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Poésie

Archive for 13 avril 2016

En acte (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



En acte

Les nus bien joints, leurs sources mieux que jointes
L’amour en force, à huit membres ramant,
Presse les corps vers l’éblouissement
Du haut sommet aux deux divines pointes.

Aux flancs, aux reins, aux seins, les mains empreintes
L’être avec l’être ajustent fortement
Pour l’oeuvre intense et l’âpre emportement
Des heurts dansés par leurs fureuurs étreintes.

L’âme commune, à chaque tendre choc,
Sent le délice exhausser roc sur roc
Les vifs degrés qui visent à la cime :

Sa hâte ébranle une vie aux abois
Et la chair verse une plainte unanime
Qui plane et meurt sur la suprême fois…

(Paul Valéry)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Anne (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Anne

Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse
Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts
Mire ses bras lointains tournés avec mollesse
Sur la peau sans couleur du ventre découvert.

Elle vide, elle enfle d’ombre sa gorge lente,
Et comme un souvenir pressant ses propres chairs,
Une bouche brisée et pleine d’eau brûlante
Roule le goût immense et le reflet des mers.

Enfin désemparée et libre d’être fraîche,
La dormeuse déserte aux touffes de couleur
Flotte sur son lit blême, et d’une lèvre sèche,
Tête dans la ténèbre un souffle amer de fleur.

Et sur le linge où l’aube insensible se plisse,
Tombe, d’un bras de glace effleuré de carmin,
Toute une main défaite et perdant le délice
A travers ses doigts nus dénoués de l’humain.

Au hasard ! A jamais, dans le sommeil sans hommes
Pur des tristes éclairs de leurs embrassements,
Elle laisse rouler les grappes et les pommes
Puissantes, qui pendaient aux treilles d’ossements,

Qui riaient, dans leur ambre appelant les vendanges,
Et dont le nombre d’or de riches mouvements
Invoquait la vigueur et les gestes étranges
Que pour tuer l’amour inventent les amants…

(Paul Valéry)

Illustration: Edmond Grandjean

 

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Le saule (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Doretta Bendalin 571_46st [800x600]

Le saule

Tremble, Tombe légère… Un souffle t’aime, Saule,
Qui fait sur toi frémir le songe d’une épaule…
Brise ?… ou mon seul soupir si simple et si soudain
Que j’exhale d’amour pour ce flottant jardin.
Sur ses fleurs, mon regard trompe le mal d’attendre
Le pas, la voix, la main, et puis, tout l’être tendre,
Cette Toi tout à moi que je sens devenir,
A qui l’heure qui meurt peut tout à coup m’unir
Et qui vient !… Je le sens…
Ma bouche enfin t’accueille !
L’approche met dans l’âme un tremblement de feuille
Et mes yeux, quoique pleins de feuillage et de jour,
Te voient derrière moi, toute rose d’amour…

Tremble, Tombe légère ! Un souffle t’aime, Saule…
Mais je n’ai plus besoin de songer d’une épaule,
Et ce souffle n’est plus le souffle d’un seul coeur…
Le temps vaincu succombe, et le baiser vainqueur
De l’absence sans nom dont un nom me délivre,
Boit dans l’ombre à longs traits le feu qui nous fait vivre !

(Paul Valéry)

Illustration: Doretta Bendalin

 

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Dernière lettre de Paul Valéry à sa muse Jean Voilier (Jeanne Loviton) (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Valéry et Jean voilier

27 Mai 1945
Dernière lettre de Paul Valéry à sa muse Jean Voilier (Jeanne Loviton)
[…]
Je suis repris de vives douleurs.

Cela engendre des vers…
Hélas, de ceux que la souffrance inspire.
Entre mes deux vautours il me vient ce qui vient…

Je ne t’envoie pas cela.
Ils sont trop amers, trop durs, avec un réalisme, par endroits, inexorable…
Le pire, c’est ce fond de tendresse infinie source inépuisable de poison.

