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Poésie

Archive for 17 mars 2016

Il n’y a d’absence que de soi à l’autre (Eric Brogniet)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Il regarde l’immobile
Le ciel épars vers l’ouest

La distance où elle est
N’abolit pas la synchronicité

Il n’y a d’absence
Que de soi à l’autre

(Eric Brogniet)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Mon coeur s’ouvrit à mille sentiments de plaisir (Abbé Prévost)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Pietro Antonio Rotari _1

Mon coeur s’ouvrit à mille sentiments de plaisir
dont je n’avais jamais eu l’idée.

Une douce chaleur se répandit dans toutes mes veines.
J’étais dans une espèce de transport,
qui m’ôta pour quelque temps la liberté de la voix
et qui ne s’exprimait que par mes yeux.

Mademoiselle Manon Lescaut,
c’est ainsi qu’elle me dit qu’on la nommait,
parut fort satisfaite de cet effet de ses charmes

(Abbé Prévost)

Illustration: Pietro Antonio Rotari

 

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Couples maudits (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



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Couples maudits

Les criminels parfois ne sont pas les méchants,
Mais ceux qui n’ont jamais pu connaître en leur vie
Ni le libre bonheur des bêtes dans les champs,
Ni la sécurité de la règle suivie.

Que d’amour ténébreux sans lit et sans foyer !
Que de coussins foulés en hâte dans les bouges !
Que de fiacres errants honteux de déployer
Par des jours sans soleil leurs sales rideaux rouges !

Tous ces couples maudits, affolés de désir,
Après l’atroce attente (ô la pire des fièvres !),
Dévorent avec rage un lambeau de plaisir
Que le moindre hasard dispute au feu des lèvres;

Car tous ont attendu de longs jours, de longs mois,
Pour ne faire, un instant, qu’une chair et qu’une âme,
Au milieu des terreurs, sous l’oeil fixe des lois,
Dans un baiser qui pleure et cependant infâme…

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration

 

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Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique,
Vous en avez prins un, et vous en voulez deux ;
Pourquoy enervez-vous les accords amoureux,
C’est pecher, disiez-vous, contre la Theorique.

Non je ne baise point qu’en pure Arithmetique,
Respondis-je soudain, deux baisers savoureux
Font nombre, l’unité est un rien mal heureux
Payez moi, vous devez une chose Physique.

Que vous estes mauvais, repliquastes vous ors,
Qui pourroit resister à argumens si forts,
Qui me font succomber en si juste querelle ?

Moi respondit Amour, et d’un dard furieux,
Qu’il trempa plusieurs fois aux flammes de voz yeux,
Il m’enfonça le coeur d’une playe immortelle.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Je m’embarque joyeux, et ma voile pompeuse (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Je m’embarque joyeux, et ma voile pompeuse
M’ôte déjà la terre et me donne les mers,
Je ne vois que le ciel uni aux sillons pers :
C’est le premier état de mon âme amoureuse.

Puis je vois s’élever une vapeur confuse,
Ombrageant tout le ciel qui se fend en éclairs,
Le tonnerre grondant s’anime par les airs
C’est le second état dont elle est langoureuse.

Le troisième est le flot hideusement frisé,
Le mât rompu des vents et le timon brisé,
Le navire enfondrant, la perte de courage.

Le quatrième est la mort entre les flots salés,
Abattus, rebattus, vomis et avalés ;
Bref mon amour n’est rien qu’un horrible naufrage.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: Omer Charlet

 

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Je chante et pleure, et veux faire et défaire (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Je chante et pleure, et veux faire et défaire,
J’ose et je crains, et je fuis et je suis,
J’heurte et je cède, et j’ombrage et je luis,
J’arrête et cours, je suis pour et contraire,

je veille et dors, et suis grand et vulgaire,
Je brûle et gèle, et je puis et ne puis,
J’aime et je hais, je conforte et je nuis,
Je vis et meurs, j’espère et désespère ;

Puis de ce tout étreint sous le pressoir,
J’en tire un vin ores blanc, ores noir,
Et de ce vin j’enivre ma pauvre âme,

Qui chancelant d’un et d’autre côté,
Va et revient comme esquif tempêté,
Veuf de nocher, de timon et de rame.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: William Blake

 

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Ce n’est pas le trépas, c’est un très doux sommeil (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



Ce n’est pas le trépas, c’est un très doux sommeil
Qui bannit peu à peu l’éclair de ma paupière,
Adieu ; je vais jouir d’une douce lumière,
Attendant que ce corps s’anime de réveil.

Ami, ne pleure plus, ton amour non pareil
Recevra sa couronne au bout de la carrière :
Ainsi passait ma belle, et sa douce manière
Arrêtait de pitié la course du soleil.

Hélas ! à son partir l’Amour partit du monde,
La clarté chut du ciel et se noya dans l’onde,
La mort depuis ce jour est le miel de mon coeur :

Il ne m’est plus resté qu’une langueur extrême,
Qui me fait méconnaître un chacun et moi-même,
Et le ciel s’embellit de mon long crève-coeur.

(Abraham de Vermeil)

 

 

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C’était une voisine que j’avais (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



C’était une voisine que j’avais :
une petite ouvrière, sans doute,
avec une grâce toute parisienne,
une mignonne tête blonde
sous de cheveux bouclés aux tempes ;
cheveux qui semblaient une lumière frisée,
descendaient à l’oreille,
couraient jusqu’à la nuque, dansaient au vent,
puis devenaient, plus bas,
un duvet si fin, si léger, si blond ,
qu’on le voyait à peine,
mais qu’on éprouvait une irrésistible envie
de mettre là une foule de baisers.

Sous l’insistance de mon regard,
elle tourna la tête vers moi,
puis baissa brusquement les yeux,
tandis qu’un pli léger, comme un sourire prêt à naître,
enfonçant un peu le coin de sa bouche,
faisait apparaître aussi là
ce fin duvet soyeux et pâle
que le soleil dorait un peu.

La rivière calme s’élargissait.
Une paix chaude planait dans l’atmosphère,
et un murmure de vie semblait emplir l’espace.
Ma voisine releva les yeux, et, cette fois,
comme je la regardais toujours, elle sourit décidément.

Elle était charmante ainsi,
et dans son regard fuyant mille choses m’apparurent,
mille choses ignorées jusqu’ici.
J’y vis des profondeurs inconnues,
tout le charme des tendresses,
toute la poésie que nous rêvons,
tout le bonheur que nous cherchons sans fin.

Et j’avais un désir fou d’ouvrir les bras,
de l’emporter quelque part pour lui murmurer à l’oreille
la suave musique des paroles d’amour.

(Guy de Maupassant)

Illustration: Mandy Tsung

 

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Combien de mots me faut-il (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016




Combien de mots me faut-il,
et lesquels, pour dire le silence
et qu’il se taise enfin?

(Yannis Ritsos)

Illustration: Ibara

 

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Sous cette arrogance (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



 

Sous cette arrogance,
la grande blessure.

(Yannis Ritsos)

 

 

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