Arbrealettres

Poésie

Oubliant sur mon coeur (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Oubliant sur mon coeur la force de tes formes
Ô que toute une nuit, je voudrais que tu dormes,
Et que rêve de moi, cher corps tout détendu,
Ton âme simple errant dans le temps suspendu.

Heureuse entre mes bras, tu songerais d’y être,
Et croyant me saisir, pourtant tu me tiendrais,
Et tu te presserais à moi sans reconnaître,
Respirant tes soupirs, ma présence aux bras vrais.

Ton aveugle désir te ferait deux fois mienne,
Et je te redirais chaque mot qui te vienne
Par ta lèvre dormante à peine murmuré,
Vivant un tel bonheur calme et transfiguré

Qui semble à l’infini comme une onde s’étendre,
Que mes larmes tombant sur ta paupière tendre
T’éveilleraient peut-être en plein songe d’amour,
Et nous serions un seul, dans l’ombre, jusqu’au jour…

(Paul Valéry)

Illustration: Henri Matisse

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