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Archive for 9 mars 2016

La Louve (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



[#Beginning of Shooting Data Section] Nikon D1X 2003/11/05 13:35:05.1 RAW (12 bits) Sans perte Taille de l'image : Grande (3008 x 1960) Couleur Objectif : 70-210mm f/4-5.6 Focale : 116mm Mode d'exposition : Manuel Mode de mesure : Multizones 1/200 sec - f/10 Correction d'exposition : 0 IL Sensibilité : ISO 400 Balance des blancs : Flash -3 Mode de AF : AF-S Compensation des tons : Normale Mode flash : Synchronisation lente Mode de flash automatique : Nouveau TTL Mode couleur : Mode II (RVB Adobe) Réglage des teintes : -9° Netteté Image : Faible Réduction du bruit :  Légende image :  [#End of Shooting Data Section]

La Louve

Marcia, la vieille louve,
Au fond de son antre couve
Plus d’une jeune beauté,
Et, quand la rue est obscure,
Répand au loin, dans Suburre,
Son fol essaim qui murmure
Par les chaudes nuits d’été.

Elle a la belle Grecque, enivrante sirène,
La fille de Lesbos aux soupirs cadencés,
Qui suspend ses doigts blancs à sa lyre d’ébène,
Et danse aux carrefours la danse ionienne,
Avec un bandeau d’or sur ses cheveux dressés.

Elle a l’ardente Latine,
Qui sous une mitre incline
Son front bruni du soleil,
Nymphe au sourire magique,
Glissant sous le blanc portique,
Avec sa fauve tunique
Et son brodequin vermeil.

Elle a pour nos plaisirs, la Gauloise superbe,
Le front ceint de gui pâle, aux feuillages amers ;
Son pied nerveux bondit sans faire plier l’herbe.
Ses longs cheveux épars semblent l’or d’une gerbe,
Et son regard farouche est bleu comme les mers.

Elle a ses négresses folles
Qui, sur leurs noires épaules,
Enlacent des serpents verts.
Elle a l’Arabe indolente
Qui, la nuit, dort sous la tente,
Et le jour boit, haletante,
À la source des déserts !

— Mais la plus belle, amis, c’est la blanche Chrétienne,
Qui pleure et ne veut pas, et rougit tour à tour,
Et qui de son Dieu mort pressant l’image vaine,
Demande à deux genoux les tigres de l’arène,
Quand on la jette nue aux baisers de l’amour !

(Louis Bouilhet)

 

 

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L’Esprit des Fleurs (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



 sylphe b [800x600]
L’Esprit des Fleurs

Sylphe léger, fils des molles rosées,
J’aime à bondir sur les gazons en fleurs,
Et l’arc-en-ciel aux teintes irisées
Fait à mon front chatoyer ses couleurs ;
Sur un brin d’herbe, en passant, je me pose,
Et, sous mes pieds, bourdonnent les sillons ;
J’ai, pour tunique, une feuille de rose,
J’ai, pour voler, l’aile des papillons.

Quand du matin glissent les brises folles,
Dès que l’oiseau commence ses chansons,
Avec mes doigts, j’entr’ouvre les corolles,
Et doucement j’éveille les buissons :
« Debout ! debout !… » Tout frémit, et la plaine,
Et le lac bleu dont je rase !e bord
Avec mon char de roseaux verts qu’entraîne
Un scarabée à la cuirasse d’or.

« Debout ! debout !… » Les sveltes demoiselles
Dansent en rond sur les blancs nénufars,
Au grand soleil bruissent mes deux ailes,
Aux flots d’azur se plongent mes regards.
Quand vient le soir, et que les fleurs sont closes,
Du ver luisant je m’éclaire en chemin,
Et vais frapper à la porte des roses,
Pour m’endormir dans mon lit de satin.

L’hiver, je tremble, et mes fleurs sont flétries,
Sur l’arbre nu pendent les blancs frimas ;
Près de la vitre aux froides broderies,
Des blonds enfants j’écoute les ébats…
Mais si, parfois, je peux franchir les grilles,
Au feu qui danse, ouvrant mes doigts gelés,
Je me blottis au sein des jeunes filles,
Ou je me berce à leurs cheveux bouclés.

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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La dernière chanson (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



bague 104

La dernière chanson

J’ai voulu, le premier jour,
Vendre mes chansons d’amour ;
J’étais bien novice !
Ô mes dignes manuscrits,
L’épicier qui vous a pris
M’a rendu service.

