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Poésie

Archive for 22 avril 2016

« NE M’OUBLIEZ PAS » (J. Shuin-Ling)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



« NE M’OUBLIEZ PAS »

Ces fleurs délicatement bleues, l’an dernier,
Elle-même les attacha au cordonnet de soie qui boutonne ma robe ;
Et elle me dit : « Souvenez-vous du nom de cette fleur, nous l’appelons : Ne m’oubliez pas.
« Il y a un secret entre nous deux, gardons-le bien et n’oublions ni l’un ni l’autre. »
Les Ne m’oubliez pas, cette année,
Refleurissent, aussi charmants que la saison dernière.
Où est celle qui m’a donné ces fleurs ?…
Le parfum léger, dont ma manche est imprégnée,
c’est tout ce qu’il me reste, à présent !..

(J. Shuin-Ling)

Illustration

 

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Quand la brume était épaisse (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016




Quand la brume était épaisse : visibilité réduite, vitesse
limitée. D’une enjambée, la presqu’île sortait de
l’invisible et se tenait à proximité.
Un beuglement toutes les deux minutes. Les yeux
lisaient droits dans l’invisible.
(Avait-il le dédale en tête?)
Les minutes passaient.
Les fonds et les îlots remémorés comme des psaumes.
Et cette sensation d’être « et nulle part ailleurs» qu’il
fallait conserver, comme lorsqu’on porte un vase
rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser.

Un regard jeté dans la salle des machines.
La machine compound, aussi robuste que le coeur
humain, travaillait avec des gestes délicatement
élastiques, acrobates d’acier, et des parfums montaient
comme d’une cuisine.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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SONNET (Charles-Adolphe Cantacuzène)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



SONNET

Ce souvenir meurt et renaît…
C’est ici que se promenait,
Dans un temps lointain, l’inquiète
Et l’adorable Mariette.

Devant son air triste et coquet,
Pourquoi mon cœur fut-il muet ?
Aujourd’hui l’épouse muette
Ne peut que plaindre le poète.

A voir encor son délicat
Et vraiment superbe incarnat,
Je deviens rouge un peu comme elle.
A voir sa robe pale et frêle,
Mon cœur pâlit, mon cœur se tait,
Mon cœur défaille de regret.

(Charles-Adolphe Cantacuzène)

Illustration: Claude-Zélie Girardin

 

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Les Nymphes (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Les Nymphes

Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses
Mais d’une chair plus tendre et plus fragile encor
Des rêves de chair rose à l’ombre des poils d’or
Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.

Des fleurs aussi, des fleurs molles, des fleurs de nuit,
Pétales délicats alourdis de rosée
Qui fléchissent pliés sous la fleur épuisée
Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.

Ô lèvres, versez-moi les divines salives
La volupté du sang, la vapeur des gencives
Et les frémissements enflammés du baiser.

Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques, fleurs divines
Balancez vers mon coeur sans jamais l’apaiser
L’encens mystérieux des senteurs féminines.

(Pierre Louÿs)

Illustration: Max Szoc Leuven

 

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Le tilleul devant la fenêtre (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Le tilleul devant la fenêtre
est le maître que je me suis choisi pour écrire
et dont je sais d’avance que je ne pourrai l’égaler :
même les plus grands écrivains n’ont jamais écrit
avec autant de grâce que cet arbre
inscrivant délicatement la lumière et l’ombre
sur chacune de ses feuilles,
et renouvelant son inspiration
à chaque seconde.

(Christian Bobin)

 

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UNE PLANTE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



UNE PLANTE

Elle pressent que se dissipent les images
et qu’une plante naît dans un vase absent,
sur la joie simple d’une table blanche
où s’étiolent la délicatesse et la fraîcheur.
Avec de minuscules mains elle arrose le petit corps,
simple indice d’un printemps fragile.
Comme elle adore cette paupière de terre!
Elle a ceint le temps d’un arc de silence
et son chant rend la maison transparente.

(António Ramos Rosa)

Illustration

 

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Toute trace de l’homme est perdue (Annunzio)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Toute trace de l’homme est
perdue. Aucune voix ne résonne,
si j’écoute. Toute souffrance
humaine m’abandonne.
Je n’ai plus de nom.
Et je sens que mon visage
se dore de l’or
méridien,
et que ma barbe
blonde brille
comme la paille marine;
je sens que le rivage sillonné
par le travail
si délicat des vagues
et du vent s’assimile
au creux de ma main
là où le toucher s’affine.

