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Poésie

Archive for 12 février 2016

Sur le Danube (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016




Sur le Danube en février
Les longs îlots d’herbe frissonnent,
Ce sont des tombeaux oubliés
Que la brume d’oubli couronne.

Les souvenirs y sont couchés
Pareils à des anges malades,
Les souvenirs anges cachés
Au coeur d’anciennes promenades.

Le fleuve glisse bras ouverts
A la poursuite d’un visage
Et fait danser tête à l’envers
Les amants en pèlerinage.

Quand meurt aux abords de l’Eté
Le grand vent qui souffle d’Asie
Le papillon vient grelotter
Sur ces tombeaux de fantaisies.

Oh! fantaisie! Oh! vérité !
L’heure est partie en étrangère
De ces souvenirs désertés
Dont elle fut la passagère.

Gardienne de ces reposoirs
La ronce, négresse en broussailles,
Vient apporter ses bijoux noirs
Au pied du lit des épousailles.

Mais les anges n’ont d’autre ami
Que ce fleuve au destin tranquille
Et leurs noms se sont endormis
Sous l’herbe haute de ces îles.

Sur le Danube en février
La mouette lourde et sauvage,
Dans le sable du sablier
Ensable à jamais nos images.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Ce vide (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016


Ce vide
que tu sens au fond de toi
peut-être
est-ce là
ton seul lieu

(Jean-Louis Giovannoni)

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Parfois (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016


Parfois tu te demandes
si tu ne vis pas
essentiellement dans ton regard

(Jean-Louis Giovannoni)

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Barque d’or (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



 

Dans une barque d’Orient
S’en revenaient trois jeunes filles :
Trois jeunes filles d’Orient
S’en revenaient en barque d’or.

Une qui était noire
Et qui tenait le gouvernail,
Sur ses lèvres, aux roses essences,
Nous rapportait d’étranges histoires
Dans le silence.

Une qui était brune
Et qui tenait la voile en main,
Et dont les pieds étaient ailés,
Nous rapportait des gestes d’ange,
En son immobilité.

Mais une qui était blonde,
Qui dormait à l’avant,
Dont les cheveux tombaient dans l’onde
Comme du soleil levant,
Nous rapportait sous ses paupières,
La lumière.

(Charles Van Lerberghe)

 

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L’océan de tes yeux (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016


yeux océan

L’océan
de tes yeux
je pourrais sur le champ
y faire naufrage
sombrer
corps et biens
bâtir sur l’île escarpée
de tes prunelles
une cabane de Robinson
où passer insouciant
le reste de mes jours

 

(Thierry Cazals)

son site

 

Illustration

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Le secret de la lumière en fleur (Jean-Claude Izzo)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016




En quel matin
un autre moi-même
partagera-t-il le secret
de la lumière en fleur ?

(Jean-Claude Izzo)

Poème trouvé chez Lara ICI

Illustration: ArbreaPhotos

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La neige (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



La neige

Dans la neige
On veut faire soi-même
Son chemin

De grandes plaines
Sont au bout
Et peut-être la mer !

Ô, neige, neige,
Neige étoilée par mille oiseaux,
Ton nom fond dans la bouche
Comme un fruit d’eau.

(Jean Rousselot)

 

 

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Aquarium (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Aquarium

Hélas ! mes vœux n’amènent plus
Mon âme aux rives des paupières,
Elle est descendue au reflux
De ses prières.

Elle est au fond de mes yeux clos,
Et seule son haleine lasse
Élève encore à fleur des eaux
Ses lys de glace.

Ses lèvres au fond des douleurs,
Semblent closes à mille lieues,
Et je les vois chanter des fleurs
À tiges bleues.

Ses doigts blanchissent mes regards,
En suivant la trace incolore
De ses lys à jamais épars
Et morts d’éclore.

Et je sais qu’elle doit mourir
En joignant ses mains impuissantes,
Et lasses enfin de cueillir
Ces fleurs absentes.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: John Everett Millais

 

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Douceur du soir… (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Douceur du soir…

Douceur du soir ! Douceur de la chambre sans lampe !
Le crépuscule est doux comme une bonne mort
Et l’ombre lentement qui s’insinue et rampe
Se déroule en fumée au plafond. Tout s’endort.

Comme une bonne mort sourit le crépuscule
Et dans le miroir terne, en un geste d’adieu,
Il semble doucement que soi-même on recule,
Qu’on s’en aille plus pâle et qu’on y meure un peu.

Des tableaux appendus aux murs, dans la mémoire
Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints,
Paysage de l’âme et paysages peints,
On croit sentir tomber comme une neige noire.

Douceur du soir ! Douceur qui fait qu’on s’habitue
A la sourdine, aux sons de viole assoupis ;
L’amant entend songer l’amante qui s’est tue
Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.

Et langoureusement la clarté se retire ;
Douceur ! Ne plus se voir distincts ! N’être plus qu’un !
Silence ! deux senteurs en un même parfum :
Penser la même chose et ne pas se le dire.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Emil Nolde

 

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J’ai triste d’une ville en bois (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



J’ai triste d’une ville en bois

J’ai triste d’une ville en bois,
— Tourne, foire de ma rancœur,
Mes chevaux de bois de malheur —
J’ai triste d’une ville en bois,
J’ai mal à mes sabots de bois.

J’ai triste d’être le perdu
D’une ombre et nue et mal en place,
— Mais dont mon cœur trop sait la place —
J’ai triste d’être le perdu
Des places, et froid et tout nu.

J’ai triste de jours de patins
— Sœur Anne ne voyez-vous rien ? —
Et de n’aimer en nulle femme ;
J’ai triste de jours de patins,
Et de n’aimer en nulle femme.

J’ai triste de mon cœur en bois,
Et j’ai très-triste de mes pierres,
Et des maisons où, dans du froid,
Au dimanche des cœurs de bois,
Les lampes mangent la lumière.

Et j’ai triste d’une eau-de-vie
Qui fait rentrer tard les soldats.
Au dimanche ivre d’eau de vie,
Dans mes rues pleines de soldats,
J’ai triste de trop d’eau-de-vie.

(Max Elskamp)

Illustration: Mark Gertler

 

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