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Poésie

Archive for 2 avril 2016

Au temps où longuement j’avais souffert (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Au temps où longuement j’avais souffert,
Où les heures m’étaient des pièges,
Tu m’apparus l’accueillante lumière
Qui luit aux fenêtres, l’hiver,
Au fond des soirs, sur de la neige.

Ta clarté d’âme hospitalière
Frôla, sans le blesser, mon cœur,
Comme une main de tranquille chaleur.

Puis vint la bonne confiance,
Et la franchise, et la tendresse, et l’alliance
Enfin de nos deux mains amies,
Un soir de claire entente et de douce accalmie.

Depuis, bien que l’été ait succédé au gel,
En nous-mêmes, et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d’or tous les chemins de nos pensées,
Et que l’amour soit devenu la fleur immense
Naissant du fier désir
Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,
En notre cœur se recommence
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la première.

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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Mon silence est le verbe nu que tu désires (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Mon silence est le verbe nu que tu désires
O écouteur de l’obscurité
Mon silence est la perfection de la victoire
Et la main posée sur la courbe du cœur

(Jean Jouve)

Illustration

 

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Le « devoir » de chercher le Dieu (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Le « devoir » de chercher le Dieu.
Pas dans les traditions verbales.
Pas dans les combinaisons et intuitions métaphysiques.
Mais sentir qu’une relation plus cachée que le moi-même
– qui coule comme l’eau entre les doigts fuit sans cesse et demeure
comme l’eau dans la main qui se ferme sous la mer.

(Paul Valéry)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Le Moi doit jouer le rôle du zéro, dans une écriture du Tout (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



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Le Moi doit jouer le rôle du zéro,
dans une écriture du Tout
– Le non – moi = 1.

Ce sont des symboles essentiels qui permettent d’écrire.
Ce zéro est sous-entendu dans toute relation.
Le moi réduit à son être le plus général,
et indiscernable et unique
n’est plus que ce qui s’oppose à Tout,
– ce dont Tout à besoin pour être pensée ou écrit.
En dehors du tout, il a nécessairement ce qui constate, nomme, ce tout.
Ce Moi est la déficience du tout –

Or le contraire de tout c’est rien.
Il faut donc que ce Rien soit en quelque manière.
On ne peut pas le penser, mais on peut l’écrire.
On ne peut pas penser le Tout sans l’opposer à quelque chose.

[…]

Le zéro 4-4 est le même que le zéro 7-7.
Le zéro est donc obtenu d’une infinité de façons.
Il est le symbole de cette infinité

(Paul Valéry)

 

 

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Le vrai Dieu (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Le vrai Dieu
est en intime union avec le moi.

[…]

Le moi pur
est comme la formule du Dieu

(Paul Valéry)

Illustration: Francis Saint-Géniès

 

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Il doit bien d’abord y avoir un poète (Heidegger)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Il doit bien d’abord y avoir un poète
pour que puisse commencer une parole de l’hymne.
Le poète unique abrite l’ébranlement apaisé du Sacré
dans la paix de son silence.
Comme le chant de la parole elle-même ne peut naître que du silence,
alors tout est prêt ainsi :

Alors promptement émue, l’âme, familière
A l’infini depuis longtemps, de mémoire
Tressaille et, embrasée par l’éclair sacré,
Que lui réussisse le fruit porté en amour,
œuvre des dieux et des hommes
Le chant, pour qu’il témoigne des deux

(Heidegger)

Illustration

 

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La Mer (François-René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



La Mer

Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais aux coeurs de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L’âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s’égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l’Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.

Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S’en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d’or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J’aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d’une mer inconnue.
L’ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m’abandonne aux songes de mon coeur.

(François-René de Chateaubriand)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Testament (Nina de Villars)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



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Testament

Je ne veux pas que l’on m’enterre, – dans un cimetière triste; – je veux être dans une serre, – et qu’il y vienne des artistes.

Il faut qu’Henry me promette – de faire ma statue en marbre blanc – et que Charles me jure sur sa tète – de la couvrir de diamants.

Les bas-reliefs seront en bronze doré. – Ils représenteront – Les trois Jeanne, puis Cléopatre et puis Aspasie et Ninon.

Qu’on chante ma messe a Notre-Dame, – parce que c’est l’église d’Hugo; – que les draperies soient blanches comme des femmes – et qu’on y joue du piano.

Que cette messe soit faite par un jeune homme, – sans ouvrage et qui ait du talent. – Il me serait très agréable – que de la chanteuse il fut l’amant.

Enfin, que ce soit une petite fête, – dont parlent huit jours les chroniqueurs. – Sur terre, hélas! puisque je m’embête, – faut tacher de m’amuser ailleurs.

(Nina de Villars)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Edouard Manet

 

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S’il était vrai (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



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S’il était vrai
Qu’une fleur des jardins ou qu’un arbre des prés
Pût conserver quelque mémoire
Des amants d’autrefois qui les ont admirés
Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire
Notre amour s’en viendrait
En cette heure du long regret
Confier à la rose ou dresser dans le chêne
Sa douceur ou sa force avant la mort prochaine.

Il survivrait ainsi,
Vainqueur du funèbre souci,
Dans la tranquille apothéose
Que lui feraient les simples choses ;
Il jouirait encor de la pure clarté,
Qu’incline sur la vie une aurore d’été,
Et de la douce pluie aux feuilles suspendues.

Et si, par un beau soir, du fond de l’étendue
S’en venait quelque couple en se tenant les mains
Le chêne allongerait jusque sur leur chemin
Son ombre large et puissante, telle qu’une aile,
Et la rose leur enverrait son parfum frêle.

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/
Illustration

 

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À L’AUTRE MONDE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



À L’AUTRE MONDE

Qu’il fait beau
Sur ces plateaux de déserts et de charmilles
Dans la désolation blessée des antres verts !
Qu’il est doux
De sentir la main savoureuse du ciel
Fouiller la place vide où se trouvait le cœur.

Là-bas des splendeurs de murailles
S’envolent les oiseaux frais
Trop velours pour être supportables
Qui résonnent des plis
D’un ciel gros bleu tout opulent de rayons morts.

Adorable ruban que la chair se déroule
Elle est morte ! et ruban d’infinis ornements
Des buissons de sexes blonds sur des vierges
Des membres mâles sur les flancs des femmes
Partout d’érectiles seins puissants
Font escorte dans la pleine lumière des allusions.

Moi qui courus d’un pied malheureux et tout nu
Je vois son œil qui ouvre la paupière de ton cœur.

(Pierre Jean Jouve)

Illustration: Odilon Redon

 

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