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Poésie

Archive for 21 février 2016

Jasmin (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



jasmin

Jasmin

J’ai cueilli pour vous seule, à sa branche flétrie,
Ce jasmin par l’hiver oublié dans la tour.
J’ai baisé sa corolle, et mon âme attendrie
Dans la dernière fleur met son dernier amour.

(Louis Bouilhet)

 

 

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Chanson d’amour (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



Chanson d’amour

Allez au pays de Chine,
Et sur ma table apportez
Le papier de paille fine
Plein de reflets argentés !

Pour encre et pour écritoire,
Allez prendre à l’Alhambra
Le sang d’une mûre noire
Et l’écorce d’un cédrat !

Au fond des vertes savanes
Où l’oiseau pousse son cri,
Ramassez dans les lianes
La plume d’un colibri !

Puis, pour sécher l’écriture,
Par les prés et les sillons,
Recueillez la poudre pure
Qui tombe des papillons !

— Alors, de ma main fidèle,
Peut-être oserai-je, un jour.
Tracer le doux nom de celle
Qui me fait languir d’amour.

(Louis Bouilhet)

Illustration: Josephine Wall

 

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BUCOLIQUE (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



BUCOLIQUE

Quand, pareilles aux blés mûrs,
Les étoiles toutes blondes
Ont couvert des cieux obscurs
Les solitudes profondes,

La nuit se met en chemin,
Moissonneuse à la peau brune
Qui, pour faucille, a sa main
Tient le croissant de la lune ;

Par le vaste firmament,
Elle fauche, à perdre haleine,
Les épis de diamant
Qui se couchent sur la plaine.

Mais le temps la presse fort,
La besogne est malaisée,
Et, sur la terre qui dort,
Sa sueur tombe en rosée ;

Dans son grand sac tout gonflé,
Elle emporte les javelles
Qui, comme des grains de blé,
Vont semant leurs étincelles ;

Puis, quand revient le jour bleu,
Elle court, traînant ses voiles,
Dans les greniers du bon Dieu,
Tasser ses gerbes d’étoiles.

(Louis Bouilhet)

 

 

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Le secret de la vie (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



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Le secret de la vie

Le secret de la vie est dans les tombes closes :
Ce qui n’est plus n’est tel que pour avoir été ;
Et le néant final des êtres et des choses
Est l’unique raison de leur réalité.

O vieille illusion, la première des causes !
Pourquoi nous éveiller de notre éternité,
Si, toi-même n’étant que leurre et vanité,
Le secret de la vie est dans les tombes closes.

Hommes, bêtes et Dieux et monde illimité,
Tout cela jaillit, meurt de tes métamorphoses.
Dans les siècles, que tu fais naître et décomposes,
Ce qui n’est plus n’est tel que pour avoir été.

A travers tous les temps, splendides ou moroses,
L’esprit, rapide éclair, en leur vol emporté,
Conçoit fatalement sa propre inanité
Et le néant final des êtres et des choses.

Oui ! sans toi, qui n’es rien, rien n’aurait existé :
Amour, crimes, vertus, les poisons ni les roses.
Le rêve évanoui de tes oeuvres écloses
Est l’unique raison de leur réalité.

Ne reste pas inerte au seuil des portes closes,
Homme ! Sache mourir afin d’avoir été ;
Et, hors du tourbillon mystérieux des choses,
Cherche au fond de la tombe, en sa réalité,
Le secret de la vie.

(Leconte de Lisle)

Illustration

 

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ÉLÉGIE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



ÉLÉGIE

Peut-être un jour sa voix tendre et voilée
M’appellera sous de jeunes cyprès ;
Cachée alors au fond de la vallée,
Plus heureuse que lui, j’entendrai ses regrets.

Lentement, des coteaux je le verrai descendre ;
Quand il croira ses pas et ses vœux superflus,
Il pleurera ! ses pleurs rafraîchiront ma cendre ;
Enchaînée à ses pieds, je ne le fuirai plus.

Je ne le fuirai plus ! je l’entendrai ; mon âme,
Brûlante autour de lui, voudra sécher ses pleurs ;
Et ce timide accent, qui trahissait ma flamme,
Il le reconnaîtra dans le doux bruit des fleurs.

