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Poésie

Archive for 21 avril 2016

Tu cherches un mot de rien (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Tu cherches
un mot de rien
qui dirait tout

tu trouves
une parole silencieuse
assise au fond de ta respiration

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Christian Schloe

 

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Simple miracle d’être là (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



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Simple miracle d’être là
avec le livre ouvert de ses mains vides
regard tourné
vers le dedans

la voix bleu nuit
qui porte en elle tout l’embrasement
de la brisure

l’écriture arrachée
à l’invisible

et tout ce qu’ensemence le silence

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Madeleine Lesage

 

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Formalités (Yi Sang)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



 

Formalités IV

Qui es-tu ?
Toi qui es venu, devant la porte,
tu frappes à la porte et tu cries d’ouvrir.

Qui me cherche ?
Un cœur, non. J’ignore qui tu es,
mais t’abandonner, je ne le supporterais pas.

Je veux ouvrir la porte,
mais elle est fermée dedans.
Dehors, tu ne sais pas qu’elle est fermée.

Dedans, ouvrir ne sert à rien, que ferais-je ?
Es-tu né devant une porte délibérément close ?

(Yi Sang)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Victor Ehikhamenor

 

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Sonnet d’été (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Sonnet d’été

Nous habiterons un discret boudoir,
Toujours saturé d’une odeur divine,
Ne laissant entrer, comme on le devine,
Qu’un jour faible et doux ressemblant au soir.

Une blonde frêle en mignon peignoir
Tirera des sons d’une mandoline,
Et les blancs rideaux tout en mousseline
Seront réfléchis par un grand miroir.

Quand nous aurons faim, pour toute cuisine
Nous grignoterons des fruits de la Chine,
Et nous ne boirons que dans du vermeil ;

Pour nous endormir, ainsi que des chattes
Nous nous étendrons sur de fraîches nattes ;
Nous oublierons tout, – même le soleil !

(Germain Nouveau)

Illustration: Claude Hardenne

 

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La soif des amours (Petrus Borel)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



La soif des amours

Viens, accours, fille jolie!
Viens, que j’oublie en ton sein
Le chagrin,
Qui, partout, dans cette vie,
Suit le pauvre pèlerin.

Qu’un autre, envieux de la gloire,
Dans le tracas coule ses jours;
Moi, toujours,
Riant de ce mot illusoire,
Je n’ai que la soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un buveur, la tasse remplie,
Aux coteaux consacre ses jours;
Moi, toujours,
Sans goût savourant l’ambroisie,
Je n’ai que la soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un ladre, accumulant sans cesse,
Sur ses trésors traîne ses jours;
Moi, toujours,
Méprisant honneurs et richesse,
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un Anglais trace sur la tombe
Des vers sombres comme ses jours ;
Moi, toujours,
Sur des fleurs ma lyre retombe;
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Le temps éteindra sous ses ailes
Les feux ardents de mes beaux jours;
Moi, toujours,
Je serai galant près des belles;
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

(Petrus Borel)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Je déteste qu’on attende du réel quelque chose comme un sens (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Je déteste qu’on attende du réel quelque chose comme un sens.
C’est déjà une façon de tricher avec le monde.

L’altérité me paraît bien plus proche de ce que la vie offre à vivre que cette question.
Le sens, c’est toujours orienter l’action ou le temps dans une seule direction
imposée par un groupe qui se considère comme le meilleur.
Réclamer du sens, c’est faire surgir un monde trop sémantique, trop orienté,
c’est faire de l’autre en tant qu’être différent un ennemi, c’est vouloir l’exterminer.

Tandis que prôner un monde uniquement anxieux de l’autre,
c’est une façon d’accueillir un réel bien plus dynamique.
Les sociétés perdues et perplexes ne posent pas de problème.
Apporter du sens, c’est se boucher la vue.

Si l’on vit avec quelqu’un que l’on aime, si on lui dit:
«C’est pour ça que je t’aime, voilà le sens de mon amour»,
il faut fuir car c’est déjà de la trahison.
On n’est pas pour une raison avec quelqu’un, on est face à lui, face à son étrangeté.
Le fait de se réunir sur ce qu’on ignore de l’autre est pour moi bien plus important
que de prétendre connaître quelque chose de l’autre.

(Pascal Quignard)

 

 

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Une lumière solennelle (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Une lumière solennelle, très blanche.
Tous les corps sont en relief.
Toutes les couleurs sur les choses sont phosphorescentes.

Où sommes-nous ?
Sommes-nous arrivés dans l’autre monde ?
Touche-t-on l’autre monde ?
Une impression de jadis simple
où on glisse son corps nu difficilement.
On regarde si on ne souille pas le lieu où on avance.
Une impression de Dieu est là.

Le cœur bat plus fort.
L’air est si pur qu’il fait mal.
On progresse lentement en regardant tout.
L’œil s’agrandit, la pupille est toute blanche,
aussi blanche que la neige même, aussi réverbérante qu’elle,
elle est aussi neuve que ce qu’on voit.

Tout ce qu’on voit est comme du très ancien tout neuf.
De l’accoutumance à l’état natif.
De l’origine ébouriffée qui sort à peine de son œuf.

(Pascal Quignard)

 

 

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Je ressens ce besoin de rembourser une dette (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Je ressens ce besoin de rembourser une dette
qui résulte de la nativité même en nous.
Nous sommes faits par d’autres
et par de plus anciens que nous
[…]
Il est possible qu’un contre-don – même dérisoire,
selon une étrange symétrie naturelle –
soit nécessaire à toutes les données de notre vie.
[…]
rendre quelque chose à la vie,
et même à la terre perdue dans l’univers stellaire.

Une action de grâce (de gratitude) rendue à la lumière,
à cet incroyable hasard d’être –
dont chacun de nous a été, quelques années,
durant les toutes premières années,
un fragment encore dense et presque lumineux.

(Pascal Quignard)

Illustration: Louis Toffoli

 

 

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L’Etoile de Vénus (VI) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Jeunesse ,dévouement, amour, virginité
Qui de nous à seize ans n’a fixé dans un être
Ce rêve de ses nuits? Quel coeur n’a palpité
A ces premiers élans souvent sans se connaître.

Lorsque dans notre coeur l’amour venait de naître
En serrant dans nos bras l’idéale beauté
N’avons-nous pas senti le monde disparaître
Et ne croyions-nous pas à son Eternité?

Il est doux de songer plus tard à ce délire
Et de se souvenir après avoir aimé
Et d’entendre vibrer les cordes de la lyre

Il nous semble revivre à ce souffle embaumé
C’est l’intime plaisir que l’on trouve à relire
Un livre préféré depuis longtemps fermé.

(José-Maria de Heredia)

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