Arbrealettres

Poésie

Archive for 26 février 2016

Mouches (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Mouches
reines de douleur

(Dominique Grandmont)

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Conscience de la nuit (Aldébaran)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



La mort n’est pas la nuit
elle est conscience de la nuit

(Aldébaran)

 

 

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La rouille (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Elle fait mal aux charnières
mal aux morts mal à la scie
et mal aux vieilles prières
elle tue le sabre aussi

Rampe et jamais ne s’enlise
elle est l’eau elle est le feu
elle est déjà dans la brise
au premier souffle de Dieu

Mieux que rage mieux que foudre
elle est la crasse du ciel
et passerelle de poudre
entre l’abeille et le miel

Je sens bien sa langue brune
à chaque tour de mon sang
à grands efforts sur l’enclume
mon coeur lui forge des dents.

(Henri Gougaud)


Illustration

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PRÉLUDE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



PRÉLUDE

L’éveil est un saut en parachute hors du rêve.
Libéré du tourbillon qui l’étouffe, le voyageur
tombe dans les zones vertes du matin.
Les objets s’enflamment. Il distingue – dans la position palpitante
du pinson – les phares puissants d’un système radiculaire
qui tournoie dans les bas-fonds. Mais au-dessus de la terre
il y a – en un flux tropical – cette verdure aux
bras dressés, à l’écoute
des rythmes d’une pompe invisible. Et il
descend vers l’été, se laisse chuter
dans son cratère éblouissant, glisse
le long du puits d’ères vertes et humides
vibrant sous la turbine du soleil. Ainsi s’arrête
dans l’instant sa course verticale et les ailes se déploient
pour le repos d’un aigle pêcheur au-dessus des eaux qui filent.
Le son banni
d’une trompe de l’âge de bronze
reste accroché au-dessus de l’abîme.
Aux premières heures du jour, la conscience peut étreindre le monde
comme une main saisit une pierre chauffée par le soleil.
Le voyageur est sous l’arbre. Après
sa chute dans le tourbillon de la mort,
une grande lueur : va-t-elle s’étendre sur sa tête ?

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Le ventre de la nuit (Jeanne Bessière)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Va je m’enliserai je ferai ce naufrage
à contresens et le visage clos
remontant le courant des gestes
des images
Les souvenirs dans un sanglot
balayés _ que m’importe si la route obscure
tournoie si déchiré
le corps se reconstruit selon sa déchirure
écartelé démantelé
Le ventre de la nuit s’est ouvert à cet orbe
nouveau tu gravites déjà
un long désir couloir d’ombre t’absorbe
et tu meurs pas à pas
tant que saigne ta vie
abandonnée infiniment
ô sève dur plaisir de la mort consentie
vienne le plus terrible instant

(Jeanne Bessière)

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CAP DE LA NUIT (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



 

Talon Abraxas   1980  8]

CAP DE LA NUIT
A la mémoire de Luis Valent.

CAP de la nuit! Au bout de cette grotte,
Où font les eaux leurs obscures maisons,
Au bout d’un ciel qui cherche sa saison,
Tu as franchi la muraille sans porte.

Et je t’ai vu venir, mort tout entier,
Avec ton ombre nue et ce visage
Qui n’était plus à toi, tout ce visage
Où mille feux sa jeunesse oubliait…

D’où venais-tu ? D’où repartait ta route ?
Dans quels chemins trouvais-tu ton soleil ?
Je t’entendais, j’espérais le réveil
Du grand fantôme blanc, devant la source…

— Verte vallée où chantent les troupeaux
Et la cascade aux crinières changeantes,
Tu étais là, souvenirs! Et les menthes
Chargeaient la nuit de musique et de mots…

… Tu étais là! Déjà tout le mystère
Se soulevait : mort, tu étais vivant.
C’étaient ta main, ton corps pris dans le vent,
Ta vie et ses élans vers l’autre terre.

Tu m’appelas : je ne suis pas venu.
Il y avait entre nous la montagne
Et ce grand trou et toute cette paille
Qu’on met autour des morts qui sont tout nus.

Alors ta main se tendit vers un autre
Mais celui-là marchait si loin de moi
Et ce pays d’étangs était si froid
Que j’entendis mourir ton âme morte.

(Louis Emié)

Illustration: Talon Abraxas

 

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Dernier (Bernard Flucha)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




Dernier

Dernier orfèvre de la nuit
Au matin nu des souvenances
Espoir vaincu serrant l’oubli
Dans le grain bleu de sa naissance

Au fer bleui de l’aventure
J’ai mis le cri j’ai mille forges
Le feu strident de sa blessure
Cautérise toutes mes gorges

Un oeil ouvert face à la mort
Cristal ennui gercé de peur
Un oeil fermé devant l’amour
Pétale rouge de sa fleur

Dernier coron des solitudes
Dans la veine d’un grand charbon
Frère d’éclipse ô négritude
Quand vient gémir l’accordéon

Un acrostiche hume la fête
Mentor de bruit coureur de jour
Rosace-accord sacre de tête
Mon initiale attend son tour

Sous le grand pin de nos aiguilles
Revient l’écume y buissonner
Et dans un verbe sans coquille
Nous conjuguons le temps aimer

Dernier coron des solitudes
Dernier orfèvre de la nuit

(Bernard Flucha)

 

 

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LE VOYAGE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




LE VOYAGE

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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SIESTE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



SIESTE

La Pentecôte des rochers. Et les langues qui grésillent…
La ville est sans poids dans l’espace de midi.
Une mise au tombeau dans la clarté ardente. Un
tambour couvre
les coups de poing de l’éternité séquestrée.

L’aigle monte monte au-dessus des dormeurs.
Un sommeil où la roue du moulin se retourne comme
l’orage.
Le galop d’un cheval dont les yeux sont bandés.
Les coups de poing de l’éternité séquestrée.

Les dormeurs pendent comme des poids à l’horloge
des tyrans.
L’aigle dérive, mort, dans les flots du torrent éclatant
du soleil.
Et dans le temps résonnent – comme dans le cercueil
de Lazare –
les coups de poing de l’éternité séquestrée.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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Le Secret (René De Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Sur le chemin près du bois
J’ai trouvé tout un trésor
Une coquille de noix
Une sauterelle en or
Un arc-en-ciel qu’était mort.

A personne je n’ai rien dit
Dans ma main je les ai pris
Et je l’ai tenue fermée
Fermée jusqu’à l’étrangler
Du lundi au samedi.

Le dimanche l’ai rouverte
Mais il n’y avait plus rien
Et j’ai raconté au chien
Couché dans sa niche verte
Comme j’avais du chagrin.

Il m’a dit sans aboyer:
« Cette nuit, tu vas rêver. »
La nuit, il faisait si noir
Que j’ai cru à une histoire
Et que tout était perdu.

Mais d’un seul coup j’ai bien vu
Un navire dans le ciel
Traîné par une sauterelle
Sur des vagues d’arc-en-ciel!

(René De Obaldia)

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