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Poésie

Archive for 15 février 2016

Chanson de saint Alexis (Thibaut de Vernon)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Chanson de saint Alexis

Le monde était bon au temps des anciens
car il y avait la foi, la justice et l’amour;
Il y avait la croyance dont on ne tire aujourd’hui nul profit,
Le monde est tout changé, il a perdu sa couleur:
jamais il ne sera tel qu’au temps de nos ancêtres.

Au temps de Noé et au temps d’Abraham,
au temps de David que Dieu aima tant,
le monde était bon; jamais il ne vaudra autant;
il est vieux et frêle, il s’en va déclinant,
et il empire, et tout bien va cessant…

(Thibaut de Vernon)

Illustration: Marc Chagall

 

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J’aime l’araignée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



J’aime l’araignée

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit…

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Il lui disait (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
L’âme pleine de foi, le coeur plein de rayons,
Ivres de douce extase et de mélancolie,
Rompre les mille noeuds dont la ville nous lie ;
Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
Nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où,
Chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses,
Un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ;
Une maison petite avec des fleurs, un peu
De solitude, un peu de silence, un ciel bleu,
La chanson d’un oiseau qui sur le toit se pose,
De l’ombre ; — et quel besoin avons-nous d’autre chose ? »

(Victor Hugo)

 

 

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Ô madame ! pourquoi ce chagrin qui vous suit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



 

 

« Ô madame ! pourquoi ce chagrin qui vous suit,
Pourquoi pleurer encore,
Vous, femme au cœur charmant, sombre comme la nuit,
Douce comme l’aurore ?

Qu’importe que la vie, inégale ici-bas
Pour l’homme et pour la femme,
Se dérobe et soit prête à rompre sous vos pas ?
N’avez-vous pas votre âme ?

Votre âme qui bientôt fuira peut-être ailleurs
Vers les régions pures,
Et vous emportera plus loin que nos douleurs,
Plus loin que nos murmures !

Soyez comme l’oiseau, posé pour un instant
Sur des rameaux trop frêles,
Qui sent ployer la branche et qui chante pourtant,
Sachant qu’il a des ailes ! »

(Victor Hugo)

 

 

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Encore combien de fois (Louis-René Des Forêts)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Encore combien de fois faudra-t-il dire
Ce qu’on a dit et redit maintes fois ?
Combien de fois encore rêver d’un langage
Non asservi aux mots comme en ces jours
Où tout tremblant d’un timide désir
On n’avait soif que d’étreintes silencieuses
Qui comblent mieux que les plus graves échanges ?
Faut-il que soit sans cesse à recommencer
Ce qu’on cherche et n’arrive jamais à saisir ?
Peut-être qu’y renoncer serait plus sage
Mais raison et folie luttent à forces égales
Sans qu’aucune des deux ne l’emporte sur l’autre.
L’esprit aspire-t-il si peu au repos
Qu’il fasse de ce combat stérile un jeu
Dont chaque partie ne se gagne qu’en perdant ?
Quel mouvement l’agite et quel autre l’arrête
Au moment où il s’apprête à bondir ?
Serait-ce au-delà d’interminables ambages
Toucher le port son unique obsession
Il y a encore trop de brume qui l’aveugle
Rien pour le guider que des signes dans le vide
Porteurs de messages toujours en souffrance
S’ils dérivent sans atteindre leur destinataire
Comme lancés chaque fois d’une main hésitante
Est-ce à dire qu’ils ne demandent pas de réponse ?
Trouver la formule pour sortir de l’impasse
Et au plus vite, le salut est à ce prix
Mais autant attendre de la nuit qu’elle éclaire
La voie étroite par où aborder au port.

(Louis-René Des Forêts)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

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L’enfant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Henri Rousseau_la_Guerre

L’enfant

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tète blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

(Victor Hugo)

Illustration: Henri Rousseau

 

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Chloris (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Madeleine Lemaire 027

Chloris, aux bras de son amant, nue, est pareille
À ces Nymphes que peint Fragonard ou Bouoher,
Qui, fuyant le Satyre ou le divin Archer,
Montrent un frais contour à l’oeil qui s’émerveille…

Chloris est nue. Alors il lui parle à l’oreille.
Elle rit. Elle sent un corps se rapprocher
Du sien, et dans sa chair délicate au toucher
Délicieusement la volupté s’éveille.

Chloris aux yeux charmants est ardente au plaisir ;
Elle aime tour à tour et selon son désir
L’étreinte vigoureuse ou la longue caresse ;

Mais si, parfois, Chloris préfère d’autres jeux,
Elle est son propre amant et sa propre maîtresse,
Se contente elle-même, et laisse faire aux Dieux !

(Henri de Régnier)

Illustration: Madeleine Lemaire

 

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Le cri d’une mouette (Marie Uguay)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Le cri d’une mouette crée la profondeur de l’air
divise les rues en espaces incertains
le vent est gris et sans effusion
et nous sommes assis à la table
où l’on a déposé des tasses de café des fruits
nous ne parlons plus
attirés par la fraîcheur de l’herbe et des nuages
et tout ce qui passe
projette ses ombres sur nos regards
la pièce sent le bois coupé et l’eau
dehors nous savons que tout se prépare
lentement à paraître

(Marie Uguay)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Jean-Robert Doumont

 

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Marche à l’aveugle dans la nuit du langage (François Teyssandier)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



Marche à l’aveugle
Dans la nuit du langage

Tâtonnant avec tes mots
Comme s’ils étaient des mains

Touche l’ombre d’une voix
Pour qu’elle devienne une pierre

Sur laquelle tu pourras t’asseoir
Le front appuyé contre le ciel

Immobile et repu d’espace
Prisonnier du sommeil des étoiles

(François Teyssandier)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Dans l’être se prélasser (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2016



dans l’être se prélasser, présent
au présent dans la suite des jours

laisser germer la nuit, éclore le jour
accueillir ce qui vient et ce qui va

saluer les étoiles, louer le soleil
sourire aux hirondelles, aux papillons

arrivent les nuages, c’est bien
passent les nuages, c’est bien aussi

être chose dans le cours des choses

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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