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Poésie

Archive for 18 janvier 2016

Les caresses (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Les caresses

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente !

O femme, vainement tu serres dans tes bras
Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence :
Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats !
Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras,
Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance.

Et tu pleures ta mère, ô fils, en l’embrassant ;
Regrettant que ta vie aujourd’hui t’appartienne,
Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant :
Va ! Ta chair ne peut plus redevenir son sang,
Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne.

Amis, pour vous aussi l’embrassement est vain,
Vains les regards profonds, vaines les mains pressées :
Jusqu’à l’âme on ne peut s’ouvrir un droit chemin ;
On ne peut mettre, hélas ! Tout le cœur dans la main,
Ni dans le fond des yeux l’infini des pensées.

Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs
Par de plus grands désirs et des formes plus belles,
Amants que le baiser force à crier : « Je meurs ! »
Vos bras sont las avant d’avoir mêlé vos cœurs,
Et vos lèvres n’ont pu que se brûler entre elles.

Les caresses ne sont que d’inquiets transports,
Infructueux essais d’un pauvre amour qui tente
L’impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Le mur est massif (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016



 

Le mur est massif, de pierre pleine, dur, fini; pourtant il suinte
Le mur est lisse, neuf et vieux, durable, et pourtant il est lézardé,
et par la faille sourd et glisse une goutte, une bête, une mousse Le
mur accomplit son rôle, il borde, il bouche, il sépare, il dérobe, il
obstrue, et pourtant est-ce à lui de le faire, il protège, il soutène
l’insecte à 100%, il se lamente, il adosse la décision, il est compté
jusqu’à l’ose, il transperce les eaux, il vient de laisser passer la main
qui inscrivait, il met mortel en tête

Ici est tombé
Ici a vécu
Ici est mort
Ici a passé

(Michel Deguy)

 

 

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Dans la rue des Blancs-Manteaux (Jean-Paul Sartre)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c’était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Le bourreau s’est levé tôt
C’est qu’il avait du boulot
Faut qu’il coupe des généraux
Des évêques, des amiraux,
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Sont venues des dames comme il faut
Avec de beaux affûtiaux
Mais la tête leur faisait défaut
Elle avait roulé de son haut
La tête avec le chapeau
Dans le ruisseau des Blancs-Manteaux

(Jean-Paul Sartre)

 

 

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Corps et âmes (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Corps et âmes

Heureuses les lèvres de chair !
Leurs baisers se peuvent répondre ;
Et les poitrines pleines d’air !
Leurs soupirs se peuvent confondre.

Heureux les cœurs, les cœurs de sang !
Leurs battements peuvent s’entendre ;
Et les bras ! Ils peuvent se tendre,
Se posséder en s’enlaçant.

Heureux aussi les doigts ! Ils touchent ;
Les yeux ! Ils voient. Heureux les corps !
Ils ont la paix quand ils se couchent,
Et le néant quand ils sont morts.

Mais, oh ! Bien à plaindre les âmes !
Elles ne se touchent jamais :
Elles ressemblent à des flammes
Ardentes sous un verre épais.

De leurs prisons mal transparentes
Ces flammes ont beau s’appeler,
Elles se sentent bien parentes,
Mais ne peuvent pas se mêler.

On dit qu’elles sont immortelles ;
Ah ! Mieux leur vaudrait vivre un jour,
Mais s’unir enfin !… dussent-elles
S’éteindre en épuisant l’amour !

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Pour la Renaissance des Feuilles (Emmy Guittès)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016


Il n’y a que la vie! …
Si la Mort n’était qu’apparence,
Et s’il n’y a pas de Néant
Dans l’univers du mouvement,
De la danse des pensées folles,
Et de l’Energie Primordiale
Qui œuvre dans les Temps sans fin
Pour la Renaissance des Feuilles

(Emmy Guittès)

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Le rire des tourterelles (Jean Dutourd)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




La cage où vivent des ailes
Au tremblement uni
Et dont plane défini
Le rire des tourterelles

(Jean Dutourd)

 

 

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De loin (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




De loin

Du bonheur qu’ils rêvaient toujours pur et nouveau
Les couples exaucés ne jouissent qu’une heure.
Moins ému, leur baiser ne sourit ni ne pleure ;
Le nid de leur tendresse en devient le tombeau.

Puisque l’œil assouvi se fatigue du beau,
Que la lèvre en jurant un long culte se leurre,
Que des printemps d’amour le lis, dès qu’on l’effleure,
Où vont les autres lis va lambeau par lambeau,

J’accepte le tourment de vivre éloigné d’elle.
Mon hommage muet, mais aussi plus fidèle,
D’aucune lassitude en mon cœur n’est puni ;

Posant sur sa beauté mon respect comme un voile,
Je l’aime sans désir, comme on aime une étoile,
Avec le sentiment qu’elle est à l’infini.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Pomme et poire (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016


 

Pomme et poire
Dans l’armoire

Fraise et noix
Dans le bois

Sucre et pain
Dans ma main

Plume et colle
Dans l’école

Et le faiseur de bêtises
Bien au chaud dans ma chemise.

(Luc Bérimont)

Illustration

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Moi, le soleil couchant (Shabkar)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016


Ciel vide et lumineux
au-delà de tous les liens,
Demeure.
Moi, le soleil couchant
resplendissant de lumière,
Ne resterai point.

Je passe derrière la cime occidentale
Pour réapparaître bientôt,
Au-dessus des montagnes du levant.

(Shabkar)

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Une flèche (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




Je transporte une flèche enfoncée dans mon coeur,
Une flèche de bronze d’or ou de mirage.
Mais quand j’accuserais le « dur Eros vainqueur »
Cela n’apaiserait mon tourment ni ma rage.

(Maurice Fombeure)

 

 

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