Arbrealettres

Poésie

L’eau vivante (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



L’eau vivante vraiment et vraiment féminine
Aime le ciel, comme en un hymen consenti,
Reflétant ses couleurs — et sans nul démenti !
Car, pour lui correspondre en tout, elle élimine
Les choses qui pourraient mitiger son reflet,
Et soi-même s’oblige à rester incolore.
Quel émoi douloureux si le vent éraflait
Ce cristal où le ciel lointain trouve à s’enclore,
Infidèle miroir désormais nul et nu!
Il est des jours dans cet amour tout ingénu,
Dans cet amour du ciel et de l’eau, des jours tristes
Où le ciel gris clans l’eau se retrouve si peu;
Puis d’autres où l’eau gaie absorbe tout son bleu,
Bleu de mois de Marie et de congréganistes.
Mais c’est le soir surtout que devient mutuel
Leur amour, à l’heure où l’eau pâmée et ravie
Brûle des mêmes feux d’étoiles que le ciel!
Lors plus rien n’est dans eux qui les diversifie.
Ressemblance ! Miracle inouï de l’amour
Où chacun est soi-même et l’autre tour à tour…
Or, dans l’assomption de la lune opportune,
— Comme l’amour de deux amants silencieux,
Pour se prouver, se réciproque dans leurs yeux,—
On voit le ciel et l’eau se renvoyer la lune

(Georges Rodenbach)

 

 

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