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Poésie

Archive for 18 février 2016

ATTENTE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016





ATTENTE

Un cri voudrait jaillir de moi et ne peut…
Ma gorge a mal d’être impuissante et serrée;
Des larmes qui voudraient bien être pleurées
Font que mes cils battent d’appel, sur mes yeux.

Je suis l’étang où toute pluie lente afflue,
Depuis des jours qu’aux alentours, tant il pleut,
Et qui, si lourd d’une eau trop plane, s’évertue
A déborder en torrents fous, — mais ne peut!

Et je m’en vais, m’asphyxiant, bouche ouverte;
Le Cri m’étrangle et j’ai les yeux harassés,
Et je m’élance, bras tordus, puis m’arrête,
Haussé, tendu sur la pointe de mes pieds.

Oh qu’enfin éclate mon Cri, mon poème!
Qu’il éclate en me déchirant, mon poème!
Qu’il déborde, le lourd étang de mes yeux…

Mais il s’ignore encore, ton Cri en mal de naître;
Mais l’enfant que tu portes n’a pas encore de tête,
De tête, d’yeux, pour se mirer au coeur de toi…

(Charles Vildrac)

Illustration

 

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La ligne de ton cou se subtilise (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



… La ligne de ton cou se subtilise,
Blottissons-nous bien dans le fauteuil noir;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Laissons sur nos coeurs si pareils pleuvoir
La triste douceur qui les prend le soir,
Chaque fois qu’un jour bien cher agonise.

(Charles Vildrac)

Illustration: Anne Desmazures

 

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Bras (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



Bras

… Bras d’Europe crispés au cou noir du taureau;
Bras alanguis d’Ophélia au fil de l’eau…

(Charles Vildrac)

Illustration: Stéphane Lord

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Le nom exact des choses (Juan Ramon Jimenez)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



Intelligence,
donne-moi
le nom exact des choses!

(Juan Ramon Jimenez)

Illustration: Escher

 

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Trop d’amours de poètes s’exhibent nus, leur porte ouverte (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



Déjà trop d’amours de poètes
S’exhibent nus, leur porte ouverte
Que la nôtre soit la chambre au matin,
Discrète et troublée de lumière accrue;
Celle qui ne donne pas sur la rue,
Mais sur le rire intime du jardin.

(Charles Vildrac)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Je me souviens (Reinmar de Hagueneau)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016




Quand les choses vers la lumière s’avancent,
je n’ose demander si c’est le jour
Une si grande détresse en est cause
que rien ne me peut secourir.

Je me souviens d’un temps bien différent.
Le tourment ne pesait alors sur mon coeur.
Chaque matin me réconfortait le chant des oiseaux.
Mais si bientôt elle ne me vient en aide,
été comme hiver me dureront sans fin.

***

Sô ez iender nâhet gégen dem tage,
sô getár ich niht gefrâgen `ist ez tac’ ?
Daz kúmet mir vón sô grôzer klage,
daz éz mir niht ze helfe komen mac.

Dóch gedenke ich wol, daz ich sîn anders pflac
hie vór, dô mir diu sorge niht sô ze herzen lac.
Íemer an dem mórgen troeste ich mich der vogele sanc.
Mime kóme ir hélfe an der zît,
mir ist beidiu sumer unde winter alze lanc.

(Reinmar de Hagueneau)

Illustration: Christophe Renoux

 

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TEL SOIT LE DIT (Philip Larkin)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Mark Kostabi 1122

TEL SOIT LE DIT

Ils te niquent, tes père et mère.
Ils le cherchent pas, mais c’est comme ça.
Ils te remplissent de leurs travers
Et rajoutent même un p’tit chouïa – rien que pour toi.
Mais ils furent niqués en leur temps
Par des fous en chapeaux claques,
Tantôt sérieux et larmoyants
Et tantôt à s’traiter d’macaques.
L’homme refile la misère à l’homme.
Ça devient très vite abyssal.
Tire-toi de là, mets la gomme,
Et n’essaie pas d’avoir des mômes.

***

THIS BE THE VERSE

They fuck you up, your mum and dad.
They may not mean to, but they do.
They fill you with the faults they had
And add some extra, just for you.
But they were fucked up in their turn
By fools in old-style hats and coats,
Who half the time were soppy-stern
And half at one another’s throats.
Man hands on misery to man.
It deepens like a coastal shelf.
Get out as early as you can,
And don’t have any kids yourself

(Philip Larkin)

Illustration: Mark Kostabi

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

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JE POURSUIS UNE FORME… (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Patricia Blondel  cygne 758

JE POURSUIS UNE FORME…
(Yo persigo una forma…)

Je poursuis une forme rebelle à mon style,
bouton de pensée qui voudrait être rose;
Y prélude un baiser qui sur mes lèvres se pose
à l’étreinte impossible de la Vénus de Milo.

De vertes palmes adornent le vert péristyle ;
les astres m’ont prédit l’apparition de la déesse;
et en mon âme la lumière repose
tel l’oiseau de la lune sur un lac tranquille.

Et je ne trouve que le mot qui se dérobe,
la mélodique initiation qui de la flûte coule
et la barque du rêve qui dans l’espace vogue;

et sous la croisée de ma Belle-Dormante,
le sanglot continu du jet de la fontaine
et le cou du grand cygne blanc qui m’interroge.

(Ruben Dario)

Illustration: Patricia Blondel

 

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APRES-MIDI TROPICAL (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Anom Himura 2048 [1280x768]

APRES-MIDI TROPICAL
(Tarde del Trópico)

L’après-midi est gris et triste.
La mer se vêt de velours
et sur le ciel profond s’étend
un crêpe de deuil.

De l’abîme s’élève
la plainte amère et sonore.
L’onde, lorsque le vent chante,
pleure.

Les violons de la brume
saluent le soleil qui meurt.
La blanche écume psalmodie :
Miserere !

Le ciel s’inonde d’harmonie,
et la brise au loin emporte
la chanson triste et profonde
de la mer.

Du clairon de l’horizon
sourd une symphonie rare,
comme si la voix du mont
vibrait.

Comme si c’était l’invisible…
Comme si c’était le son rude
que lancerait au vent un terrible
lion.

(Ruben Dario)

Illustration: Anom Himura

 

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Blancs agonisants (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



Blancs agonisants qui luttez
Cette nuit sur tout l’hémisphère
Et que l’aube en pleurs fera taire,
Je vous entends,épouvanté!

(Charles Vildrac)

Illustration: Francisco de Zurbaran

 

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