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Poésie

Archive for 14 février 2016

En fendant de la main l’herbe des prairies (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



En fendant de la main l’herbe des prairies et en respirant son odeur particulière,
Je lui demande des concordances spirituelles,
Je demande le plus copieux et le plus étroit compagnonnage entre les hommes,
Je demande que s’élèvent les brins d’herbe des mots, des actes, des individus,
Ceux du plein air, rudes, ensoleillés, frais, nourrissants,
Ceux qui vont leur chemin, le torse droit,
qui s’avancent avec liberté et autorité, qui précèdent au lieu de suivre,
Ceux qu’anime une audace indomptable,
ceux dont la chair est forte et pure, exempte de taches,
Ceux qui regardent nonchalamment en plein visage les Présidents et les gouverneurs, comme pour leur dire : Qui êtes-vous?
Ceux que remplit une passion sortie de la terre, les simples, les sans-gêne, les insoumis,
Ceux de l’Amérique intérieure.

***

The Prairie-Grass Dividing.

THE prairie-grass dividing—its special odor breathing,
I demand of it the spiritual corresponding,
Demand the most copious and close companionship
of men,
Demand the blades to rise of words, acts, beings,
Those of the open atmosphere, coarse, sunlit, fresh,
nutritious,
Those that go their own gait, erect, stepping with
freedom and command—leading, not following,
Those with a never-quell’d audacity—those with sweet
and lusty flesh, clear of taint,
Those that look carelessly in the faces of Presidents
and Governors, as to say, Who are you?
Those of earth-born passion, simple, never constrain’d
never obedient,
Those of inland America.

(Walt Whitman)

 

 

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Parfois un regard de femme (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



Au_coeur_de_lunivers

Parfois un regard de femme
se lasse du ciel.
Alors des nuages viennent,
descendent si près de son visage
que parmi la pluie
elle pourrait choisir ses larmes.

(Jean-François Mathé)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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RONDE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



 Cyril Leysin La-ronde.- c [800x600]

 

RONDE

Avec du soleil ou du clair de lune,
Et des voix de femme, et des pas de danse,
Mêlez les rêves en ronde d’enfance:
La brise est neigeuse, l’herbe saupoudrée
Des pétales blancs que sèment les branches;
Passe la blonde et passe la brune!
Elles tournoient; vous n’en aimez qu’une;
Embrassez celle que vous voudrez.

Les bouquets levés comme des torches
Essaiment, comme des étincelles,
Le sang des roses que la brise mêle
A la neige des lys effeuillés sous le porche;
Je sais le balustre où vous accouderez
Ce rire timide qui voile un émoi;
La ronde tourne et vous faites un choix;
Embrassez celle que vous voudrez.

On sonne du fifre et tous les rires
Vont tournant, encore, comme au vent les feuilles;
Vous avez peur de son baiser d’accueil,
Vous cherchez le mot que vous vouliez dire;
La coquette d’un rire vous absoudrait,
A vous voir au coeur cette honte d’amour:
Ne dites rien si vous êtes à court;
Embrassez celle que vous voudrez.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyril Leysin

 

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Aujourd’hui encore et encore (Marc Baron)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



Aujourd’hui encore et encore
et moi si faiblement dans mon champ de ruines
je me travaille au corps et à l’esprit

Mes poèmes je les muscle aussi
avec les poids et les haltères
de l’urgence de vivre

(Marc Baron)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Dans la maison les oiseaux s’éveillent… (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



cheval jeune fille

Dans la maison les oiseaux s’éveillent…
Le bois sec du carrelage
rend le jour plus austère,
il y a des jarres où les lèvres
détiennent des mots très purs.
Un miroir aux entrailles d’ailes
étouffe la plus belle chambre
et j’entends, sourde et désespérée,
la conversation des cèdres.
Il y a des jarres où les chevaux
trouvent des jeunes filles
qu’ils caressent de leur langue
et cela fait gémir de tendresse
la pluie amoureuse d’elle-même.

(Jacques Izoard)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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C’est toujours la cuillère de fer blanc (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



C’est toujours la cuillère de fer blanc au rebut,
le bric-à-brac de la misère que j’ai cherchés,
espérant qu’un beau jour
inondés de pleurs, doucement m’accueilleront
la vieille cour, le silence de lierre
de notre demeure, son chuchotement.

Toujours,
j’ai toujours eu la nostalgie du retour.

(János Pilinszky)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/


Illustration

 

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ÉPITHALAME (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



Élisabeth Sonrel _Our_Lady_of_the_Cow_Parsley [800x600]

ÉPITHALAME

Avril t’a baisée au front et s’émerveille
Pâle du reflet de ses jonquilles claires,
Que, de ton être, seul ton regard s’éveille
Avec l’étonnement rieur de ses mystères;
Il passe et d’un regret rayonné t’ensoleille
Vers la moisson de fleurs débordant sa corbeille.

Mai qui venait par la rive à l’orée
Foulant la neige des pêchers flétrie,
Chanta vers toi qui rêvais en la prée;
Si, que ton âme en est encor meurtrie,
Sachant la beauté de ton corps ignorée,
Et que ton coeur rêvait de l’Amant de féerie.

Juin s’est courbé sur toi qui pleurais, et t’a prise
Et te nomma, ce soir, reine de sa nuit pâle:
Ta lèvre rouge était, disait-il, la cerise,
Ta joue était la pêche du verger fatale;
Puis il s’en fut vers l’aube, te laissant surprise
— Et la douleur d’aimer à ton seuil s’est assise. —

Juillet te baise au front ainsi qu’Avril qui passe
Et qu’il chante pour toi, comme Mai, des paroles,
Qu’ainsi que Juin, du soir de ton regret il fasse
La nuit douce parmi l’accueil frais des corolles;
La faux des fenaisons n’eût pas accordé grâce
Au pâle lys tombé qu’un archange ramasse.

(Francis Vielé-Griffin)

 Illustration: Élisabeth Sonrel

 

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Quand je me réveille, (Olav Håkonson Hauge)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



Quand je me réveille, un noir
corbeau frappe à mon cœur.
Ne vais-je plus jamais m’éveiller
à la mer et aux étoiles,
aux bois et à la nuit,
au matin,
avec des chants d’oiseaux ?

***

Når eg vaknar, høgg
ein svart ramn i hjarta mitt.
Skal eg aldri meir vakna
til hav og stjernor, skogar og natt,
morgon med fuglar ?

(Olav Håkonson Hauge)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: James LeGros

 

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Iris (Régis Decaix)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016


Dans l’iris une impression de jamais vu

La charmante ride de l’aventure.

(Régis Decaix)

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Le Garno (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



 

L’hiver bat la vitre et le toit.
Il fait bon dans la chambre,
A part cette sale odeur d’ambre
Et de plaisir. Mais toi,

Les roses naissent sur ta face
Quand tu ris près du feu…
Ce soir tu me diras adieu,
Ombre, que l’ombre efface.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration: Leonid Afremov

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