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Poésie

Archive for 8 mars 2016

Si (Lise Cassin)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Si tu souffles à mon oreille, les mots parfumés, de l’air
des îles bleues, j’entendrai le chant du griot et
reprendrai le rythme du poème.

Si tu ouvres pour moi, le tiroir des mémoires,
je trouverai sous la poussière, les sourires patients de
nos feux mal éteints.

Si de nos heures fanées, tu retiens la beauté, je cueillerai
pour toi, une gerbe princière, aux cimes du silence.

Si tu me contes l’histoire, de ce roi africain, qui dans
sa solitude, élevait des totems d’espérance, je croirai
à l’amour.

Si dans tes yeux, je vois se refléter mon âme,
je franchirai la mort et ferai un enfant.

(Lise Cassin)

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CHANSON DU MOIS DE MAI (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



CHANSON DU MOIS DE MAI

L’âne le roi et moi
Nous serons morts demain
L’âne de faim
Le roi d’ennui
Et moi d’amour

Un doigt de craie
Sur l’ardoise des jours
Trace nos noms
Et le vent dans les peupliers
Nous nomme
Âne Roi Homme

Soleil de Chiffon noir
Déjà nos noms sont effacés
Eau fraîche des Herbages
Sable des Sabliers
Rose du Rosier rouge
Chemin des Ecoliers

L’âne le roi et moi
Nous serons morts demain
L’âne de faim
Le roi d’ennui
Et moi d’amour
Au mois de mai

La vie est une cerise
La mort est un noyau
L’amour un cerisier.

(Jacques Prévert)

 

 

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La pluie venue du Mont Ki-Chan (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



La pluie venue du Mont Ki-Chan

Le vent avait chassé la pluie aux larges gouttes,
Le soleil s’étalait, radieux, dans les airs,
Et les bois, secouant la fraîcheur de leurs voûtes,
Semblaient, par les vallons, plus touffus et plus verts !

Je montai jusqu’au temple accroché sur l’abîme ;
Un bonze m’accueillit, un bonze aux yeux baissés.
Là, dans les profondeurs de la raison sublime,
J’ai rompu le lien de mes désirs passés.

Nos deux voix se taisaient, à tout rendre inhabiles ;
J’écoutais les oiseaux fuir dans l’immensité ;
Je regardais les fleurs, comme nous immobiles,
Et mon coeur comprenait la grande vérité !

(Louis Bouilhet)

 

 

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Vestigia Flammæ (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Vestigia Flammæ

Où donc es-tu partie, ô belle jeune fille ?
Toi dont le doux regard et dont la voix, un jour,
Comme un oiseau qu’éveille un bruit sous la charmille,
À l’ombre de mon cœur ont fait chanter l’amour.

Ange, te souvient-il que je t’aimai sur terre ?
Que j’aurais tout donné pour un baiser de toi !
Lorsqu’au fond de ton cœur tu descends solitaire,
N’est-il aucun écho qui te parle de moi ?

Que fais-tu, maintenant que je suis seul dans l’ombre,
Quand dix ans sont passés depuis ton tendre aveu,
Et que, sur mes deux mains inclinant mon front sombre,
Je regarde briller, comme des yeux sans nombre,
Les étincelles de mon feu !

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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Puberté (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Puberté

Ô vierge ! ta beauté semble un champ de blé mûr
Dont le vent fait rouler les vagues inquiètes !
Parmi les brins serrés, passant leurs folles têtes,
Brillent le pavot rouge et le bluet d’azur ;

Au zénith éclatant pas un nuage obscur ;
L’aube seule aux épis suspend ses gouttelettes ;
Mille désirs charmants, comme des alouettes,
Volent par les sillons et poussent leur cri pur.

Vierge ! voici le temps qu’on va lier les gerbes ;
Bientôt retentiront les chansons dans les herbes,
Et les rondes, le soir, sous les cieux étoilés,

Car, sur ses larges reins attachant sa ceinture,
Demain, le moissonneur à la brune figure
Va promener sa faux par l’épaisseur des blés !

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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Portrait (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Portrait

Je ne sais pas ton nom, comtesse ou bien marquise,
Dont le portrait charmant rit dans ce cadre d’or ;
Mais nulle, en sa beauté, n’eut plus de grâce exquise,
Au temps qu’on était jeune et qu’on aimait encor.

Tes cheveux à frimas, où le zéphyr se joue,
Effleurent mollement ton visage vermeil,
Car le pastel du maître a semé sur ta joue
L’incarnat velouté d’une pêche au soleil.

Mille amours sont nichés sous tes narines roses,
Mille autres sont blottis dans tes yeux irisés,
Tandis que Cupidon, sur tes lèvres mi-closes,
Appelle au pâturage un troupeau de baisers.

Et le ruban bleu-ciel, dont ta robe est fermée,
Semble, au long du corsage, étaler à plaisir,
De ta taille divine à ta gorge embaumée,
Une échelle d’azur où monte le désir !…

(Louis Bouilhet)

Illustration: Hyacinthe Rigaud

 

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Intérieur (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Kate Pérou-« Portrait d'Agnes Phoebe Burra » [800x600]

Intérieur

La mère de famille a quitté la maison,
Elle dort maintenant sous la colline verte.
Le père s’est assis dans la salle déserte,
Tandis qu’à l’âtre éteint fume un maigre tison ;

Le père s’est assis, les coudes sur la table,
Et pressant dans ses mains son front chargé d’ennui ;
Ses trois fils aux bras forts, rangés autour de lui,
Ne sauraient soulever le fardeau qui l’accable.

Mais la petite fille a neuf ans, pour le moins.
La petite descend, va, vient, court, se trémousse,
Elle commande aux gens et grossit sa voix douce,
Ménagère à l’œil bleu, qui jouait dans les foins !

(Louis Bouilhet)

 Illustration: Kate Perugini

 

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