message inédit
récitera l’Oracle du Nord ?

Chaque parole atteint mon coeur d’une lueur de certitude
Manne combien précieuse
dont comble l’affamé du désert ta bouche d’or,
ta bouche de miel
promise au seul baiser de l’extase…

Depuis avant l’aube,
l’attente de l’instant divin
ronge,
fait défleurir l’arbre de la solitude.

Le feu d’un lent tourment
monte de la racine au col des sommets.
L’incendie avance
aussi certain que la marée ;
et toute la plaine s’embrase
mouvante où souffle le Vent nouveau de la Frontière.

Depuis l’aube d’hier,
depuis les chants du Premier Jour,
la terre s’interroge : image de l’âme en éveil.
Et l’oeil hanté
du pâtre-errant a perdu le fil du sommeil.

Les pieds du pèlerin
saignent encore sur la ronce et les os durs des carrefours.
Les perfides poussières
en ont limé la force vive avant l’Etape.

Lassitude ! Lassitude !
Rien que lassitude
sur les sables blancs de l’étendue.

La mort
a d’une main sûre lancé la foudre en flamme,
lancé jusqu’au-delà de la prairie,
sur l’herbe rouge des savanes !

Et m’a ravi le brusque orage
comme l’Aigle la douce Colombe.

Et les ténèbres
ont englouti les cris de mon sang,
ont couvert l’abîme septuple
de l’Angoisse et de l’amertume.

Et j’ai dévoré mes larmes jusqu’à la source,
et j’ai dévoré mes doigts jusqu’aux ongles.

Qui n’a pas reconnu le mendiant,
l’Aveugle à la voix rauque,
assis aux bornes du sentier ?

Le mendiant d’Amour
qui s’en allait pieds nus à travers l’ortie et l’épine,
qui s’en allait quêter la joie au bras de l’horizon !

Voici
qu’au tournant de la nuit
le geste d’un dieu propice
suscite l’Archange clair au bord du précipice !

Et c’est toi que j’acclame, faste de l’aube seconde !
Azur frais et lisse d’un ciel lavé tes yeux d’iris et de béryl.
Plus fabuleux que l’or du Rhin,
que la perle rouge à Golconde !
Irrésistibles
comme l’appel de la magie ou le signe du destin !

[…]
(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Ma soeur, il se fait tard (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Ma soeur, il se fait tard. Le jour devient timide.
La colline rosit, au loin… L’herbe est humide.

Ecoute… Les bouviers sur les pas des troupeaux
Troublent de leurs appels la sente et les coteaux.

Le lac prochain s’endort. Les sarcelles s’envolent.
Sur les roseaux pensifs, comme autant de corolles,

Les blancs oiseaux des Dieux songent avec ferveur…
Il se fait tard, ma soeur. La nuit et sa faveur

Nous ramènent bientôt aux soins de nos mystères.
C’est l’heure… Descendant aux jardins de la terre,

Les mânes protecteurs, les Esprits et les Morts
Viennent de leurs enfants apaiser les remords,

Exaucer des mortels les voeux et les offrandes,
Et sur nos mains verser des grâces odorantes.

Que le vent nous libère et chasse les hiboux
De l’ombre inviolée et chaste des bambous !

Mais déjà l’arc-en-ciel empourpre la savane
D’une splendeur au ton mystique et diaphane.

De la lune alahmade invoquant le flambeau,
Allons prier, ma soeur, prier sur les tombeaux…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Géraldine Potron

 

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