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Poésie

Archive for 10 février 2016

PARLE-MOI (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



PARLE-MOI

Donne-moi la brise en les feuilles rieuses,
Et le vent qui court en poussière aux chemins,
Et l’arôme sain des flores pieuses,
Tous les hiers et les demains;

Donnez-moi le poème des fleuves graves,
Le regard placide des lacs oubliés,
Le rêve intraduit des heures suaves
Où nos regrets sont palliés;

Donnez-moi l’Océan, en la nuit, qu’on écoute
— En la nuit des yeux clos ou des astres voilés —
Donne-moi l’aveu de ton âme toute
Et le son de tes songes parlés;

Parle-moi de ta voix aux gammes réelles
— Que m’importe, à présent, la banale victoire:
J’ai songé vingt ans à des choses mortelles,
Et l’Ombre m’a drapé de ses langes de gloire.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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UN OISEAU CHANTAIT (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



UN OISEAU CHANTAIT

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
Sur un chêne au bois,
— Autrefois —
Un rayon de soleil courait sur les blés lourds;
Un papillon flottait sur l’azur des lents jours
Que la brise éventait;
L’avenir s’érigeait en mirages de tours,
Qu’enlaçait un fleuve aux rets de ses détours;
C’était le château des fidèles amours.
— L’oiseau me les contait.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
La chanson de mon rêve;
Et, voix de la plaine, et voix de la grève,
Et voix des bois qu’Avril énerve,
L’écho de l’avenir en riant mentait:
Du jeune coeur, l’âme est la folle serve,
Et tous deux ont chanté
Du Printemps à l’Eté.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait d’espérance et de joie,
Chantait la vie et ses tournois
Et la lance qu’on brise et la lance qui ploie;
Le rire de la dame qui guette
Le vainqueur dont elle est la conquête;
La dame est assise en sa gonne de soie
Et serre sur son coeur une amulette.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
De l’aube jusqu’en la nuit:
Et dans les soirs de solitaire ennui
Sa chanson me hantait;
Si bien qu’au hasard de paroles très douces
Je me remémorais ses gammes,
Apprises parmi les fougères et les mousses,
Et les redisais à de vagues dames,
Des dames blondes ou brunes ou rousses,
Des dames vaporeuses et sans âmes.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait la chanson de l’orgueil;
Et dans les soirs nerveux d’émois
Je l’écoutais du seuil;
Ils sont morts, les vieux jours de fiers massacres;
Mes orgueils, écumants du haut frein de mon veuil,
Se sont cabrés aux triomphes des sacres,
Ils ont flairé les fleurs du cercueil,
Arômes des catafalques — doux et acres;
Mes vanités sont au cercueil.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
Qui chante dans mon âme et dans mon coeur, ce soir;
J’aspire l’ombre ardente où fume un encensoir.
O jardins rutilants qui m’avez enfanté,
Et je revis chaque heure et toutes vos saisons:
Joie en rire de feuilles claires par la rive,
Joies en sourires bleus de lac aux horizons,
Joie en prostrations de la plaine passive,
Joie éclose en frissons;.
Les jeunes délices qui furent dans nos yeux
— Aurores et couchants — les étoiles des cieux
Et le portail de Vie ouvert et spacieux
Vers les jeunes moissons!

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
En musique de flûte alacre et de hautbois,
En musique qui te vantait,
Toi, mon Rêve et mon Choix;
Sais-tu combien aux soirs s’alanguissait ma vie;
Sais-tu de quels lointains mon âme t’a suivie,
Et comme ton ombre la tentait
Vers le Château d’Amour que l’oiseau chantait
Sur un chêne au bois?
— Autrefois. —

(Francis Vielé-Griffin)

 

 

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DÉDICACE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



DÉDICACE

J’ai fleuri mon royaume de lys frêles
Comme les vierges et comme les joies;
Mon palais clair a de grêles tourelles,
Et j’ai drapé mes cieux de pâles soies.

J’ai semé mon jardin de flores saintes
Comme les vierges et comme les joies,
Et je me suis grisé de mes jacinthes,
Aurore, à chaque fois que tu rougeoies.

Je chante en mon âme des choses folles
Comme les vierges et comme les joies,
El j’ai trouvé de si douces paroles,
O si douces, qu’il faut que tu les croies.

Pour parfumer ta vie érubescente
J’ai fleuri mon royaume de lys frêles,
Et que balance, à toute aube naissante,
La brise qui chante dans mes tourelles.

Pour que tes pas écrasent des arômes,
J’ai semé mon jardin de flores saintes,
Que ne connaissent pas les autres hommes,
Et nous nous griserons de mes jacinthes.

Pour que ta lèvre éclose en un sourire,
Je chante en mon âme des choses folles;
Je sais des choses, et, pour te les dire,
Ô, j’ai trouvé de si douces paroles.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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ÂME DE NUIT (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ÂME DE NUIT

Mon âme en est triste à la fin;
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin

Et j’attends vos mains sur ma face.
J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;

J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.
Et j’attends enfin leurs remèdes,
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir de soleil !

J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil !
Où tant de cygnes sur la mer,
Des cygnes errants sur la mer,

Tendent en vain leur col morose !
Où, le long des jardins d’hiver,
Des malades cueillent des rosés!
J’attends vos doigts purs sur ma face,

Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Où tant d’agneaux las sont épars !

