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Poésie

Archive for 7 avril 2016

INVENTION DE LA MORT (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



 

Anthony Ackrill   (3)

INVENTION DE LA MORT

QUAND je te vois dormant sur ce lit de misère,
Je ne recèle plus celui dont je suis né,
Cette chair dont l’émoi m’était prédestiné
Tandis qu’entre ses bras j’éveillais ta colère.

Je ne reconnais plus l’orphelin, le faux frère
Dans cette geôle d’or à mon trône enchaîné :
Me diras-tu ton nom par le mien couronné ?
Cette voix dans ma voix défendrait son mystère…

Ce fardeau que je livre à ton seul abandon,
Ce péché dont l’ilote oublia le pardon,
Cette route égarée au sein de ton absence,

Est-ce moi qui retiens, sans ombre et sans pouvoir,
Le douloureux instant dont la chute devance
Celle de l’ange en moi que j’étais pour te voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Anthony Ackrill 

 

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Entre deux draps (Antoinette Deshoulières)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris, au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l’esprit sans défaut,
Jusqu’à midi volontiers se mitonne.

Je ne combats de goûts contre personne,
Mais franchement sa paresse m’étonne;
C’est demeurer seule plus qu’il ne faut
Entre deux draps.

Quand à rêver ainsi l’on s’abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne:
À soupirer on s’exerce bientôt:
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps.

(Antoinette Deshoulières)

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LE BEAU SOLEIL ARDENT… (Louis MacNiece)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



 

LE BEAU SOLEIL ARDENT…

Le beau soleil ardent
Sur le jardin se fige,
Jamais temps ne s’arrête
Aux rets d’or qu’il érige,
À la fin qui m’oblige
Il n’est aucun pardon.

Notre temps d’aventure
Obscure touche à sa fin;
La terre nous tire, vers elle
Ailes et rimes iront demain;
Mon amour, sache bien,
Jamais danse ne dure.

Le temps n’est plus de nos essors
Et de l’or de nos rires,
Quand nous bravions les cloches
À qui l’on entend dire :
La terre nous tire,
C’est notre mort, Égypte, notre mort,

N’espérant nul pardon,
Enhardi dans mon âge,
Mais fort d’avoir connu
La venue de l’orage,
Avec toi le voyage
Et le soleil ardent.

***

THE SUNLIGHT ON THE GARDEN

The sunlight on the garden
Hardens and grows cold,
We cannot cage the minute
Within its nets of gold,
When all is told
We cannot beg for pardon.

Our freedom as free lances
Advances towards its end;
The earth compels, upon it
Sonnets and birds descend;
And soon, my friend,
We shall have no time for dances.

The sky was good for flying
Defying the church bells
And every evil iron
Siren and what it tells:
The earth compels,
We are dying, Egypt, dying

And not expecting pardon,
Hardened in heart anew,
But glad to have sat under
Thunder and rain with you,
And grateful too
For sunlight on the garden.

(Louis MacNiece)

Illustration: Kamrooz Aram

 

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J’écris pour tous les oiseaux du bitume (Philippe Garnier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



Qu’on laisse venir à nous le charme
le charme au grand galop
car la beauté est cavalière
filante légère
porteuse de mots

Chacun de nous est seul
seul émigrant passant perpétuel
seul étranger dans sa cervelle
chacun de nous marche marche dans ses rêves
arpente les mêmes allées les mêmes
chacun suit ses pensées dans ses ruelles
comme en hiver
poussé par le soleil
Bouffons tristes fous
chaque fois qu’une idée nous traverse
c’est dans les clous
qu’espérons-nous
sinon un trou sous l’averse

J’écris pour tous les oiseaux du bitume
pour tous les ensablés
pour tous les goudronnés du bec et des plumes
pour tous les buveurs de mazout
pour tout les dégazés du coeur et de la soute
pour tous ceux qui sur la route ont attrapé
la goutte au nez
ceux qui comme moi
ont des haut-le-cœur à toute épreuve
des écoeurements parfois des détresses
qui les oppressent
les émeuvent

Accrochons ensemble nos cœurs
comme des guirlandes
faisons danser nos fleurs et nos glandes
Seigneur
pardonne à tous ceux qui se sont défoncés
l’innocence est un doute qui a perdu la cadence
danse danse

La révolution c’est la Tolérance
c’est la Tolérance la Tolérance

(Philippe Garnier)

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