Arbrealettres

Poésie

LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2016



LES DOUX SOIRS SONT FLÉTRIS

« Les doux soirs sont flétris comme des fleurs d’octobre
— Qu’irions-nous dire au saule, aux ajoncs, aux lagunes? —
Mon âme à tout jamais s’est faite grave et sobre;
— Qu’irions-nous dire aux dunes?

Le vent se lève et vient, discret et sans parole:
Ma tempe est fraîche de son baiser;
La nuit — doucement, comme une mère console
Se lève et vient m’étreindre et me bercer,
Qu’irions-nous dire au saule?

Vous fûtes mon roi pour un printemps fleuri,
Vous fûtes l’élu de vos douces paroles;
Le savions-nous, quand nous avons ri,
Que tous deux jouaient de vieux rôles?

Le savais-je, moi? vous, le saviez-vous?
— Maintenant tout est gris sur la lande nocturne —
Avec nos rires faux et doux?
Que nous en avait dit l’avenir taciturne?
Que savions-nous?

Moi, je rêvais, sans doute, les vieux poèmes,
Et vous, les vieux contes de bonnes fortunes:
« Vous m’aimez? — Je t’aime! — tu m’aimes! »
Quel âge avons-nous donc pour rire de nous-mêmes?
Qu’irions-nous dire aux dunes?
Au saule, aux ajoncs, aux lagunes?
– La lune se lève en ses halos blêmes —
Nos coeurs seront morts sans rancunes. »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Gennadiy Ulybin

 

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