Arbrealettres

Poésie

Archive for 1 avril 2016

Belle et ressemblante (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016


caillou1

 

Un visage à la fin du jour
Un berceau dans les feuilles mortes du jour
Un bouquet de pluie nue
Tout soleil caché
Toute source des sources au fond de l’eau
Tout miroir des miroirs brisé
Un visage dans les balances du silence
Un caillou parmi d’autres cailloux
Pour les frondes des dernières lueurs du jour
Un visage semblable à tous les visages oubliés.

(Paul Eluard)

 

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Quand tous mes cinq sens champêtres (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



 

Quand tous mes cinq sens champêtres verront,
Les doigts oublieront les pouces verts et sauront
Comment, à travers l’oeil végétal de leur croissant de lune,
La cosse de jeunes étoiles et le zodiaque de la main,
L’amour dans son gel est rogné par l’hiver,
Les oreilles murmurantes verront l’amour se dissiper
Comme rumeur de tambour, de la brise, de la coquille
A une plage dissonante
Et fouettée de syllabes, la langue-lynx crier
Que ses blessures amoureuses guérissent avec amertume.
Mes narines voient sa respiration brûler comme un buisson.

Mon unique et noble coeur a des témoins
Dans toutes les contrées de l’amour, qui s’éveilleront
A tâtons; et quand le sommeil aveugle gouttera
Sur mes sens espions, le coeur sera sensuel
Même quand toutes mes cinq paupières se briseront.

(Dylan Thomas)

 Illustration: Jan Brueghel le vieux

 

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En dépit (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



En dépit des pierres
A figure d’homme
Nous rirons encore

En dépit des coeurs
Noués et mortels
Nous vivons d’espoir

Rien ne nous réduit
A dormir sans rêves
A supporter l’ombre

Il n’y a sur l’heure
Doute ni soupçon
D’une heure semblable

A jamais sur terre
Tout remue et chante
Change et prend plaisir

(Paul Eluard)

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Ronde (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Sous un soleil ressort du paysage
Une femme s’emballe
Frise son ombre avec ses jambes
Et d’elle seule espère les espoirs les plus mystérieux.

Je la trouve sans soupçons sans aucun doute amoureuse
Au lieu des chemins assemblés
De la lumière en un point diminuée
Et des mouvements impossibles
La grande porte de la face
Aux plans discutés adoptés
Aux émotions de pensée
Le voyage déguisé et l’arrivée de réconciliation

La grande porte de la face
La vue des pierres précieuses
Le jeu du plus faible en plus fort.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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A Rouen, rue Ancrière (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



 

Sergey Kondrashov   mysterious-night

A Rouen, rue Ancrière

Je n’ai vu qu’un regard de cette belle morte
A travers le volet qui touche à votre porte,
Ma soeur, et sur la vitre où passa ce regard,
Ce fut l’adieu d’un ange obtenu par hasard.

Et dans la rue encore on dirait, quand je passe,
Que l’adieu reparaît à la claire surface.

Mais il est un miroir empreint plus tristement
De l’image fuyante et visible un moment :
Ce miroir, c’est mon âme où, portrait plein de larmes,
Revit la belle morte avec ses jeunes charmes.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Sergey Kondrashov

 

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LES REGRETS (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016




LES REGRETS

I

Lucy
Qu’as-tu fait de mon coeur, enfant aux cheveux blonds ?
De douleur en douleur comme de doute en doute,
Semblable au voyageur perdu dans les vallons,
Devrai-je de l’espoir abandonner la route ?

Puisqu’il faudra demain voir le soleil sans toi,
Qu’importe que ma vie à jamais soit brisée ?
Un malheureux de plus dans ce monde sans foi,
C’est comme dans la mer la goutte de rosée.

Je ne murmure point contre l’arrêt du sort :
Ton souvenir saura remplir ma solitude.
Un archange aux yeux bleus, avec sa toison d’or,
Evoquera toujours ta rêveuse attitude…

II

Pas plus que je ne veux crier ni blasphémer,
L’on ne me verra point étreindre en vain l’espace.
A quoi bon adoucir le tourment de s’aimer ?
Le temps ne guérit point un mal qui le dépasse.

Tant que je resterai dans ces lieux où l’amour
A nos coeurs enchantés dévoila ses mystères,
Les arbres dans les champs, la nuit avec le jour
Ranimeront pour moi nos rêves solitaires.

