Arbrealettres

Poésie

DÉGEL DE MIDI (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016




DÉGEL DE MIDI

L’air matinal délivrait ses lettres aux timbres incandescents.
La neige scintillait et les fardeaux semblaient soudain
légers – un kilo pesait 700 grammes et pas plus.

Le soleil était au-dessus des glaces, immobile en plein
vol et aussi chaud que froid.
Le vent avançait doucement, comme s’il poussait une
voiture d’enfant.

Les familles sortaient, voyaient le ciel dégagé pour la
première fois depuis longtemps.
Nous étions au premier chapitre d’une histoire extraordinaire.

Les rayons du soleil s’accrochaient aux toques de
fourrure comme le pollen aux bourdons
et les rayons du soleil s’accrochèrent au mot HIVER
pour y demeurer jusqu’à ce que l’hiver fût passé.

Je restai songeur devant la nature morte des madriers
dans la neige. Je leur demandai :
« Me suivrez-vous dans l’enfance ? » Et ils répondirent :
« Oui. »

Parmi les ronces, on entendait murmurer des mots dans une langue nouvelle
dont les voyelles étaient le bleu du ciel et les consonnes,
quelques brindilles noires dites si doucement au-dessus de la neige.

Mais l’avion soldé tira sa révérence sur ses jupes tonnantes
et fit que le silence devint encore plus profond.

(Tomas Tranströmer)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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