Arbrealettres

Poésie

Si … (Étienne Pivert de Senancour)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2016



 

Si les fleurs
n’étaient que belles…

(Étienne Pivert de Senancour)

Illustration: Octavio Ocampo

4 Réponses to “Si … (Étienne Pivert de Senancour)”

  1. Meranne said

    cette phrase n’est pas de Jaccottet mais de Senancour qu’a cité Jaccottet

    • arbrealettres said

      Merci beaucoup en effet!!
      Vraiment désolé, je rectifie tout de suite 🙂

      Un plus large extrait de cet auteur que je ne connaissais pas du tout:

      Si les fleurs n’étaient que belles sous nos yeux, elles séduiraient encore ; mais quelquefois ce parfum entraîne, comme une heureuse condition de l’existence, comme un appel subit, un retour à la vie plus intime. Soit que j’aie cherché ces émanations invisibles, soit surtout qu’elles s’offrent, qu’elles surprennent, je les reçois comme une expression forte, mais précaire, d’une pensée dont le monde matériel renferme et voile le secret.

      Les couleurs aussi doivent avoir leur éloquence : tout peut être symbole. Mais les odeurs sont plus pénétrantes, sans doute parce qu’elles sont plus mystérieuses, et que, s’il nous faut dans notre conduite ordinaire de palpables vérités, les grands mouvements de l’âme ont pour principe une vérité d’un autre ordre, le vrai essentiel, et cependant inaccessible dans nos voies chancelantes.

      Jonquille ! violette ! tubéreuse ! vous n’avez que des instants, afin de ne pas accabler notre faiblesse, ou peut-être pour nous laisser dans l’incertitude où s’agite notre esprit, tantôt généreux, tantôt découragé. Non, je n’ai vu ni le sindrimal de Ceylan, ni le gulmikek de Perse, ni le pè-gé-hong de la Chine méridionale, mais ce serait assez de la jonquille ou du jasmin pour me faire dire que, tels que nous sommes, nous pourrions séjourner dans un monde meilleur.

      Que veux-je ? Espérer, puis n’espérer plus, c’est être ou n’être plus : voilà l’homme, sans doute. Mais comment se fait-il qu’après les chants d’une voix émue, après les parfums des fleurs, et les soupirs de l’imagination, et les élans de la pensée, il faille mourir ?

      Et il se peut que, le sort le voulant ainsi, on entende s’approcher secrètement une femme remplie de grâce aimante, et que derrière quelque rideau, mais sûre d’être bien visible, à cause des rayons du couchant, elle se montre sans autre voile, pour la première fois, se recule vite, et revienne d’elle–même, en souriant de sa voluptueuse résolution. Mais ensuite il faudra vieillir. Où sont aujourd’hui les violettes qui fleurirent pour d’anciennes générations ?

      Il est deux fleurs silencieuses en quelque sorte, et à peu près dénuées d’odeur, mais qui, par leur attitude assez durable, m’attachent à un point que je ne saurais dire. Les souvenirs qu’elles suscitent ramènent fortement au passé, comme si ces liens des temps annonçaient des jours heureux. Ces fleurs simples, ce sont le barbeau des champs et la hâtive pâquerette, la marguerite des prés.

  2. Steve said

    Et une très belle illustration, une fleur qui est une femme …

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