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Poésie

Archive for 20 février 2016

La cousine (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Antoine Watteau cousinedetail

La cousine

L’hiver a ses plaisirs ; et souvent, le dimanche,
Quand un peu de soleil jaunit la terre blanche,
Avec une cousine on sort se promener…
– Et ne vous faites pas attendre pour dîner,

Dit la mère. Et quand on a bien, aux Tuileries,
Vu sous les arbres noirs les toilettes fleuries,
La jeune fille a froid… et vous fait observer
Que le brouillard du soir commence à se lever.

Et l’on revient, parlant du beau jour qu’on regrette,
Qui s’est passé si vite… et de flamme discrète :
Et l’on sent en rentrant, avec grand appétit,
Du bas de l’escalier, – le dindon qui rôtit.

(Gérard de Nerval)

Illustration: Antoine Watteau

 

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Sur la mort d’un enfant (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Sur la mort d’un enfant

L’innocente victime, au terrestre séjour,
N’a vu que le printemps qui lui donna le jour.
Rien n’est resté de lui qu’un nom, un vain nuage,
Un souvenir, un songe, une invisible image.
Adieu, fragile enfant échappé de nos bras ;
Adieu, dans la maison d’où l’on ne revient pas.
Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte
La campagne d’été rend la ville déserte ;
Dans l’enclos paternel nous ne te verrons plus,
De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus,
Presser l’herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine
Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.
L’axe de l’humble char à tes jeux destiné,
Par de fidèles mains avec toi promené,
Ne sillonnera plus les prés et le rivage.
Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage,
N’inquiéteront plus nos soins officieux ;
Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux
Les efforts impuissants de ta bouche vermeille
A bégayer les sons offerts à ton oreille.
Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous,
Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.

(André Chénier)

Illustration

 

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Tu n’est pas très grande (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Mere-theresa [800x600]

Tu n’est pas très grande, on pourrait presque dire que tu es menue
et il sort de toi, de ta présence, de ta voix, de tes yeux,
une puissance enveloppante, une bienveillance de fond.

(Christian Bobin)

 

 

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Monsieur Lucien (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Xavier Maitre  Christian Bobin [800x600]

Monsieur Lucien lit les poètes et uniquement les poètes.
Il les lit comme un affamé, comme un malade.
Il mange les poètes et les poètes le guérissent de son amertume.

(Christian Bobin)

Illustration: Xavier Maitre

 

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Donnez-moi de mes nouvelles (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



On me parle. Les mots sont des grains de sable.
L’ensemble fait désert. J’ai perdu une chose mais j’ignore quoi.
Il est même douteux que je l’ai jamais possédée, cette chose.
Pourtant, c’est sûr, je l’ai perdue.
Expliquez-moi qui je suis.
Donnez-moi de mes nouvelles.

(Christian Bobin)

Illustration: Sophie Rocco

 

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JE NE DÉSIRE VOIR NI MÉDÉE NI JASON (Jean Froissart)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



Je ne désire voir ni Médée ni Jason,
Ni continuer à lire la mappemonde,
Ni écouter Orphée et sa musique,
Ni voir Hercule qui parcourut le monde,
Ni Lucrèce qui fut si bonne et pure,
Ni Pénélope non plus, car, par saint Jame,
Je vois assez, puisque je vois ma dame.

Je ne désire voir ni Vergile ni Platon,
Ni par quel art eurent si grande faconde,
Ni Léandre, qui, seul, sans naviron
Nageait dans la mer forte et profonde,
Tout pour l’amour de sa dame la blonde,
Ni nul rubis, saphir, perle ni jame :
Je vois assez, puisque je vois ma dame.

Je ne désire voir le cheval Pégasse
Qui court plus vite en l’air que ne vole l’hirondelle,
Ni l’image que fit Pygmalion,
Qui n’eut jamais sa pareille au monde,
Ni Eole, qui pousse les ondes de la mer.
Si l’on veut savoir pourquoi, c’est parce que, par mon âme,
Je vois assez, puisque je vois ma dame.

(Jean Froissart)

Illustration: Léonard de Vinci

 

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Le doigt de la femme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2016



ongles

Le doigt de la femme

Dieu prit sa plus molle argile
Et son plus pur kaolin,
Et fit un bijou fragile,
Mystérieux et câlin.

Il fit le doigt de la femme,
Chef-d’oeuvre auguste et charmant,
Ce doigt fait pour toucher l’âme
Et montrer le firmament.

Il mit dans ce doigt le reste
De la lueur qu’il venait
D’employer au front céleste
De l’heure où l’aurore naît.

Il y mit l’ombre du voile,
Le tremblement du berceau,
Quelque chose de l’étoile,
Quelque chose de l’oiseau.

Le Père qui nous engendre
Fit ce doigt mêlé d’azur,
Très fort pour qu’il restât tendre,
Très blanc pour qu’il restât pur,

Et très doux, afin qu’en somme
Jamais le mal n’en sortît,
Et qu’il pût sembler à l’homme
Le doigt de Dieu, plus petit.

Il en orna la main d’Eve,
Cette frêle et chaste main
Qui se pose comme un rêve
Sur le front du genre humain.

Cette humble main ignorante,
Guide de l’homme incertain,
Qu’on voit trembler, transparente,
Sur la lampe du destin.

Oh ! dans ton apothéose,
Femme, ange aux regards baissés,
La beauté, c’est peu de chose,
La grâce n’est pas assez ;

Il faut aimer. Tout soupire,
L’onde, la fleur, l’alcyon ;
La grâce n’est qu’un sourire,
La beauté n’est qu’un rayon ;

Dieu, qui veut qu’Eve se dresse
Sur notre rude chemin,
Fit pour l’amour la caresse,
Pour la caresse ta main.

Dieu, lorsque ce doigt qu’on aime
Sur l’argile fut conquis,
S’applaudit, car le suprême
Est fier de créer l’exquis.

Ayant fait ce doigt sublime,
Dieu dit aux anges : Voilà !
Puis s’endormit dans l’abîme ;
Le diable alors s’éveilla.

Dans l’ombre où Dieu se repose,
Il vint, noir sur l’orient,
Et tout au bout du doigt rose
Mit un ongle en souriant.

(Victor Hugo)

 

 

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