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Poésie

Archive for 26 avril 2016

Qu’y a-t-il de profond comme le manque (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Qu’y a-t-il de profond comme le manque,
qui remplisse le coeur comme le vide,
qui comble l’âme comme la nostalgie de cela qui n’est pas,
qu’elle sait n’être pas.

D’autres trouvent le repos près de toi.
D’autres se consument en ton feu,
reposent entre tes bras enflammés.
Mais qu’est-ce que leur bonheur
à côté de ma vacuité,
leur union ardente avec toi
à coté de ma solitude.

***

Vad är djupt som saknad.
Vad fyller hjärtat så som tomhet.
Vad uppfyller själen så som längtan efter något
som inte finns,
som den vet inte finns.
Andra får ro hos dig.
Andra brinner i din eld, vilar i dina lågande armar.
Men vad är deras lycka
mot min tomhet,
deras glödande förening med dig
mot min ensamhet.

(Pär Lagerkvist)

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A la Femme aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



A la Femme aimée

LORSQUE tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.

Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.

Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis des lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.

Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandru Darida

 

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Ode à une Femme aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Ode à une Femme aimée

L’HOMME fortuné qu’enivre ta présence
Me semble l’égal des Dieux, car il entend
Ruisseler ton rire et rêver ton silence,
Et moi, sanglotant,

Je frissonne toute, et ma langue est brisée :
Subtile, une flamme a traversé ma chair,
Et ma sueur coule ainsi que la rosée
Apre de la mer ;

Un bourdonnement remplit de bruits d’orage
Mes oreilles, car je sombre sous l’effort,
Plus pâle que l’herbe, et je vois ton visage
A travers la mort.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Hughes

 

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Maison de craie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Maison de craie

Sur son ardoise l’enfant dessine
une maison : porte, fenêtre unique,
cheminée de guingois
et dans le ciel l’oiseau-soleil.

Penché, l’enfant dessine une maison
avec amour,
enfin, du bout d’un doigt,
étire une fumée,
pose sa craie, me dit :
« Entre donc ! Tu verras ! »

Dans le couloir obscur,
rôde un parfum de chou et de lessive.
Je tâtonne, un chat bondit, me frôle.
Une porte, l’odeur du feu
et là, dans la cuisine, ma mère (morte) assise,
souriante,
un livre ouvert posé sur ses genoux.

(Jean Joubert)


Illustration

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Le bourgeon de mon coeur éclate! (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Devant la statue, un chat blanc, un jaune,
– et le jaune, c’est une chatte!
– roulent, s’éboulent sur le gazon chaud,
se montrent les pattes, miaulent, se battent.
Le soleil étire doucement ton sourire,
ô mon doux Voltaire, ô bon faune.
– Devant ta statue, un chat blanc, un jaune, roulent,
se montrent les pattes.
Les arbres s’enfeuillent au chant des oiseaux.
Le bourgeon de mon coeur éclate!
– Et je vacille rien qu’à voir les diamants de l’arrosoir
envelopper l’herbe d’une bruine.
Un arc-en-ciel part de l’échine du philosophe,
et va trembler dans les branches d’un marronnier.
– Les arbres s’enfeuillent au chant des oiseaux.
Le bourgeon de mon coeur éclate!

(Paul Fort)

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Retouche à l’en-cas (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016


oeuf

hirondelles aux oreilles
le soleil en déshabillé
quitte le harem des marguerites
le jour en chat sur la pelouse

ces fastes n’émeuvent pas l’oeuf
dans son coquetier sur le banc
prêt au sacrifice
et blanc pour la nuit qu’il appelle

(Daniel Boulanger)

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Tendresse ou folie (Jean-Baptiste Tati Loutard)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016




Tendresse ou folie

Pendant que je dépliais ma mémoire
Le vent s’est levé emportant plusieurs feuillets
De mon enfance déjà lointaine
Vide et triste je suis resté jusqu’à l’aube
Nous étions aux premiers jets du soleil
Lorsqu’un souvenir déchira mon esprit
Une femme qui tenait dans sa paume un chat noir
Traversa la rue en criant mon enfant est mort
Pour éteindre en moi son dernier soupir
Je n’ai que le miaulement de mon chat.

(Jean-Baptiste Tati Loutard)

Illustration

 

 

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Retouche au train (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



Retouche au train

la robe imprimée d’arbres du soleil
se déchire
laissant à cru la chair de l’eau
ses grandes lèvres
la terre, amour, n’a plus de rides
ainsi des filles le visage
la vie du voyageur a la chaleur d’un chat
sur ses genoux

(Daniel Boulanger)

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CHAGRIN (Danielle Drab)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



 

CHAGRIN

Le téléphone pleure
Le petit chat est mort
Une étoile est tombée
Dans une mare éteinte
Et la lune se noie.
Les arbres se concertent.
Piétinement des voix
Contre la vitre close.
Une très longue histoire
De chagrin et de mort
Va alors commencer.
L’aurore tardera.

(Danielle Drab)

Illustration

 

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La tour (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2016



La tour

La tour fait cinquante coudes en bas et autant au sommet.
Dans le cachot sous la tour il y a un homme. Le roi l’a attaché
à sa conscience par une chaîne. Après une belle vie, il compte
les jours mais n’attend pas.
Au sommet de la tour habite un astronome.
Le roi lui a acheté une lunette afin de l’attacher à l’univers.
L’astronome compte les étoiles mais n’a pas peur.
Celui d’en haut et celui d’en bas s’endorment pleins de chiffres.
C’est pourquoi ils se comprennent.
Ils n’ont pas de pigeon, mais un chat noir porte les nouvelles du cachot au sommet.
— Il y a un jour de plus,dit-il à l’astronome.
Et au meurtrier :
— Une étoile est née.
Ils ont tous trois les yeux verts.
A force de regarder, pas d’espérer.

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Michael Whelan

 

 

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