Oh ! qu’il trouve un rosier mourant et solitaire !
Qu’il y cherche mon souffle et l’attire en son sein !
Qu’il dise : « C’est pour moi qu’il a quitté la terre ;
Ses parfums sont à moi, ce n’est plus un larcin. »

Qu’il dise : « Un jour à peine il a bordé la rive ;
Son vert tendre égayait le limpide miroir ;
Et ses feuilles déjà, dans l’onde fugitive,
Tombent. Faible rosier, tu n’as pas vu le soir ! »

Alors, peut-être, alors l’hirondelle endormie,
À la voix d’un amant qui pleure son amie,
S’échappera du sein des parfums précieux,
Emportant sa prière et ses larmes aux cieux.

Alors, rêvant aux biens que ce monde nous donne,
Il laissera tomber sur le froid monument
Les rameaux affligés dont la gloire environne
Son front triste et charmant.

Alors je resterai seule, mais consolée,
Les vents respecteront l’empreinte de ses pas.
Déjà je voudrais être au fond de la vallée ;
Déjà je l’attendrais… Dieu ! s’il n’y venait pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Un arbre (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



Un arbre dit : Ma force est la confiance!
Je ne sais rien de mes pères
je ne sais rien des milliers d’enfants qui, chaque année
Au printemps, naissent hors de moi
Je vis du secret de ma semence jusqu’à la fin
Et je ne me soucie de rien d’autre
Je crois que Dieu est en moi
Je crois que mon travail est saint
De cette confiance, je vis!

***

A tree says: My strength is trust
I know nothing about my fathers
I know nothing about the thousand children that every year spring out of me
I live out the secret of my seed to the very end
And I care for nothing else
I trust that God is in me
I trust that my labor is holy!
Out of this trust, I live!

(Hermann Hesse)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Sonnet à la même (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



Sonnet à la même

Quand, par un jour de pluie, un oiseau de passage
Jette au hasard un cri dans un chemin perdu,
Au fond des bois fleuris, dans son nid de feuillage,
Le rossignol pensif a parfois répondu.

Ainsi fut mon appel de votre âme entendu,
Et vous me répondez dans notre cher langage.
Ce charme triste et doux, tant aimé d’un autre âge,
Ce pur toucher du coeur, vous me l’avez rendu.

Était-ce donc bien vous ? Si bonne et si jolie,
Vous parlez de regrets et de mélancolie.
– Et moi peut-être aussi, j’avais un coeur blessé.

Aimer n’importe quoi, c’est un peu de folie.
Qui nous rapportera le bouquet d’Ophélie
De la rive inconnue où les flots l’ont laissé ?

(Alfred de Musset)

Illustration: John Everett Millais

 

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LE POÈTE (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2016



Charles Landelle Alfred_de_musset

LE POÈTE

Puisque l’oiseau des bois voltige et chante encore
Sur la branche où ses oeufs sont brisés dans le nid ;
Puisque la fleur des champs entr’ouverte à l’aurore,
Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,
S’incline sans murmure et tombe avec la nuit,

Puisqu’au fond des forêts, sous les toits de verdure,
On entend le bois mort craquer dans le sentier,
Et puisqu’en traversant l’immortelle nature,
L’homme n’a su trouver de science qui dure,
Que de marcher toujours et toujours oublier ;

Puisque, jusqu’aux rochers tout se change en poussière ;
Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ;
Puisque c’est un engrais que le meurtre et la guerre ;
Puisque sur une tombe on voit sortir de terre
Le brin d’herbe sacré qui nous donne le pain ;

Ô Muse ! que m’importe ou la mort ou la vie ?
J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ;
J’aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J’aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.

J’aime, et je veux chanter la joie et la paresse,
Ma folle expérience et mes soucis d’un jour,
Et je veux raconter et répéter sans cesse
Qu’après avoir juré de vivre sans maîtresse,
J’ai fait serment de vivre et de mourir d’amour.

Dépouille devant tous l’orgueil qui te dévore,
Coeur gonflé d’amertume et qui t’es cru fermé.
Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore.
Après avoir souffert, il faut souffrir encore ;
Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.

(Alfred de Musset)

Illustration: Charles Landelle

 

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