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Poésie

Archive for 11 février 2016

L’ORAGE (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



L’ORAGE

Les lis du vase vert ont une odeur d’orage,
Et, peu à peu,
Se dessinent la griffe et l’aile d’un nuage
Au ciel trop bleu ;

Le miroir sur le mur, en sa rocaille torse
Crispant son or,
Paraît terne, engourdi, sans reflet et sans force,
Et comme mort ;

Les lis trop parfumés, en leur faïence verte,
Semblent trop blancs,
Et, dans l’air lourd, là-bas, à la fenêtre ouverte,
Parfois j’entends,

Tandis que je regarde à travers la dentelle
Votre sein nu,
Passer comme un éclair le cri des hirondelles
Au vol aigu.

(Henri de Régnier)

Illustration: Guy Borremans

 

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MON RÊVE DE CE SOIR (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



MON RÊVE DE CE SOIR

Mon rêve de ce soir est d’un cristal
Où tu verserais le vin de ton rire
Diaphane comme une source qui bouillonne
Et qu’on boit à pleines lèvres de désir;
Mon désir de ce soir est d’un heurt de métal
Clair et vibrant à l’unisson de mon désir,
Vainqueur et joyeux — comme une armure sonne —
Mâle et rieur et clair — que l’on s’y mire.

Mon amour de ce soir est de toi, toujours telle,
Fuyante comme un rayon au mur
En ta gaîté de feuillée;
Puis, lasse, qui te pends en guirlande mortelle,
Et bonne comme une flamme en la vallée
Et sapide au coeur comme un limon sûr;
Mon amour est de toi, toujours telle.

(Francis Vielé-Griffin)

 

 

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CHANSON (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



CHANSON

J’ai pris de la pluie dans mes mains tendues
— De la pluie chaude comme des larmes —
Je l’ai bue comme un philtre, défendu
A cause d’un charme;
Afin que mon âme en ton âme dorme.

J’ai pris du blé dans la grange obscure,
— Du blé qui choît comme la grêle aux dalles —
Et je l’ai semé sur le labour dur
A cause du givre matinal;
Afin que tu goûtes à la moisson sûre.

J’ai pris des herbes et des feuilles rousses,
— Des feuilles et des herbes longtemps mortes —
J’en ait fait une flamme haute et douce
A cause de l’essence des sèves fortes;
Afin que ton attente d’aube fût douce.

Et j’ai pris la pudeur de tes joues et ta bouche
Et tes gais cheveux et tes yeux de rire,
Et je m’en suis fait une aurore farouche
Et des rayons de joie et des cordes de lyre
— Et le jour est sonore comme un chant de ruche!

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Jeff Scher

 

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LES FEUILLES CETTE MATINEE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



LES FEUILLES CETTE MATINEE

Les feuilles, cette matinée,
Sont toutes satinées,
La pluie est tiède;
Les chants d’hier reviennent en refrains.
Ce gai matin,
Et, si j’oublie, ta voix me vient en aide;

Et si même ta mémoire défaille,
Je reprends l’air qui mène, vaille que vaille,
Les mots qu’il laisse, au hasard, se poursuivre;
Que chantions-nous
Avec des mots si doux
Que même ainsi, sans suite, ils nous enivrent?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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C’ÉTAIT UN SOIR DE FÉERIES (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



C’ÉTAIT UN SOIR DE FÉERIES

C’était un soir de féeries,
De vapeur enrubannées,
De mauve tendre aux prairies,
En la plus belle de tes années.

