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Poésie

Archive for 9 avril 2016

Je te dirai ma chambre (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



Je te dirai ma chambre

Je te dirai ma chambre,
mon nom d’herbe et de paille,
le poids de mes cheveux sur l’oreiller,
la brise entre les mailles du rideau.

Je t’offrirai la coupe de mes mains
pour que tu boives le lait de l’été.
Je te dirai la naissance du verbe
dans l’impatience des draps.

Je te dirai aussi mon lit
où se consume sans trêve le poème,
la nuque des draps immolés,
la chair des mots, leur lutte
pour mêler sang et chanson.

J’entre dans cette chambre
comme on va au bûcher,
je fonds dans sa fiévreuse blessure,
j’existe par sa lumière suspendue
au plafond qui se dérobe.

(Kettly Mars)

Illustration: Pascal Renoux

 

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La vie est belle (Bruno Doucey)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



La vie est belle

Lorsque je me suis éveillé
tu n’étais plus à mes côtés

Il faisait nuit, c’était l’été

J’ai gravi le petit escalier qui mène dans un roulis
sur le pont de bateau de notre maison

Tu n’étais pas dans la cuisine, tu n’étais pas dans le salon

Une porte était restée entrouverte
je l’ai poussée comme un soupir

L’ombre de l’oranger a mangé mon visage

Tu dormais dans le jardin
sur un grand drap bleu de nuit

Le vent jouait encore avec les étoiles

Un instant, j’ai vu la branche de jasmin
venir effleurer ton corps

Je n’ai pas dit La vie est belle
Elle était belle, et je n’ai pu la retenir

qu’en posant sur ta peau les doigts de rose d’un poème.

(Bruno Doucey)

Illustration: F.A. Moore

 

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Je ne chanterais pas si tu ne m’avais pas aimée (Maria Polydouri)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



Je ne chante que parce que tu m’as aimée
au fil des années écoulées.
Sous le soleil, présage d’été,
ou sous la pluie ou sous la neige,
je ne chante que parce que tu m’as aimée.

Seulement parce que tu m’as tenue dans tes bras,
une nuit, et que tu m’as embrassée sur les lèvres,
par cela seul, je suis belle comme un lys éclos
et un frisson parcourt mon âme encore,
seulement parce que tu m’as tenue dans tes bras.

Seulement parce que tes yeux m’ont caressée
avec, en ce regard, toute ton âme,
fière, je me suis parée de la suprême
couronne de ma vie,
seulement parce que tes yeux m’ont caressée.

Seulement parce que tu m’as admirée, comme je passais,
qu’en ton regard j’ai vu glisser
mon souple reflet, tel un rêve,
souffrir et jouer,
seulement parce que tu m’as admirée, comme je passais,

Parce que tu m’as appelée, comme si tu hésitais,
et m’as tendu les mains,
les yeux d’éblouissement pleins
— d’un amour absolu —
parce que tu m’as appelée, comme si tu hésitais,

Parce que toi seulement, toi seul, l’as aimé,
J’ai laissé un sillage remarqué.
Comme si tu me suivais là où j’allais,
Comme si tu cheminais a mes côtés, quelque part,
parce que toi seulement, toi seul, l’as aimé.

Je suis née seulement parce que tu m’as aimée,
voilà pourquoi la vie me fut donnée,
la vie ingrate, inaccomplie;
ma vie à moi fut accompli
Je suis née seulement parce que tu m’as aimée.

Pour ton amour sublime seulement,
l’aurore m’a donné des brassées de roses.
Pour éclairer ton chemin, un instant,
la nuit a rempli d’étoiles mes yeux,
pour ton amour sublime seulement.

Seulement parce que tu m’as aimée d’un si bel amour,
j’ai vécu, seulement pour nourrir
mes rêves sans fin, mon beau soleil qui s’est couché,
et tout doucement mourir,
seulement parce que tu m’as aimée d’un si bel amour.

(Maria Polydouri)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Deux personnes se rencontrent (Peter Bakowski)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



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Deux personnes se rencontrent

Laisse ton toi rencontrer mon moi.
Ô coeurs escargot, cette fois vous ne serez pas écrasés —
Voguez à l’aventure, loin de l’ombre de nos côtes.
Embrassez-vous. Étreignez-vous. Ce nouvel Eden n’est sur aucune carte.

