Arbrealettres

Poésie

L’eau qui stagne (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



L’eau qui stagne, recluse, au ventre obscur des mares,
L’eau qui croupit au coeur souillé d’anciens bassins,
Elle cache une vie intense dans son sein,
Elle tressaille d’être peuplée par les bêtes

Et par le rêve long et languide des herbes ;
Elle sent fermenter et s’animer la vase
Dont elle exhale en bulles lentes les relents ;

Mais elle est aveugle et ne connaît pas le ciel,
Car la mort lui a mis une taie de feuilles mortes :
Elle peut seulement voir ce qu’il y a en elle.

Mais cette eau est muette et ne peut pas chanter
Ni murmurer, ni rire comme la mer et les rivières :
Elle ne peut qu’éteindre en elle un long écho ;

Mais elle est comme morte et ne peut s’en aller
Elle ne peut courir et sauter et briller
Et non plus caresser les quais et les bateaux
Et non plus aller à l’étreinte des moulins ;
Elle ne peut que contempler la vie en elle.
Elle est peuplée de vie et ne vit pas,
Comme est peuplée de vie et ne vit plus
La chair inerte des cadavres.

Et je voudrais bien sortir de chez moi
Pour faire un poème avec mes pas,
En prenant ou non ma plume à témoin,
En prenant ou non les gens à témoin.
Et je voudrais bien…

Mais l’eau croupissante aussi, voudrait bien…

(Charles Vildrac)

Illustration: Yuko Shimizu

 

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