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Poésie

Archive for 6 janvier 2016

Locataires (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



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Locataires

J’ai dans mon cartable
(C’est épouvantable !)
Un alligator
Qui s’appelle Hector.

J’ai dans ma valise
(Ça me terrorise !)
Un éléphant blanc
Du nom de Roland.

J’ai dans mon armoire
(Mon Dieu, quelle histoire !)
Un diplodocus
Nommé Spartacus.

Mais pour moi le pire,
C’est sous mon chapeau
D’avoir un vampire
Logé dans ma peau.

(Jean-Luc Moreau)

 

 

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OFFRANDE OBSCURE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



OFFRANDE OBSCURE

J’apporte mon mauvais ouvrage
Analogue aux songes des morts,
Et la lune éclaire l’orage
Sur la faune de mes remords :

Les serpents violets des rêves
Qui s’enlacent dans mon sommeil,
Mes désirs couronnés de glaives,
Des lions noyés au soleil,

Des lys au fond des eaux lointaines
Et des mains closes sans retour,
Et les tiges rouges des haines
Entre les deuils verts de l’amour.

Seigneur, ayez pitié du verbe !
Laissez mes mornes oraisons
Et la lune éparse dans l’herbe
Faucher la nuit aux horizons !

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: William Blake

 

 

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CLOCHES DE VERRE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



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CLOCHES DE VERRE

Ô cloches de verre !
Etranges plantes à jamais à l’abri !
Tandis que le vent agite mes sens au dehors !
Toute une vallée de l’âme à jamais immobile !
Et la tiédeur enclose vers midi !
Et les images entrevues à fleur du verre !

N’en soulevez jamais aucune !
On en a mis plusieurs sur d’anciens clairs de lune.
Examinez à travers leurs feuillages:
II y a peut-être un vagabond sur le trône,
On a l’idée que des corsaires attendent sur l’étang,
Et que des êtres antédiluviens vont envahir les villes.

On en a placé sur d’anciennes neiges.
On en a placé sur de vieilles pluies.
(Ayez pitié de l’atmosphère enclose!)
J’entends célébrer une fête un dimanche de famine,
II y a une ambulance au milieu de la moisson,
Et toutes les filles du roi errent, un jour de diète, à travers les prairies!

Examinez surtout celles de l’horizon !
Elles courent avec soin de très anciens orages.
Oh ! Il doit y avoir quelque part une énorme flotte sur un marais !
Et je crois que les cygnes ont couvé des corbeaux !
(On entrevoit à peine à travers les moiteurs)

Une vierge arrose d’eau chaude les fougères,
Une troupe de petites filles observe l’ermite en sa cellule,
Mes sœurs sont endormies au fond d’une grotte vénéneuse !

Attendez la lune et l’hiver,
Sur ces cloches éparses enfin sur la glace !

(Maurice Maeterlinck)

Illustration

 

 

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Dormir (Daniel Biga)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



Dormir

Je ne me suis jamais habitué au moment incertain
– bien que revécu quotidiennement –
où de la veille j’entre dans le sommeil.

Comment, quand tombe-t-on dans l’inconscience ?
Cela ne relève pas d’un instant précis,
plutôt d’une durée,
un peu comme lorsqu’on avance sur un chemin qui se déroule
et sans qu’on s’en rende compte tourne.
Lorsqu’on se retourne le paysage a changé,
et l’on ne voit plus ce qui se cache
derrière le dernier tournant.

Ainsi – comme dormir –
mourir nous changera-t-il d’horizon.

(Daniel Biga)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Une mouche prise dans une toile d’araignée (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



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Une mouche prise dans une toile d’araignée

J’ai
connu un homme
qui
mourait
d’un cancer.

Il avait
la patience
d’une mouche
prise
dans une toile d’araignée.

Avant
de mourir,
il a demandé,

 » Quelle heure est-il ?  »

(Richard Brautigan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Il faut sauver le vent (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



Il faut sauver le vent
Les oiseaux brûlent le vent
dans les cheveux de la femme solitaire
qui revient de la nature
et tisse des tourments
Il faut sauver le vent

***

Origen

Hay que salvar al viento
los pájaros queman el viento
en los cabellos de la mujer solitaria
que regresa de la naturaleza
y teje tormentos
Hay que salvar al viento

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Roués de fatigue et d’exil (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



Roués de fatigue et d’exil
ils ploient sous les coups
de leurs destins aléatoires.
Nous ne saurons jamais
le goût de la joie
ou de la souffrance
qui allaite leurs lèvres
le parfum perdu
de leur premier et dernier
rêve.
Nous ne saurons jamais
que le sang et le souffle
vivent une autre vie
dans nos mêmes silences.

(Alain Suied)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

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S’irriguer au reflet (Pierre Warrant)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



 

S’irriguer au reflet
écouter la source
s’habiller de pierre
emprunter la neige

être
à l’oubli du temps
dans l’énigme
de l’immense

avoir
ce qu’on ignore
ce presque tout
volé au vent.

(Pierre Warrant)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Ne cherche pas à combler le manque (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



Ne cherche pas à combler le manque
il te constitue. Ne cherche pas à ignorer
le manque : tu le constitues.
Être au monde – voilà ce qui compte
et voilà ce qui disparaîtra.
Le monde existe quand tu le perds.

Ne cherche pas à scruter le vide
il a tes yeux. Ne cherche pas à voiler
le vide : tu le restitues.
Aimer le monde – voilà ce qui survivra.
Le monde répond quand tu l’oublies.

(Alain Suied)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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L’éternelle chanson (Rosemonde Gérard)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2016



L’éternelle chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j’ai pu dire  » Je t’aime  » ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d’une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.

Et comme chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
Qu’importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave – et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.
C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s’il se peut l’impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J’enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d’une richesse rare
J’aurai gardé tout l’or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s’achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J’aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d’antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d’amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

(Rosemonde Gérard)

Illustration

 

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