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Poésie

Archive for 17 avril 2016

Les enfants rêveurs (Gilbert Cesbron)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Katie m. Berggren -2T [800x600]

Les enfants rêveurs
ont des mains d’oiseaux
pour mieux se poser
au sommet des arbres.

Ont des mains d’oiseaux
et des cheveux fous
comme les chevaux.

Ont des mains d’oiseaux
et des cheveux fous
et des yeux si bleus
qu’ils peuvent y voir
au fond de la mer.

(Gilbert Cesbron)

Illustration: Katie m. Berggren

 

 

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Dirai-je ou non (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Dirai-je ou non ce que daigne ouïr
Ta rose oreille où la boucle se joue ?
Dois-je me taire ou subir une moue ?
Dois-je tenter de faire épanouir
Par tel propos qui te monte à la joue
Une rougeur dont tu ne dois jouir ?

Quoi… Faut-il donc que je doive enfouir
Dans un silence à quoi ton oeil me voue
Les mots vivants de l’amour qui s’ébroue ?…
Tout mon discours se sent évanouir,
Ma bouche sèche et ma langue se noue,
Moi qui songeais tendrement t’éblouir…

La femme en fleur répond : Point de parole !
Voit-on l’abeille à la rose corolle
Chanter le miel et la faire rougir ?
Tais-toi, mon cher ! agir, agir, agir…

(Paul Valéry)

 

 

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Tant pis, m’amour (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Tant pis, m’amour, ce ne sont point des fleurs
Roses ne sont, ni crépus chrysanthèmes,
Ce sont des vers qui rêvent que tu m’aimes,
Des vers sans plus, bêtes comme des pleurs.

Tant pis, m’amour, ce ne sont fleurs, ni même
Clairs diamants ni pierres de couleur
Pour s’attiédir sur ta douce chaleur ;
Ce sont des vers que sous tes pas je sème.

Je les dérobe à ce poignant ennui
Ennui de toi qui toujours vers la nuit,
Où que je sois et le visage en fête,

Perce mon être et le change en frisson…
Ah puissent-ils, si vite faits qu’ils sont
Fuir vers ton coeur au sortir de ma tête…

(Paul Valéry)

Illustration: Denis Jeanteur

 

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Jeanne, ton corps me suit (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Jeanne  Loviton1_000

Jeanne, ton corps me suit. Ô mains pleines de Jeannne,
Ô pensée où revient ton silence et ta voix
Et ce mélange d’ombre à l’été qui se fane
Que nous venons de boire au fond mourant des bois…

À peine je te quitte, une Jeanne songée
Appuie un être tendre à la table où j’écris ;
Où mon cœur tout à coup se la forme allongée
Et mon labeur se trouble au sein de mes esprits.

Nos soucis, nos ennuis, nos devoirs, nos ouvrages
Ne sont devant l’amour que du bonheur perdu
Ô baisers précieux, ô les caresses sages,
Ô JEANNE, enchantement du travail suspendu.

(Paul Valéry)

 

 

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Fûtes-vous vrais, ou vaine rêverie (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Fûtes-vous vrais, ou vaine rêverie,
Moments dorés de quelque autre saison,
Quand le bonheur de perdre la raison
Au sein charmant d’une chambre chérie

Faisait mon coeur courir vers la maison
Dans son feuillage offerte à la féerie,
Pour t’y cueillir, ardente pierrerie,
Extrême éclair de quelque pâmoison ?

Fûtes-vous vrais ou mes songes, Dimanches ?
Un grand amour m’accordait souriant
Sous plis de soie aux amples ombres blanches

Sa perle vive au sensible orient,
Et de ces jours d’une tendre coutume
Le temps n’était qu’encens qui se consume.

(Paul Valéry)

 

 

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Un jour viendra sans doute (Achille Chavée)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



Un jour viendra sans doute où nous serons
en communication
avec le monde des insectes
avec les termites muets
avec les aveugles fourmis

Qu’est-ce que parler humain veut dire
au fond du gouffre de la pensée !

Et je me vois très bien
buvant un bock
avec un insecte asexué
à la table effrayante de l’éternité

Insecte
je bois à ta santé
à nos bonnes santés interminables

(Achille Chavée)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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L’oiseau blessé (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



L’oiseau blessé, l’ange qui perdait son sang
Disait :
Je me suis penché sur ce monde
Je suis venu témoigner d’ailleurs
On a secoué mes arbres en fleurs
On m’a regardé de près
Je suis blessé, mes ailes pendent.

(Eugène Guillevic)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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La plus grande tragédie de la vie (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



La plus grande tragédie de la vie
est le coeur hanté. Là où
préside un amour immense. Un amour
qui ne peut être résolu,
qui ne peut trouver la signification d’un baiser,
la paix d’une étreinte.

Toujours il y a un homme qui aime une femme
qui ne l’aime pas.

Les volets du coeur hanté claquent, le parquet
grince, des pleurs proviennent d’une chambre noire.

***

Life’s greatest tragedy
is the haunted heart. In which
a huge love presides. A love
that cannot be resolved,
that cannot find the meaning of a kiss,
the peace of an embrace.

Always there is a man who loves a woman
that does not love him.

The shutters of the haunted heart bang, the floors
creak, and the sound of crying comes from a dark room.

(Richard Brautigan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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La plage (Émile Blémont)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



La plage

La plage étincelle, fume
Et retentit, vaste enclume
Que les vagues et le vent
Couvrent de bruit et d’écume.
Je vais, selon ma coutume,
Le long du galet mouvant,
Les yeux au large, rêvant
Quelque rêve décevant
Salé de fraîche amertume.
Avec leurs doux cris joyeux
Et leurs mines ingénues,
De beaux enfants, jambes nues,
Se mouillent à qui mieux mieux.
De loin, les suit et les gronde
Une vieille grand-maman.
Une jeune femme blonde
Lit toute seule un roman.
Les légères mousselines
Des nuages vagabonds
Se déchirent aux collines.
Les grandes vagues félines
Se cabrent, puis font des bonds.
Et je contemple l’abîme ;
Et je voudrais, âme et corps,
Me mêler aux longs accords
Qui roulent de cime en cime.

(Émile Blémont)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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La belle est au jardin d’amour (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2016



La belle est au jardin d’amour,
Voilà un mois ou six semaines,
Son père la cherche partout
Et son amant est bien en peine.

Faut demander à ce berger
S’il l’a vue dans la plaine.
— Berger, berger, n’as-tu point vu
Passer ici la beauté même ?

Comment est-elle donc vêtue ?
Est-ce de soie ou bien de laine ?
— Elle est vêtue de satin blanc
Dont la doublure est de futaine.

— Elle est là-bas dans ce vallon,
Assise au bord d’une fontaine ;
Entre ses mains tient un oiseau,
La belle lui conte ses peines.

— Petit oiseau, tu es heureux
D’être entre les mains de ma belle !
Et moi qui suis son amoureux,
Je ne puis m’approcher d’elle.

Faut-il être auprès du ruisseau,
Sans pouvoir boire à la fontaine ?
— Buvez, mon cher amant, buvez,
Car cette eau-là est souveraine.

— Faut-il être auprès du rosier,
Sans en cueillir la rose ?
— Cueillez, mon cher amant, cueillez,
Car c’est pour vous qu’elle est éclose.

(Pierre Dupont)

 

 

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