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Poésie

Archive for 20 avril 2016

PRISON (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



PRISON

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur.

*

Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

*

Des vies mal épelées –
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

*

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines
de chanterelles.

*

Le fracas des ateliers
et les pas lourds du mirador
déroutaient la forêt.

*

Le portail s’ouvre en glissant
nous voici dans la cour du pénitencier
dans une nouvelle saison.

Les lampes du mur s’allument –
le pilote du vol de nuit voit une tache
de lumière irréelle.

*

Nuit – un semi-remorque
passe tout près, les détenus
rêvent en tremblant.

*

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Layla (Paroles Soufies)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



 

Albena Vatcheva    (30)

Layla

Vois cette houri du ciel
Qui mêle dans sa beauté
La noblesse de la pudeur
Au feu de la passion

Des rayons de l’âme
Coule le vin du désir
Dans une coupe de lumière

Les navettes de l’amour
Sur l’étendue du coeur
Dessinent de leurs fils
Les trames de l’union.

(Paroles Soufies)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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La beauté (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



La beauté,

c’est bon pour la santé.

(Henri-Frédéric Blanc)

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L’eau houleuse du port est sans mirage aucun (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016


 

L’eau houleuse du port est sans mirage aucun.
Mais, dans le somnolent dimanche, il suffit qu’un
Souffle d’air passe au fil du bassin qui repose
Pour propager le vert reflet des peupliers,
Quand se crispe en frissons de moire l’eau morose…
C’est ainsi que la cloche aux glas multipliés
Dans l’Ame du dimanche, où toute rumeur cesse,
Agrandit longuement des cercles de tristesse.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Tenaces les pies (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Tenaces les pies
Picorent dans l’herbe chaude,
Un oeil bleu en verre.

***

Persistent magpies
Are pecking amid hot grasses
At one blue glass eye.

(Richard Wright)

Illustration

 

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Quand on rentre chez soi, délivré de la rue (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Quand on rentre chez soi, délivré de la rue,
Aux fins d’automne où, gris cendré, le soir descend
Avec une langueur qu’il n’a pas encore eue,
La chambre vous accueille alors tel qu’un absent…

Un absent cher, depuis longtemps séparé d’elle,
Dont le visage aimé dormait dans le miroir;
O chambre délaissée, ô chambre maternelle
Qui, toute seule, eût des tristesses de parloir.

Mais pour l’enfant prodigue elle n’a que louanges…
L’ombre remue au long des murs silencieux :
C’est le soir nouveau-né qui bouge dans ses langes;
Les lampes doucement s’ouvrent comme des yeux,

Comme les yeux de la chambre, pleins de reproche
Pour celui qui cherche dehors un bonheur vain;
Et les plis des rideaux, qu’un frisson lent rapproche,
Semblent parler entre eux de l’absent qui revint.

*

La chambre fait accueil; et le miroir lucide
Pour l’absent qui s’y mire est soudain devenu
Son Portrait — grâce à quoi lui-même il élucide
Tant de choses sur son visage mieux connu,

Des choses de son âme obscure qui s’avère
Dans ce visage à la dérive où transparaît
Son identité vraie au fil nu du portrait,
Pastel qui dort dans le miroir comme sous verre !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Cyn McCurry

 

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SOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016




SOIR

Je viens de voir ma bien-aimée
Et vais au hasard, sans desseins,
La bouche encor tout embaumée
Du tiède contact de ses seins.

Mes yeux voient à travers le voile
Qu’y laisse le plaisir récent,
Dans chaque lanterne une étoile,
Un ami dans chaque passant.

Chauves-souris disséminées,
Mes tristesses s’en vont en l’air
Se cacher par les cheminées,
Noires, sur le couchant vert-clair.

Le gaz s’allume aux étalages…
Moi, je crois, au lieu du trottoir,
Fouler sous mes pieds les nuages
Ou les tapis de son boudoir.

Car elle suit mes courses folles,
Et le vent vient me caresser
Avec le son de ses paroles
Et le parfum de son baiser.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

 

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LA LORELEI (Heinrich Heine)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016





LA LORELEI

Je ne sais pas d’où vient cette grande tristesse
En moi, ni ce qu’elle veut dire;
Un conte d’autrefois que je ne cesse
D’entendre dans mon souvenir.

L’air fraîchit, et c’est l’heure où descend l’ombre,
Et le Rhin court paisiblement,
Le couchant fait à la montagne sombre
Un sommet d’or étincelant.

Tout en haut du rocher la fille la plus belle
Est merveilleusement assise sur le bord,
Sa parure d’or étincelle,
Elle peigne ses cheveux d’or.

Les peigne avec un peigne d’or
Et chante, ses cheveux peignant,
Une chanson, un air étrange et fort,
Mélodieux et violent.

Le marinier sur son fragile esquif,
Ça lui fait mal sauvagement,
Ses yeux ne voient pas les récifs,
Ils sont là-haut éperdument.

L’onde, je crois, finalement
Engloutit l’homme et sa nacelle
Et c’est la Lorelei, c’est elle
Qui les a perdus par son chant.

***

DIE LORELEI

Ich weiss nicht, was soil es bedeuten,
Dass ich so traurig bin;
Ein Marchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fliesst der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldnes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
Die Lore-Ley getan.

(Heinrich Heine)

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La septième (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Six vaches qui broutent ;
La septième, près d’une barrière,
Fixe l’étendue.

***

Six cows are grazing;
The seventh stands near a fence,
Staring into space.

(Richard Wright)

 

 

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Je crève de pitié… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Je crève de pitié, d’aimer et de sourire:
mais, sourire, ne m’est pas toujours possible,

et ce petit chat m’a rempli d’une tristesse grise.
Il miaulait sous la grande porte de la mairie,

par ce soir pluvieux, boueux, et j’ai senti
toute l’infinité résignée et muette

de la douleur des bêtes, de la douleur des bêtes.
Mon Dieu : qu’allait-il faire? Qu’allait-il faire?

Son malheur est si triste sous la pluie.
Qui va le nourrir? Qui va le nourrir?

Oh! s’il allait, en tremblotant, là, mourir,
— ou devenir un triste chat des saligues

qui crève, dans la boue malsaine, de famine,
de grelottement, de croûtes et de fièvre

— ou être tué par un chien qui le prend pour un lièvre.

(Francis Jammes)

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