Le second, j’ai, sur le quai,
Vendu mon couvert marqué,
Vieux meuble d’histoire,
Où mon aïeule, en mordant,
Cassa sa dernière dent,
Sous le Directoire.

Le troisième, Dieu merci,
J’ai vendu ma montre aussi,
Ma montre perfide,
Qui s’amusait à sonner
L’heure exacte du dîner
Sur mon ventre vide.

Le quatrième, ô bonheur !
J’ai vendu mon prix d’honneur
Pour six francs cinquante !
De ma gloire d’autrefois
J’ai fait deux dîners ou trois…
Sans vin d’Alicante !

Aujourd’hui, je n’ai plus rien,
Et mon ventre, comme un chien,
Aboie à la lune.
Aujourd’hui, pour tout trésor,
Je garde la bague d’or
De Nina la brune !

Tais-toi, mon ventre affamé ;
Celui-là qui fut aimé
Sourit quand il tombe ;
Le néant sera moins froid,
Si je peux, sa bague au doigt,
Dormir dans ma tombe !

(Louis Bouilhet)

 

 

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Les éléphants (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Les éléphants

Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L’air épais, où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.

Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D’un point de l’horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L’oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l’oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu’importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l’hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.

(Leconte de Lisle)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Une femme mystérieuse (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Caerulei oculi

Une femme mystérieuse,
Dont la beauté trouble mes sens,
Se tient debout, silencieuse,
Au bord des flots retentissants.

Ses yeux, où le ciel se reflète,
Mêlent à leur azur amer,
Qu’étoile une humide paillette,
Les teintes glauques de la mer.

Dans les langueurs de leurs prunelles,
Une grâce triste sourit ;
Les pleurs mouillent les étincelles
Et la lumière s’attendrit ;

Et leurs cils comme des mouettes
Qui rasent le flot aplani,
Palpitent, ailes inquiètes,
Sur leur azur indéfini.

Comme dans l’eau bleue et profonde,
Où dort plus d’un trésor coulé,
On y découvre à travers l’onde
La coupe du roi de Thulé.

Sous leur transparence verdâtre,
Brille parmi le goémon,
L’autre perle de Cléopâtre
Prés de l’anneau de Salomon.

La couronne au gouffre lancée
Dans la ballade de Schiller,
Sans qu’un plongeur l’ait ramassée,
Y jette encor son reflet clair.

Un pouvoir magique m’entraîne
Vers l’abîme de ce regard,
Comme au sein des eaux la sirène
Attirait Harald Harfagar.

Mon âme, avec la violence
D’un irrésistible désir,
Au milieu du gouffre s’élance
Vers l’ombre impossible à saisir.

Montrant son sein, cachant sa queue,
La sirène amoureusement
Fait ondoyer sa blancheur bleue
Sous l’émail vert du flot dormant.

L’eau s’enfle comme une poitrine
Aux soupirs de la passion ;
Le vent, dans sa conque marine,
Murmure une incantation.

 » Oh ! viens dans ma couche de nacre,
Mes bras d’onde t’enlaceront ;
Les flots, perdant leur saveur âcre,
Sur ta bouche, en miel couleront.

 » Laissant bruire sur nos têtes,
La mer qui ne peut s’apaiser,
Nous boirons l’oubli des tempêtes
Dans la coupe de mon baiser.  »

Ainsi parle la voix humide
De ce regard céruléen,
Et mon coeur, sous l’onde perfide,
Se noie et consomme l’hymen.

(Théophile Gautier)

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

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Faucon sauvage (Matsuse Seïseï)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Faucon sauvage
Au fond de son oeil
Courent des nuages.

(Matsuse Seïseï)

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Deux truites se racontent une odeur de fraises (Jacques Bourlez)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Sourires tressées
à deux pas de l’école
schisteuse
la maison du maître
hâte
presse
au coin d’un silence
un regard accroché
chats qui sommeillent
chien fou et tendre
deux truites se racontent
une odeur de fraises

(Jacques Bourlez)


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Sur la pointe des pieds (Chigetsu Kawaï)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Sur la pointe des pieds,
mon fils m’invite à regarder la lune,
la montrant du doigt.

(Chigetsu Kawaï)

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A quoi comparer notre vie en ce monde? (Manzei)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016


A quoi comparer
Notre vie en ce monde?
A la barque partie
De bon matin
Et qui ne laisse pas de sillage.

(Manzei)

Illustration

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Sur l’écurie des chevaux (Kyoriku)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016


Première neige
sur l’écurie des chevaux
d’abord a fondu

(Kyoriku)

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