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Poésie

Archive for 22 janvier 2016

Perpendiculaire (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Perpendiculaire

Facile est de dire
Que je tombe à pic.
Mais c’est aussi sur moi
Que l’autre tombe à pic.

(Eugène Guillevic)

 

 

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Parallèles (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Droites paralleles

Parallèles

On va, l’espace est grand,
On se côtoie,
On veut parler.
Mais ce qu’on se raconte
L’autre le sait déjà,
Car depuis l’origine
Effacée, oubliée,
C’est la même aventure.
En rêve on se rencontre,
On s’aime, on se complète.
On ne va plus loin
Que dans l’autre et dans soi.

(Eugène Guillevic)

 

 

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A vol d’oiseau (Michel Luneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



A vol d’oiseau

Où va-t-il, l’oiseau sur la mer ?
Il vole, il vole…
A-t-il au moins une boussole ?

Si un coup de vent
Lui rabat les ailes,
Il tombera dans l’eau
Et ne sait pas nager.

Et que va-t-il manger?
Et si ses forces l’abandonnent,
Qui le secourra ? Personne.

Pourvu qu’il aperçoive à temps
Une petite crique !
C’est tellement loin, l’Amérique…

(Michel Luneau)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Le cœur libre (Santoka Taneda)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



le cœur libre
les vagues furieuses
s’approchent se retirent

***

心むなしく
あらなみのよせては
かへし

kokoro munashiku, aranami no yoseteha, kaeshi

(Santoka Taneda)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Madrigal lyrique (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Madrigal lyrique

Vous êtes grande de tout un corps charmant
Dont l’ombre est à vos pieds, parmi les roses
Qu’effeuillent vos mains en rêvant ;
La douce fleur, pétale à pétale, se pose
En papillons légers et lents ;
La tige, peu à peu, s’envole de sa rose,
Et la flûte à l’écho s’accorde dans le vent.
Vous êtes belle de tout un visage qui sourit,
De vos yeux clairs qui vous font douce
À votre bouche
Où le sourire en sa grâce s’endolorit
Comme l’espoir
Qui, lèvre à lèvre, joint et touche
Les lèvres de la tristesse qui lui sourit
En son miroir…
La flûte avec le vent s’est tue au fond du soir.
Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours
Qui, un à un, vers vous s’en viennent
Menant l’Amour
Nu dans sa robe d’or et de laine
Avec sa gourde et son diadème ;
A vos roses il mêlera ses épis lourds
Et, pas à pas, la main dans la sienne,
Vous irez vers l’aurore et, dans la nuit sereine,
Où s’est brisée avec le vent ma flûte vaine,
Vous entendrez,
Une à une, sous les roses et les cyprès,
Chanter dans l’ombre les fontaines.

***

Lyrical Madrigal

You are tall, all your body a charm,
Its shadow at your feet among the roses
Plucked by your dreaming hands;
The gentle flower petal by petal, alights
As light, slow butterflies;
The stems gradually rises from the rose
And the flute tunes itself to the windy echo.
You are beautiful, all your face a smile
From your bright eyes that give you tenderness
To your mouth
Where a graceful smile aches
Like hope
That lip to lip joins and touches
The lips of the sadness that smiles to it
In its mirror…
The flute with the wind has fallen silent in the depths of the evening.
You are beautiful with all your life and all your days
That, one by one, come towards you
Leading love
Naked in its dress of gold and wool
With its gourd and diadem;
It will join its heavy spikes to your roses
And, step by step, your hand in his,
You will walk towards the dawn and in the tranquil night,
When my unavailing flute broke in the wind,
You will hear,
One by one beneath the roses and the cypress trees,
The fountains singing in the shadows.

(Henri de Régnier)

 

 

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Vœu (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Vœu

Je voudrais pour tes yeux la plaine
Et une forêt verte et rousse,
Lointaine
Et douce
A l’horizon sous un ciel clair,
Ou des collines
Aux belles lignes
Flexibles et souples et vaporeuses
Et qui sembleraient fondre en la douceur de l’air,
Ou des collines
Ou la forêt…

Je voudrais
Que tu entendes,
Forte, vaste, profonde et tendre,
La grande voix sourde de la mer
Qui se lamente
Comme l’amour;
Et, par instant, tout près de toi,
Dans l’intervalle,
Que tu entendes,
Tout près de toi,
Une colombe
Dans le silence,
Et faible et douce
Comme l’amour,
Un peu dans l’ombre,
Que tu entendes
Sourdre une source…

Je voudrais des fleurs pour tes mains,
Et pour tes pas
Un petit sentier d’herbe et de sable
Qui monte un peu et qui descende
Et tourne et semble
S’en aller au fond du silence,
Un tout petit sentier de sable
Où marqueraient un peu tes pas,
Nos pas
Ensemble !