***

Twoo people meet

Let your you meet my me.
Ô snail hearts this time you will not be crushed—
Venture forth from the shadows of our ribs.
Embrace. Kiss. There’s no map to this new Eden.

(Peter Bakowski)

Illustration: Orhan Coplu

 

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Poème de l’Alaska (Mah Chong-gi)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



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Poème de l’Alaska

Avant que tu ne viennes
il n’y avait qu’un bruit d’eau.
Il n’y avait que le bruit d’une eau vert amande
qui coulait d’un grand iceberg fondant.
Lorsque tu es venu
des fireweed roses, radieuses et odorantes
se sont mises à s’ouvrir partout dans montagnes et vallées.
Et puis le vent est arrivé.

Les fleurs roses dansaient avec le vent,
des épicéas debout du côté de l’ombre
se balançaient en cadence.
Les fleurs qui faisaient grand bruit se sont tues
et aussitôt le soir est tombé. C’est vrai.
Avant que tu ne viennes ici
il n’y avait qu’un bruit d’eau.
Ce qui bougeait au monde
ce n’était que le bruit de l’eau.

(Mah Chong-gi)

Illustration

 

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Ne me cherche jamais (Pierre Seghers)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



 
    
Ne me cherche jamais
Tu me cherchais?
Ne me cherche jamais,
je suis là,
embrassée du coeur aux chevilles
dans tes mains d’homme et ta mémoire.
Et nouée comme une pièce d’or
dans le trésor confidentiel de ta vie,
brigandée dans l’envers du temps…

Ne me cherche jamais,
je suis là,
la nuit peut bien sécher ses grands trains d’herbes fauves
et lancer sur ses rails le convoi des saisons,
elle peut bien passer de l’une à l’autre
sur ses passerelles d’orages ou le ventre sans ciel
des froids,
elle peut bien apporter ce qu’elle voudra,
ce qu’elle pourra,
sa rançon de fatigue ou sa ruée de rêves,
je suis où tu voulais que j’aille.

Ne me cherche jamais,
Nous allons là où ceux qui s’aiment vont ensemble,
épaule contre épaule,
dans le vent des solstices…

(Pierre Seghers)

 

 

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A tes yeux… (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



A tes yeux…

A tes yeux de surprise matinale
je veux m’étonner le premier

A tes lèvres de verveine
je veuX boire encore ce rire ailé de gazelle

A tes cheveux de poivre blond
je veux renouveler ma soif

A ton ventre de jeune pêche
je veux attendre l’été mûrissant

Oreille contre coeur
Merveille pour merveille.

(Jean Orizet)

Illustration: Takahiro Hara

 

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Je te cherche… (Pedro Salinas)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



Je te cherche…
Oui, au-delà des gens
je te cherche.
Non pas en ton nom, si on le prononce,
non en ton image, si on la peint.
Au-delà, au-delà, plus loin.

Au-delà de toi, je te cherche.
Non en ton miroir, ni en ton écriture,
ni en ton âme.
Au-delà, plus loin.

Plus loin aussi, au-delà
de moi je te cherche. Tu n’es pas
ce que je sens de toi.
Tu n’es pas
ce qui palpite en moi
avec mon sang dans mes veines,
sans être moi.
Au-delà, plus loin je te cherche.

Pour te trouver, cesser
de vivre en toi, et en moi,
et dans les autres.
Vivre à jamais au-delà de tout,
par-delà toute chose
— pour te trouver —
comme si c’était mourir.

(Pedro Salinas)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Douceur de ce silence (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



[…]

Douceur de ce silence et de ne plus savoir
S’analyser et d’être à ce point qu’on croit voir
Des fils d’ombre dans la chambre de sa mémoire
Descendre et se confondre en une tache noire
Comme la toile d’une araignée où l’essor
Des songes va finir son vol de mouches d’or.
Et tout s’éteint ! Plus de rêve qui se dévide !
Douceur ! penser du vague et regarder du vide !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Daniel Martineau

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Les Galets (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



Les Galets

Il ne suffisait plus de savoir compter les galets:
il fallait connaître leur place exacte.

Où est la place exacte d’un galet?
Au creux de la main comme une bête.

(Jean Orizet)

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