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Poésie

Archive for 8 février 2016

La pauvreté me dévisage (Bernard Perroy)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



La pauvreté me dévisage
et je ne sais pas
si elle vient de moi
ou de cet homme
assis sur le trottoir,

tandis que sa voix
et la mienne se perdent
dans la rue qui bourdonne
comme pour mieux nous faire saisir
ce silence d’empathie
qui bourgeonne de nos deux coeurs.

**

Poverty stares at me
and I don’t know
if it comes from me
or that man
sitting on the sidewalk,

while his voice
and mine are lost
in the buzzing street
as if to better seize us
this silence of empathy
budding of our two hearts.

(Bernard Perroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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CHANSON (René Char)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



CHANSON

Dans l’amour la vie a encore
L’eau pure de ses yeux d’enfant
Qui s’ouvre sans savoir comment
Sa bouche est encore une fleur

Dans l’amour la vie a encore
Ses mains agrippantes d’enfant
Ses pieds partent de la lumière
Et ils s’en vont vers la lumière

Dans l’amour la vie a toujours
Un coeur léger et renaissant
Rien n’y pourra jamais finir
Demain s’y allège d’hier

(René Char)

Illustration: Thomas-Alexander Harrison

 

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BLASON DÉDORÉ DE MES RÊVES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



BLASON DÉDORÉ DE MES RÊVES

Je suis fils de mes origines
J’en ai les rides les ravines
Le sang léger la sève épaisse
Les sommets flous les caves sombres
La rosée et la rouille
Je m’équilibre et je chavire
Comme les couches de terrain
Et je m’étale et je me traîne
Je brûle et je gèle à jamais
Et je suis insensible
Car mes sens engloutissent
La chute et l’ascension
La fleur et sa racine
Le ver et son cocon
Le diamant et la mine
L’œil et son horizon

(René Char)

Illustration

 

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OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS

La dernière hirondelle
A tresser une corbeille
Pour retenir la lumière
La dernière à dessiner
Cet œil déserté

Dans la paume du village
Le soir vient manger les graines
Du sommeil animal

Bonne nuit à la pensée

Et j’appelle le silence
Par son plus petit nom.

(René Char)

Illustration: Sonia Mandel

 

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Au plafond de la libellule (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



Au plafond de la libellule
Un enfant fou s’est pendu,
Fixement regarde l’herbe,
Confiant lève les yeux :
Le brouillard léger se lèche comme un chat
Qui se dépouille de ses rêves.
L’enfant sait que le monde commence à peine :
Tout est transparent.
C’est la lune qui est au centre de la terre
C’est la verdure qui couvre le ciel
Et c’est dans les yeux de l’enfant,
Dans ses yeux sombres et profonds
Comme les nuits blanches
Que naît la lumière.

(Paul Eluard)

Illustration

 

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L’amour dessine (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



L’amour dessine dans mes yeux le corps convoité
comme un lanceur de couteaux
tatouant sur le mur avec crainte et adresse
la nudité immobile de celle qu’il aime.

Ainsi, dans l’ombre, fragments de ceux que j’ai aimés,
lubriques visages adolescents,
parmi eux je suis un autre fantôme.

Parfois, dans la nuit,
ils m’ont dit que mon cœur n’existait pas.
mais j’écoute les chansons ambiguës
d’un pays dévasté par les pluies.

**

El amor dibuja en mis ojos el cuerpo anhelado
como un lanzador de cuchillos
tatuando en la pared con temor y destreza
la desnudez inmóvil de la que ama.

Así, en lo oscuro, fragmentos de los que amé,
lúbricos rostros adolescentes,
entre ellos soy otro fantasma.

A veces, en la noche,
me dijeron que mi corazón no existe.
pero escucho canciones ambiguas
de un país arrasado por las lluvias.

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

 

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Nous croyons tous en un Dieu (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



Nous croyons tous
en un Dieu
mais ce qui arrive
n’a pas de nom

Nous sommes comme des ivrognes
devant la nuit –
l’un de nous
fixe trop longtemps son rêve
et devient aveugle
un autre
panse sa vie blessée
un troisième protège
la forme de cire d’une morte contre le matin
qui roule par-dessus les toits
dans un tonneau en feu

C’est un nouveau jour
assourdissant
qui excite la cruauté

Un ange déchu
veille à ma droite
avec des pierres
et des oiseaux morts

(Anise Koltz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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J’écris pour votre solitude ce soir (Marie Uguay)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



j’écris pour votre solitude ce soir
mes mots n’atteignent pas la surface de l’eau
rien ne bouge au fond des yeux
nul ne remue dans la ville interne
nulle racine ne prolonge sa soif
aucun or glacé ne souffle sur le fleuve
mais la rive basse luit dans ses rails mouillés
ses silos et le mica lunaire de ses comptoirs
vous êtes seul à chercher des mains votre oubli
(mais aucune hésitation pour cette absence)

(Marie Uguay)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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Quand l’autrefois s’appelait encore le maintenant (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



Auguste Macke -Girls-Under-the-Trees [800x600]

quand l’autrefois s’appelait
encore le maintenant (ou jamais)
il y avait de la verdure
qui contrastait avec le ciel
il y avait de la solitude
et des tas d’autres endroits
où pleurer rire jouer boire
n’était pas indécent
il y avait un peu de sang
qui brillait au bord du ruisseau
mais ce n’était qu’une fleur rouge
et le vent la faisait frémir
comme une âme de jeune fille

(Jean-Claude Pirotte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Auguste Macke

 

 

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