Et tu disais, écho de mon âme profonde, —
Sous l’auréole qui te sacre blonde
Et dans le froissement rythmique des soies
« Tout est triste de joies;
Quel deuil emplit le monde?
Tout s’attriste de joies. »

Et je t’ai répondu, ce soir de féeries
Et de vapeurs enrubannées:
« C’est qu’en le lourd arôme estival des prairies,
Seconde à seconde,
S’effeuille la plus belle de tes années;
Un deuil d’amour est sur le monde
De toutes les heures sonnées. »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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AUBADE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



AUBADE

Suis vers l’aurore fauve et dorée
La sente herbue et qui court à l’orée,
Gai d’une heure remémorée,
Sans rêver la gloire laurée
— (La vie exulte en joie ignorée), —

Ne pense pas à l’avenir;
Nulles volontés n’en sont maîtresses,
Vis, ce lent jour, de souvenir;
La gloire, elle pourra venir,
Mais ne vaudra pas tes détresses
— (La mare luit autour du Menhir). —

Si ton âme déborde et s’épanche,
C’est que ta vie est pleine à jamais;
Si, lourde d’épis, la moisson penche,
Tes douleurs les avaient semés
— (Quelle âme pâlit dans l’aube blanche?) —

L’été te rie, Amour te ceigne
Du manteau léger de ses ailes;
Le frisson auroral t’étreigne
D’un unisson de chanterelles
— (Quel cygne en l’aurore chante et saigne?)

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Lahitte

 

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CES HEURES-LÀ (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



CES HEURES-LÀ

Ces heures-là nous furent bonnes,
Comme des soeurs apitoyées;
Heures douces et monotones,
Pâles et de brumes noyées,
Avec leurs pâles voiles de nonnes.

Ne valaient-ils donc pas nos rires,
Ces sourires sans amertumes
Vers le lourd passé dont nous fûmes?
Ah! chère, il est des heures pires
Que ces heures aux voiles de brumes.

Elles passaient en souriant
— Comme des nonnes vont priant —
De lueurs opalines baignées,
Les douces heures résignées.

Va, nos âmes sont encor soeurs
Des heures de l’automne grises,
Dont la pénombre dans nos coeurs
Estompait les vieilles méprises
Et nous ne voyions plus nos pleurs.

(Francis Vielé-Griffin)

 

 

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LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS

« Les doux soirs sont flétris comme des fleurs d’octobre
— Qu’irions-nous dire au saule, aux ajoncs, aux lagunes? —
Mon âme à tout jamais s’est faite grave et sobre;
— Qu’irions-nous dire aux dunes?

Le vent se lève et vient, discret et sans parole:
Ma tempe est fraîche de son baiser;
La nuit — doucement, comme une mère console
Se lève et vient m’étreindre et me bercer,
Qu’irions-nous dire au saule?

Vous fûtes mon roi pour un printemps fleuri,
Vous fûtes l’élu de vos douces paroles;
Le savions-nous, quand nous avons ri,
Que tous deux jouaient de vieux rôles?

Le savais-je, moi? vous, le saviez-vous?
— Maintenant tout est gris sur la lande nocturne —
Avec nos rires faux et doux?
Que nous en avait dit l’avenir taciturne?
Que savions-nous?

Moi, je rêvais, sans doute, les vieux poèmes,
Et vous, les vieux contes de bonnes fortunes:
« Vous m’aimez? — Je t’aime! — tu m’aimes! »
Quel âge avons-nous donc pour rire de nous-mêmes?
Qu’irions-nous dire aux dunes?
Au saule, aux ajoncs, aux lagunes?
– La lune se lève en ses halos blêmes —
Nos coeurs seront morts sans rancunes. »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Gennadiy Ulybin

 

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DES OISEAUX SONT VENUS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



DES OISEAUX SONT VENUS

Des oiseaux sont venus te dire
Que je te guettais sous les lilas mauves,
Car tu rougis en un sourire
Et cachas tes yeux en les boucles fauves
Et te pris à rire.

Des fleurs t’ont promis quelque chose,
Car tu leur parlais comme on admoneste,
Puis voici que tu devins rose
En les effeuillant d’un si joli geste
Qu’il en disait la cause.

La mer où s’en vont tes regards en nacelles
Te dit elle aussi: « Ton heur te coudoie »,
Que, te retournant, tu t’épeures et chancelles
A me voir, là, tout près, sous les lilas frêles
— La mer, ou les fleurs, ou les hirondelles.
Ou ton âme à toi, subtile en sa joie?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

 

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