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Poésie

Archive for 6 avril 2016

Nous habitons la plus belle des lles (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



 

Nous habitons la plus belle des lles,
Celle qui chante au vent des profondeurs
Dans l’abandon des secrètes rumeurs
Que font en nous les silences dociles.

Tu m’as conduit sur ses plages tranquilles :
J’y vois trembler d’inhumaines lueurs
Sur le versant de nos jours les meilleurs
Où, mise au monde, avec moi tu t’exiles.

Seuls maintenant sur la rive sans bord,
Je n’attends plus pour t’aimer que la mort
Qui mêlera, dans une autre lumière,

Ce cri de chair que ta bouche portait
A ce baiser qu’en ma nuit prisonnière
Donne à ton ombre une Ombre qui se tait.

(Louis Emié)
Illustration: ArbreaPhotos

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Je fais en moi la blanche solitude (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



 

Max Mitenkov  scream_by_vimark-d3c1nzt [1280x768]

Je fais en moi la blanche solitude
Et sur ma route il n’est plus de maison.
Ma terre à moi jette son horizon
Sur la colline où tout m’est altitude.

J’ai tout perdu dans cette multitude
Qui voit le jour derrière une prison.
Du seul soleil de ma seule saison,
Je suis la flamme et la béatitude.

Un ciel plus sûr que celui de l’amour
Découvre ici les dédales du jour
Où je conduis mon ombre inavouée.

Le temps n’est plus qu’abîme sans espace.
Vais-je répondre au cri de la nuée ?
La mort n’est rien puisqu’un dieu la dépasse…

(Louis Emié)

Illustration: Max Mitenkov

 

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FACE À FACE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



FACE À FACE

En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contre coeur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.

Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre.
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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DÉGEL DE MIDI (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016




DÉGEL DE MIDI

L’air matinal délivrait ses lettres aux timbres incandescents.
La neige scintillait et les fardeaux semblaient soudain
légers – un kilo pesait 700 grammes et pas plus.

Le soleil était au-dessus des glaces, immobile en plein
vol et aussi chaud que froid.
Le vent avançait doucement, comme s’il poussait une
voiture d’enfant.

Les familles sortaient, voyaient le ciel dégagé pour la
première fois depuis longtemps.
Nous étions au premier chapitre d’une histoire extraordinaire.

Les rayons du soleil s’accrochaient aux toques de
fourrure comme le pollen aux bourdons
et les rayons du soleil s’accrochèrent au mot HIVER
pour y demeurer jusqu’à ce que l’hiver fût passé.

Je restai songeur devant la nature morte des madriers
dans la neige. Je leur demandai :
« Me suivrez-vous dans l’enfance ? » Et ils répondirent :
« Oui. »

Parmi les ronces, on entendait murmurer des mots dans une langue nouvelle
dont les voyelles étaient le bleu du ciel et les consonnes,
quelques brindilles noires dites si doucement au-dessus de la neige.

Mais l’avion soldé tira sa révérence sur ses jupes tonnantes
et fit que le silence devint encore plus profond.

(Tomas Tranströmer)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Je voudrais aller me promener (Marie Nervat)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



Je voudrais aller me promener dans les bois;
j’aurais un grand chapeau, une robe légère,
je me griserais d’air et de bonne lumière,
et tu me rapprendrais à marcher à ton bras.

Je voudrais aller dans un grand bois, un vieux bois,
où l’on dit que les fées se promènent encore;
peut-être en attendant du soir jusqu’à l’aurore,
qu’une d’elles nous laisserait ouïr sa voix.

Moi je n’ai pas vu d’arbres depuis si longtemps,
ni de fleurs dans les jardins! Celles que tu portes,
et que tu poses sur mon lit, à moitié mortes,
achèvent de mourir dans les appartements.

Ce ne sont pas de vraies fleurs libres sous le ciel;
elles ont des robes rouges trop tuyautées,
puis, sur les draps, on dirait des taches figées,
taches de sang qui font plus pâles mes mains frêles.

J’aime mes mains à présent, elles sont si blanches!
je vois les petites veines bleues sous la peau,
je n’ai gardé à ma main gauche que l’anneau,
l’anneau d’or que tu m’as donné avec ton âme.

Mes pauvres mains ont l’air si lasses sur les draps!
Ah! je voudrais sortir, marcher, je me sens forte,
je voudrais fuir bien loin, et refermer la porte
sur cette chambre monotone de malade.

(Marie Nervat)

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Des fleurs, un réveil (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



Des fleurs, un réveil
En porcelaine tictaque…
La chambre du mort.

***

Amidst the flowers
A China clock is ticking
In the dead man’s room.

(Richard Wright)

 

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J’insiste (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



J’insiste ; je ne rends pas les armes ;

j’ai dit : le champ de marguerites par un matin de printemps avec les cloches sur les collines
j’ai dit : le parapluie rose, renversé, ouvert, plein de lumière dans les épis
j’ai dit : baiser, pain, raisin, poitrine, ancre, femme, liberté
j’ai dit aux morts : attendez ; rien ne finit…
J’insiste, je résiste

(Yannis Ritsos)

 

 

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TINTEMENT (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



TINTEMENT

Et la grive sifflait son chant sur les os des morts.
Nous étions sous un arbre et voyions le temps s’écouler.
Le cimetière et la cour de l’école se rejoignirent et grandirent
comme deux courants dans l’océan.

Le tintement des cloches de l’église s’éparpilla aux
quatre vents, porté par les doux bras de levier d’un planeur.
Laissant sur la terre un silence plus imposant encore
et les pas paisibles d’un arbre, les pas paisibles d’un arbre.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Ah le poète écrit pour le vide des cieux (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



Ah le poète écrit pour
le vide des cieux

C’est que ce vide n’est rien d’autre que Dieu lui-même :
O Dieu substantiel à la nuit tu renais
De l’absence
[…]
Tu es ce vide pur

(Jean Jouve)

 

 

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Le poète ne dit qu’un mot toute sa vie (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



Le poète ne dit qu’un mot toute sa vie
[….]
Qu’il le dise au milieu d’un millier de naufrages !
Qu’il dise et qu’il périsse par le dire
Pour ce mot seul ce mot de gloire sans écho

(Jean Jouve)

 

 

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