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Poésie

Archive for 14 avril 2016

Le mille-pattes (Lucie Spède)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016




Le mille-pattes

Un mille-pattes à un mariage invité
n’y est jamais arrivé
car il n’a pas pu achever
de lacer tous ses souliers.

(Lucie Spède)

 

 

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La girafe (Madeleine Le Floch)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016




La girafe

Je voudrais une girafe
Aussi haute que la maison
Avec deux petites cornes
Et des sabots bien cirés
Je voudrais une girafe
Pour entrer sans escalier
Par la lucarne du grenier.

(Madeleine Le Floch)

Illustration

 

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Si l’on me cherche (Jacques Prevel)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Si l’on me cherche
C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera
Un matin d’Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n’a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l’Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l’inutile
Dans un mot qui n’a pas de sens
Un mot qui n’a pas de raison

(Jacques Prevel)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

 

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Qui suis-je ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



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Qui suis-je ?

Qui je suis
Je l’ignore !
Mythe ou réalité
Dans l’intime du rêve
Sortie du néant
De passage dans le monde
Captive de l’existence
Et pourtant
Novice devant les jours

Proche de la fable
Mais réelle
Mais vivante
Dans ce monde trop vaste
Où je subsisterai
Au-delà de mon temps

Qui je suis
Jour après jour
Je me le demande
Cette vitalité
À toute échelle
Ce trop-plein
Ces plissements inattendus
Cette destinée
Étrange
Voulue ?
Ce « renaître »
Cet apprentissage
Cette humanité
À laquelle
On croit toujours
Et puis
Cet invivable
Ces guerres
Ces infamies
Ce vide réanimé
Cette mort en vue.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

 

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Les rêves morts (Gaétane de Montreuil)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Les rêves morts

Je voudrais pour aimer avoir un cœur nouveau
Qui n’eût jamais connu les heures de détresse,
Un cœur qui n’eût battu qu’au spectacle du beau
Et qui fût vierge encor de toute autre tendresse ;

Mais je porte en moi-même un horrible tombeau,
Où gît un songe mort, loin de la multitude :
J’en ai scellé la porte et seul un noir corbeau
Du sépulcre maudit trouble la solitude !

Cet oiseau de malheur, c’est l’âpre souvenir,
C’est le regret des jours vécus dans la souffrance,
Qui ronge jusqu’aux os mes rêves d’avenir,
Beaux rêves glorieux, morts de désespérance.

Sans cesse l’aile sombre au fond de moi s’ébat,
Son grand vol tournoyant fait comme la rafale,
Qui siffle en accourant vers la fleur qu’elle abat
Et disperse les nids, dans sa course fatale.

Pourtant, d’un port lointain, si le vent, quelquefois,
M’apporte la chanson d’un ami sur la route,
À l’émoi de mon cœur je reconnais sa voix,
Car il cesse de battre, et tout mon être écoute.

(Gaétane de Montreuil)

Illustration: James LeGros

 

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Les soupirs d’une âme exilée (Martial de Brives)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Les soupirs d’une âme exilée

Je vis, mais c’est hors de moi-même,
Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;
Je vis dans l’objet de ma foi
Que je ne vois pas et que j’aime ;
Triste nuit de long embarras
Où mon âme est enveloppée,
Si tu n’es bientôt dissipé,
Je me meurs de ne mourir pas.

Le nœud de flamme et de lumière
Qui lie à Dieu seul mon amour
Fait par un amoureux détour
Qu’il soit captif, et moi geôlière ;
À voir qu’en de faibles appâts
Il trouve une prison si forte,
Un si grand zèle me transporte
Que je meurs de ne mourir pas.

Bon Dieu, que longue est cette vie !
Fâcheux exil qui me détiens,
Que ta prison et tes liens
Pèsent à mon âme asservie :
L’espoir d’être libre au trépas
Me cause tant d’impatience,
Qu’attendant cette délivrance
Je me meurs de ne mourir pas.

Que cette vie est dégoûtante
Où l’on ne tient Dieu qu’en désir,
Où l’amour mêle son plaisir
À l’ennui d’une longue attente ;
Sentant que mon cœur déjà las
Succombe sous un faix si rude,
Je suis en telle inquiétude
Que je meurs de ne mourir pas…

(Martial de Brives)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

 

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Un jardinier disait à ses mains, disait au jardin (Michel Van Schendel)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



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Un jardinier disait à ses mains,
Disait au jardin :

Je suis ta jument je suis ton pré
Je suis ton ciel je suis ton sol
Je suis ton aile et ton tourment
Je suis ton eau

Je t’abonde tu m’embrasses
Tu m’élèves tu te glisses
Tu m’inventes tu t’élides
Tu m’étonnes tu t’en viens

Je suis ton ambre et ta lumière
Je suis la manne de tes fruits
Je suis l’entaille du matin
Je suis le toit je suis la plaine je t’étreins

Je suis ton aile tu m’emportes
Tu t’envoles tu m’étrennes
Tu te donnes tout le ciel
Tu me donnes ton haleine

Tu es l’embrun tu es le sel
Je suis la chair de ton hallier
Tu es l’embrun tu es la sève
Je suis ta brume ton entrain

Je suis ton bras je suis ta main
Je suis ton ombre et ton sentier
Je suis ton pas
Je suis ta soie ton couturier

Il contempla la toile de ses mains,
Il regarda le buis, l’érable, il vit l’aubier,
Il vit la feuille et la ligne des feuilles,
Il regarda le ciel, il regarda le sol,
Il contempla la soie de ses mains,
Il vit que la soie était celle du jardin.

(Michel Van Schendel)

Illustration: Marcia Sandmeyer Wilson

 

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Magnifique, non !? (Gilbert Cesbron)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Magnifique, non !?

Quand on va mourir,
on ouvre des yeux
grands comme la terre
et, d’un seul regard,
pour l’éternité,
on fait provision
de ce qu’on aimait.

(Gilbert Cesbron)

 

 

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Que ce rien vienne à ton réveil (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Que ce rien vienne à ton réveil
A peine au sortir de l’étrange
Abîme d’ombre du sommeil,
A peine tes yeux sous leur frange

Cherchent encor s’il fait soleil
Et qu’étirée au creux des langes
De la nuque jusqu’à l’orteil
A tes tiédeurs tu te mélanges,

Ceci vient, pour te dire, Amour,
Que quelqu’un, bien avant le jour,
Que j’aime moins que je ne t’aime,

Te parlait, mêlant aux propos
L’impossible et le tendre thème
De caresser ton doux repos.

(Paul Valéry)

 

 

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Oubliant sur mon coeur (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Oubliant sur mon coeur la force de tes formes
Ô que toute une nuit, je voudrais que tu dormes,
Et que rêve de moi, cher corps tout détendu,
Ton âme simple errant dans le temps suspendu.

Heureuse entre mes bras, tu songerais d’y être,
Et croyant me saisir, pourtant tu me tiendrais,
Et tu te presserais à moi sans reconnaître,
Respirant tes soupirs, ma présence aux bras vrais.

Ton aveugle désir te ferait deux fois mienne,
Et je te redirais chaque mot qui te vienne
Par ta lèvre dormante à peine murmuré,
Vivant un tel bonheur calme et transfiguré

Qui semble à l’infini comme une onde s’étendre,
Que mes larmes tombant sur ta paupière tendre
T’éveilleraient peut-être en plein songe d’amour,
Et nous serions un seul, dans l’ombre, jusqu’au jour…

(Paul Valéry)

Illustration: Henri Matisse

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