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Marwan George Khoury

 

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Il y avait une musique de saltimbanques (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



Il y avait une musique de saltimbanques autour de la prison,
Il y avait des figures de cire dans une forêt d’été,
Ailleurs la lune avait fauché toute l’oasis,
Et parfois je trouvais une vierge en sueur au fond d’une grotte de glace.

Ayez pitié des mains étranges !
Ces mains contiennent les secrets de tous les rois !

Ayez pitié des mains trop pâles !
Elles semblent sortir des caves de la lune,
Elles se sont usées à filer le fuseau des jets d’eau !

Ayez pitié des mains trop blanches et trop moites !
Il me semble que les princesses sont allées se coucher vers midi tout l’été !
Éloignez-vous des mains trop dures!
Elles semblent sortir des rochers !
Mais ayez pitié des mains froides !
Je vois un cœur saigner sous des côtes de glace !
Ayez pitié des mains mauvaises !
Elles ont empoisonné les fontaines !
Elles ont mis les jeunes cygnes dans un nid de ciguë !
J’ai vu les mauvais anges ouvrir les portes à midi !
Il n’y a que des fous sur un fleuve vénéneux !
Il n’y a plus que des brebis noires en des pâturages sans étoiles !
Et les agneaux s’en vont brouter l’obscurité !

Mais ces mains fraîches et loyales !
Elles viennent offrir des fruits mûrs aux mourants !
Elles apportent de l’eau claire et froide en leurs paumes !
Elles arrosent de lait les champs de bataille !
Elles semblent sortir d’admirables forêts éternellement vierges!

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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ATTOUCHEMENTS (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ATTOUCHEMENTS

Ô les attouchements !
L’obscurité s’étend entre vos doigts !
Musiques de cuivres sous l’orage !
Musiques d’orgues au soleil !
Tous les troupeaux de l’âme au fond d’une nuit d’éclipsé !
Tout le sel de la mer en herbe des prairies!
Et ces bolides bleus à tous les horizons !
(Ayez pitié de ce pouvoir de l’homme!)

Mais ces attouchements plus mornes et plus las !
Ô ces attouchements de vos pauvres mains moites !
J’écoute vos doigts purs passer entre mes doigts,
Et des troupeaux d’agneaux s’éloignent au clair de lune le long d’un fleuve tiède.

Je me souviens de toutes les mains qui ont touché mes mains.
Et je revois ce qu’il y avait à l’abri de ces mains,
Et je vois aujourd’hui ce que j’étais à l’abri de ces mains tièdes.
Je devenais souvent le pauvre qui mange du pain au pied du trône.
J’étais parfois le plongeur qui ne peut plus s’évader de l’eau chaude !
J’étais parfois tout un peuple qui ne pouvait plus sortir des faubourgs !
Et ces mains semblables à un couvent sans jardin !
Et celles qui m’enfermaient comme une troupe de malades dans une serre un jour de pluie !
Jusqu’à ce que d’autres plus fraîches vinssent entr’ouvrir les portes,
Et répandre un peu d’eau sur le seuil !

Oh! j’ai connu d’étranges attouchements!
Et voici qu’ils m’entourent à jamais !

On y faisait l’aumône un jour de soleil,
On y faisait la moisson au fond d’un souterrain,

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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INTENTIONS (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



INTENTIONS

Ayez pitié des yeux moroses
Où l’âme entr’ouvre ses espoirs,
Ayez pitié des inécloses
Et de l’attente au bord des soirs !

Émois des eaux spirituelles !
Et lys mobiles sous leurs flots
Au fil des moires éternelles ;
Et ces vertus sous mes yeux clos !

Mon Dieu, mon Dieu, des fleurs étranges
Montent aux cols des nénuphars ;
Et les vagues mains de vos anges
Agitent l’eau de mes regards.

Et leurs fleurs s’éveillent aux signes
Épars au milieu des flots bleus ;
Et mon âme ouvre au vol des cygnes
Les blanches ailes de mes yeux.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Patricia Blondel

 

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ÂME DE SERRE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ragard automne 8

ÂME DE SERRE

Je vois des songes dans mes yeux ;
Et mon âme enclose sous verre,
Éclairant sa mobile serre,
Affleure les vitrages bleus.

Ô les serres de l’âme tiède,
Les lys contre les verres clos,
Les roseaux éclos sous leurs eaux,
Et tous mes désirs sans remède !

Je voudrais atteindre, à travers
L’oubli de mes pupilles closes,
Les ombrelles autrefois rosés
De tous mes songes entr’ouverts…

J’attends pour voir leurs feuilles mortes
Reverdir un peu dans mes yeux,
J’attends que la lune aux doigts bleus
Entr’ouvre en silence les portes.

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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APRÈS-MIDI (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



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APRÈS-MIDI

Mes yeux ont pris mon âme au piège,
Mon Dieu, laissez tomber, mon Dieu,
Un peu de feuilles sur la neige,
Un peu de neige sur le feu !

J’ai du soleil sur l’oreiller,
Toujours les mêmes heures sonnent;
Et mes regards vont s’effeuiller
Sur des mourantes qui moissonnent…

Mes mains cueillent de l’herbe sèche,
Et mes yeux ternis de sommeil
Sont des malades sans eau fraîche,
Et des fleurs de cave au soleil.

J’attends de l’eau sur le gazon
Et sur mes songes immobiles,
Et mes regards à l’horizon
Suivent des agneaux dans les villes.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration

 

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