Je m’en irai, pensif, m’enfoncer dans les bois,
Refaire le chemin de la campagne immense.
Peut-être les échos, encor chauds de ta voix,
Voudront-ils me redire un peu de ta romance.

III

Mais sous mes pieds lassés les cailloux seront sourds.
L’Indrois ne taira pas sa chanson inutile.
L’ombre des temps défunts sur le manoir du bourg
Fiancera l’Ennui à mon âme stérile.

Lucy, ma Bien-aimée, est-ce cela l’Amour ?
Une ivresse éphémère, une peine infinie ?
Pourquoi tant de bonheur s’il fallait qu’en retour
On regrette à ce point la volupté bannie !

Les dieux, sans aucun but, auraient-il réuni
Nos pas que le hasard a comblés de merveilles ?
Ou dois-je concevoir qu’ils nous auront punis
D’avoir trop tôt vécu des heures sans pareilles…

IV

Oh ! laisse-moi du moins, laisse-moi pour ce soir,
Reposer sur ton sein mon front chargé de fièvres.
Et qu’avant d’échanger notre ultime au revoir,
Une ardeur sans égale unisse encor nos lèvres !

Le temps passe. Aimons-nous. Le reste n’est qu’orgueil.
baiser d’adieux, je veux que ta mémoire
L’inscrive comme un sceau mis sur mon coeur en deuil :
Ton nom, seul, désormais en formera la gloire…

Oh ! laisse-moi, Lucy, laisse-moi pour ce soir
Epancher sur ton sein la flamme de nos fièvres,
Regarder dans tes yeux mon amour se mouvoir
Et t’insuffler ma vie en dévorant tes lèvres…

V

J’ai voulu retrouver quelque chose de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum ;
Et je suis revenu tout seul au fond des bois.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts.

Le rêve disparu s’agite et me fait signe.
La barrière est franchie où naquit le Passé.
Ô Rampela, regarde au-delà de la ligne :

La lumière s’éteint. L’azur s’est effacé.
Et vois sur le versant nos destins qui s’alignent
Comme de faux ibis dont l’essor s’est lassé.

VI

Je cherche vainement tes pas sur le gazon.
Je murmure ton nom à l’herbe où nous passâmes.
Mais la rose a trahi les voeux de la saison.

Les vents ont dispersé les secrets de nos âmes.
Les lotus dans le puits tombent sans floraison.
Les sables blancs ont bu ton sang avec mes flammes.

Le monde a violé le pacte et le serment.
Les fanes ont surpris les feuilles des ramures.
J’ai beau troubler la sente et couper le sarment,

Tout parle de silence au fond de la clôture.
A l’ombre des remparts tout parle de tourment
Et je meurs sans avoir terminé l’aventure.

VII

O Rampela, contemple au-delà de la ligne :
Ton visage me manque et le monde se voile.
La boue a traversé jusqu’au front des étoiles.

Ma Bien-aimée, entends la voix d’outre-rempart :
Mon cœur fond en sanglot et, depuis ton départ,
La vie est devenue un ennui rectiligne.

Et je reviens tout seul, tout seul au fond des bois,
Afin de recueillir un souvenir de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: William Bouguereau

 

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Roseaux du soir (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016


 

Les marécages troublés reflètent le soleil couchant
et les roseaux malades des banlieues
s’agitent au vent lourd du soir
Sur une cheminée éteinte
un oiseau triste chante
Dans l’herbe jaune et sale
des insectes passent entre deux brins d’herbe couleur de rouille
Un clocher au loin s’élance vers le ciel
Une sirène hurle
et la nuit tombera sur la Ville funèbre
sans se douter qu’ici entre les roseaux malades
l’eau a frémi d’entendre voler
une libellule bleue qui a chanté mon espoir

(Bernard Delvaille)

Illustration

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Par le Non le pur et le sans (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Par le Non le pur et le sans
Aimant aimer je recherchais
Qui je pouvais, aimant, aimer.

(Jean Jouve)

 

 

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II faut marcher plus loin (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



II faut marcher
Plus loin, marcher marcher marcher
Se soutenir en vacillant dans le marcher

(Jean Jouve)

Illustration: Giacometti

 

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Seigneur (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Seigneur,
il faut mourir d’abord
pour
T’imaginer

(Jean Jouve)

Illustration: Le Bernin

 

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