Et voici, ce que j’ai observé plus d’une fois en moi :
c’est un sentiment fort bien étrange.
Si je me figure, et je m’efforce de me figurer, que tu me deviens indifférente,
que tu n’es plus pour moi qu’un souvenir sans armes,
que je puisse entendre parler de toi sans frémir,
penser à l’aise à quoi que ce soit
sans que tu viennes me pincer le cœur, et me sécher la gorge, etc.
alors se dessine et agit une douleur seconde.

Celle de ne pas souffrir de toi.
Cela est extraordinaire ;
doit arriver après les grandes plaies cicatrisées :
Il y avait quelque chose, là, se dit l’âme.

Mais tu peux mesurer par là la profondeur du mal.
Réagir à l’idée de son absence…

Je ne sais si tu avais besoin de constater la gravité du coup porté,
mais tu le vois maintenant, combien ma vie était pénétrée de toi.

Oui, je me suis laissé aller au don de toute ma sensibilité à mon idole.
Je me demande si tu imaginais que je serais si atteint ?

C’est une question pour moi, et même, une grave question.
Sais-tu pourquoi c’est grave ?
Parce que cela revient à celle-ci :
Qu’est-ce que tu es, AU FOND ?
Qui pourrait mener encore à une autre :
Que penses-tu de TOI ?

Et voici que je souffre de nouveau ?
Je ne sais si je pourrai aller à la poste.

(Paul Valéry)

 

 

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La mort, sous un certain aspect, est affreusement inabordable (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Paul Valery (1871-1945) ecrivain francais vers 1930 --- Paul Valery (1871-1945) french writer c. 1930

Paul Valery (1871-1945) ecrivain francais vers 1930 — Paul Valery (1871-1945) french writer c. 1930

La mort, sous un certain aspect, est affreusement inabordable.
On ferait je ne sais quoi pour y échapper.
Toute l’épouvante possible forme un pays infini et infiniment redoutable,
qui gît entre elle et nous c’est-à-dire entre nous et nous.

Mais par un autre regard, elle est nette, et plus claire que tout,
et subitement fin de toutes les peines,
tellement que l’on pense inévitablement à cette chose absurde
de se tuer pour ne pas mourir,
et qu’on prend cette seconde mort
comme le recours contre la première, qui est la même.

(Paul Valéry)

 

 

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J’aime ton sourire Qui m’accueille si Gentiment ! (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



J’aime ton sourire
Qui m’accueille si
Gentiment ! Ainsi

Le soleil salue
L’humble fleur des champs
Échappée aux gens.

J’aime tes yeux d’ombre
Et de clarté, beaux
Comme des tombeaux

D’enfants et de vierges
Et j’aime les coins
De ta bouche moins

Aimables que drôles
Pour si bien baiser
Moi, pour l’apaiser,

Et j’aime ton âme
Qui ne m’aime pas
Jusques au trépas.

Et que de logique
Dans l’abstention
De cette action,

Car j’aime ta vie,
Et la mienne aussi,
Mais pas tant ainsi.

(Paul Verlaine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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J’ai ancré l’espérance Aux racines de la vie (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

*

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

*

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

(Andrée Chedid)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/
Illustration

 

 

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Du côté du soleil (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Du côté du soleil
de jour et de même de nuit,

la tête tournée
et qui tourne et qui tourne

pour voir l’azur
à la renverse

pour être au monde
plus ébloui

pour larguer l’ombre
et les amarres.

Il y a ce feu
qui s’offre au bleu,

il y a ce bleu
qui boit de l’or.

(André Velter)

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Je rêvais d’une maison douce (Oleg Ibrahimoff)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



Je rêvais d’une maison douce
où des chats nonchalants
allongent les rêves
à pas de velours

(Oleg Ibrahimoff)

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La lune claire (Ikkyû)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2016



 

Reflet de la lune sur l'eau-  [1280x768]

La lune claire se reflète dans des milliers de fleuves.

(Ikkyû)

Illustration

 

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