Et ma force passive
se grave sur le sable,
se répand dans la mer;
et le fleuve devient ma veine,
la montagne mon front,
la forêt mon pubis,
le nuage ma sueur.
Et moi je suis dans la fleur
du typha, dans l’écaille
de la pomme de pin, dans la baie
de genévrier; je suis dans le fucus,
dans la paille marine,
dans chaque chose insignifiante,
dans chaque chose immense,
dans le sable contigu,
dans les sommets lointains.
Je brûle, je brille,
Et je n’ai plus de nom.

(Annunzio)

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La demeure entourée (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



 

La demeure entourée

Le corps de la montagne hésite à ma fenêtre :
 » Comment peut-on entrer si l’on est la montagne,
Si l’on est en hauteur, avec roches, cailloux,
Un morceau de la Terre, altéré par le Ciel ?  »
Le feuillage des bois entoure ma maison :
 » Les bois ont-ils leur mot à dire là-dedans ?
Notre monde branchu, notre monde feuillu
Que peut-il dans la chambre où siège ce lit blanc,
Près de ce chandelier qui brûle par le haut,
Et devant cette fleur qui trempe dans un verre ?
Que peut-il pour cet homme et son bras replié,
Cette main écrivant entre ces quatre murs ?
Prenons avis de nos racines délicates,
Il ne nous a pas vus, il cherche au fond de lui
Des arbres différents qui comprennent sa langue.  »
Et la rivière dit :  » Je ne veux rien savoir,
Je coule pour moi seule et j’ignore les hommes.
Je ne suis jamais là où l’on croit me trouve
Et vais me devançant, crainte de m’attarder.
Tant pis pour ces gens-là qui s’en vont sur leurs jambes.
Ils partent, et toujours reviennent sur leurs pas.  »
Mais l’étoile se dit :  » Je tremble au bout d’un fil,
Si nul ne pense à moi je cesse d’exister.  »

(Jules Supervielle)

 

 

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La Beauté (Campo)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



 

La Beauté

La Beauté à double lame, la délicate,
la meurtrière, est posée
entre l’altière douleur et la sainte humiliation,
l’éblouissement salvateur et
la brûlure,
pour la vivante, efficace séparation
de l’esprit et de l’âme, de la moelle et la jointure
de la passion et la parole…

(Campo)


Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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Sans toi (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016



Mon oreiller me dévisage dans la nuit
Exsangue comme une pierre tombale
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Sans pouvoir me blottir contre ta chevelure

J’habite seul dans une demeure silencieuse
La lampe suspendue dans la pénombre
Et mes mains s’entrouvrent délicatement
Pour y cueillir les vôtres
Et mes lèvres chaudes se posent tendrement
Sur toi ombre invisible, fatigué et affaibli
Je me réveille en sursaut
Enveloppé par une nuit froide qui me glace
L’étoile luit et brille à travers la fenêtre
Où s’est envolée ta chevelure dorée?
Où s’est envolée ta bouche adorée?

Maintenant je bois au chagrin de chaque instant de bonheur
Et au venin de chaque vin
Jamais je n’envisageais qu’il serait si cruel
D’être seul
Seul sans toi!

**************

Ohne dich

Mein Kissen schaut mich an zur Nacht
leer wie ein Totenstein;
So bitter hatt ich’s nie gedacht,
Allein zu sein
Und nicht in deinem Haar gebettet sein!

Ich lieg allein im stillen Haus,
die Ampel ausgetan,
Und strecke sacht die Hände aus,
die deinen zu umfahn,
Und dränge leis den heißen Mund
Nach Dir und küss mich matt und wund-
und plötzlich bin ich aufgewacht
und ringsum schweigt die kalte Nacht,
der Stern im Fenster schimmert klar-
o du, wo ist dein blondes Haar,
wo ist dein süßer Mund??

Nun trink ich Weh in jeder Lust
Und Gift in jedem Wein;
So bitter hat ich’s nie gewußt,
allein zu sein,
allein und ohne dich zu sein!!

(Hermann Hesse)

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