***

Vow

For your eyes I should like the plain
And a forest, green and russet,
Distant
And gentle
On the horizon under a clear sky,
Or hills
Finely contoured,
Flowing and smooth and misty,
and that would seem to melt in the soft air,
Or hills
Or the forest…

I should like
You to hear,
Strong, huge, deep and gentle,
The great muffled voice of the sea
Which laments Like love;
And at times,
close by you,
In between,
May you hear
Close by you,
A dove
In the silence,
And faint and sweet
Like love,
Somewhat in the shade,
May you hear
The welling source…

I should like flowers for your hands
And for your steps
A little grassy, sandy path
That rises a bit and descends
And turns and seems
To go off to the far end of silence,
A very small sandy path
Which your steps would mark,
Our steps
Together!

(Henri de Régnier)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Le Départ (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Le Départ

Je n’emporte avec moi sur la mer sans retour
Qu’une rose cueillie à notre long amour.
J’ai tout quitté ; mon pas laisse encor sur la grève
Empreinte au sable insoucieux sa trace brève
Et la mer en montant aura vite effacé
Ce vestige incertain qu’y laissa mon passé.
Parlons ! que l’âpre vent en mes voiles tendues
Souffle et m’entraîne loin de la terre perdue Là-bas.
Qu’un autre pleure en fuite à l’horizon
La tuile rouge encore au toit de sa maison,
Là-bas, diminuée et déjà si lointaine !
Qu’il regrette le clos, le champ et la fontaine !
Moi je ferme la porte et je ne pleure pas.
Et puissent, si les dieux me mènent au trépas,
Les flots m’ensevelir en la tombe que creuse
Au voyageur la mer perfide et dangereuse !
Car je mourrai debout comme tu m’auras vu,
Sur la proue, au départ, heureux et gai, pourvu
Que la rose à jamais de mon amour vivant
Embaume la tempête et parfume le vent.

***

The Departure

I take with me on the sea of no return
A single rose gathered from our long-lasting love.
I have left everything; my step yet leaves on the strand
Printed on the careless sand its fleeting mark
And the advancing sea will have quickly effaced
This uncertain remnant of my past.
Let us go! May the harsh wind in my straining sails
Blow and carry me far from the lost land
Yonder. May another weep on the fleeing horizon
For the still red tiles of his home,
Yonder, smaller and already so distant!
May he long for the orchard, the field and the fountain!
I close the door, I do not weep.
And may, if the gods lead me to my doom.
The waves bury me in the tomb dug
For the traveller by the perfidious, dangerous sea!
For I shall die upright as you will have seen me,
On the prow, when departing, happy and gay, provided
That the ever living rose of my love
Embalms the storm and perfumes the wind.

(Henri de Régnier)

 

 

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Résignation (Louis Ménard)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Résignation

C’est une pauvre vieille, humble, le dos voûté.
Autrefois on l’aimait, on s’est tué pour elle.
Qui sait ? Peut-être un jour tu seras regretté
De celle qui dit non, maintenant qu’elle est belle.

Elle aussi vieillira, puis l’ombre universelle
La noîra, comme toi, dans son immensité.
Il faut que les grands dieux, pour leur œuvre éternelle,
Reprennent le bonheur qu’ils nous avaient prêté.

Nous sommes trop petits dans l’ensemble des choses ;
La nature mûrit ses blés, fleurit ses roses
Et dédaigne nos vœux, nos regrets, nos efforts.

Attendons, résignés, la fin des heures lentes ;
Les étoiles, là-haut, roulent indifférentes ;
Qu’elles versent l’oubli sur nous ; heureux les morts !

(Louis Ménard)

Illustration:Alain Amevet

 

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Où donc est la lumière ? (Abdelwahab El-Bayati)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Les veilleuses s’éteignent dans ma poitrine
Où donc est la lumière ?
Ouvrez les portes de la lumière
Ouvrez-les
Mes amis les pauvres
Mes amis les poètes
Dans le silence des pleurs

(Abdelwahab El-Bayati)

 

 

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Douleur de l’enfantement (Abdelwahab El-Bayati)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Douleur de l’enfantement

Il a dit : tue-moi car j’aime tes yeux
Et c’est à cause de toi que je pleure
Sur la carte postale des églises gothiques rouges
se baignaient, dans le soleil
Picasso sur la couverture du dernier numéro de la revue
Vie fixe la lumière d’un autre monde
Elle a dit : la langue de la rose fleurit au jardin
De la nuit (…)

(Abdelwahab El-Bayati)

 

 

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