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Poésie

Archive for 17 mai 2016

Quand a-t-Il été absent (Paroles Soufies)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



Christian Schloe -

Quand a-t-Il été absent
pour qu’il faille Le prouver?
Ou quand a-t-Il été lointain
pour que ce soient les créatures qui mènent à Lui ?

(Paroles Soufies)

Illustration: Christian Schloe

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PLAINE EN ÉTÉ (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



PLAINE EN ÉTÉ

Nous en avons tant vu.
La réalité nous a tant usés,
mais voici qu’enfin l’été arrive:

ce grand aéroport  – où l’aiguilleur fait
descendre du ciel des chargements
de gens transis, l’un après l’autre.

Des herbes et puis des fleurs – atterrissons ici.
Les herbes ont un chef vert.
Je m’annonce.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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DANS LE DELTA DU NIL (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



DANS LE DELTA DU NIL

La jeune épouse pleurait droit dans son assiette
à l’hôtel, après une journée passée dans cette ville
où elle avait vu des malades ramper et s’affaler
et des enfants qui allaient mourir à force de misère.

Elle monta avec l’homme dans la chambre
qu’on avait aspergée d’eau pour lier la saleté.
Ils se couchèrent chacun dans leur lit et sans dire grand-chose.
Elle sombra dans un profond sommeil. Il resta éveillé.

Dehors, dans l’obscurité, courait un immense vacarme.
Rumeurs, bruits de pas, cris, carrioles, chansons.
Cela se faisait dans la détresse. Cela ne s’arrêtait jamais.
Puis il s’assoupit, replié sur une négation.

Vint un rêve. Il voyageait en mer.
L’eau grise s’anima
et une voix lui dit: «Il y a quelqu’un qui est bon.
Quelqu’un qui sait tout voir sans jamais nous haïr.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Marc Chagall

 

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Ce motel (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



Ce motel est une écorce étrange. Avec une voiture de location,
(ce grand serviteur blanc au-delà de la porte)
presque sans métier et sans souvenirs,
je puis enfin m’enfoncer en mon centre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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UNE NUIT D’HIVER (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



UNE NUIT D’HIVER

La tempête pose la bouche sur la maison
et souffle pour donner le ton.
Je dors nerveusement, me retourne, lis
les yeux fermés le texte de la tempête.

Mais les yeux de l’enfant ont grandi dans le noir
et la tempête, elle, gronde pour l’enfant.
Ils aiment tous les deux les lampes qui balancent.
Et restent tous les deux à mi-chemin des mots.

La tempête a des mains enfantines et des ailes.
La caravane s’emballe vers les terres lapones.
Et la maison sait quelle constellation de clous
fait tenir ses cloisons.

La nuit est calme sur notre sol
(où les pas effacés
reposent comme les feuilles englouties par l’étang)
mais la nuit est sauvage dehors !

Ils ont ce teint théâtral qu’on trouve dans les flammes.
Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.

Je suis couché et vais m’assoupir, je vois des images et des signes
inconnus qui s’inscrivent d’eux-mêmes derrière mes paupières
sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement
de se glisser par l’interstice situé entre le rêve et l’état éveillé.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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LES FORMULES DE L’HIVER (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



LES FORMULES DE L’HIVER

I
Je m’assoupis dans mon lit
et m’éveillai sous la carène.

À quatre heures du matin
quand les os récurés de la vie
se fréquentent à froid.

Je m’assoupis parmi les hirondelles
et m’éveillai parmi les aigles.

II
Dans la lueur du phare, la glace du passage
brille comme de l’axonge.
Ce n’est pas l’Afrique.
Ce n’est pas l’Europe.
Ce n’est pas autre part qu’« ici».

Et ce que j’étais « moi»
n’est plus qu’un mot
dans la bouche de la nuit de décembre.

III
Les pavillons de l’asile
exposés à la nuit
luisent comme des écrans télé.

Un diapason caché
dans le grand froid
émet sa tonalité.

Je suis sous les étoiles
et sens que le monde entre
et ressort de mon manteau
comme d’une fourmilière.

IV
Trois chênes noirs sous la neige.
Si grossiers, mais adroits.
Dans leurs flacons immenses
la verdure au printemps moussera.

V
L’autobus se traîne dans la soirée d’hiver.
Il luit comme un navire dans cette forêt de pins
où la route est un canal mort étroit profond.

Peu de passagers : quelques vieux et aussi quelques très jeunes.
S’il s’arrêtait, s’il éteignait ses phares
le monde soudain disparaîtrait.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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SOLITUDE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016


SOLITUDE

I
C’est ici que je faillis périr un soir de février.
La voiture sur le verglas glissait
du mauvais côté de la route. Les voitures en face –
leurs phares – approchaient.

Mon nom, mes filles, mon emploi
se détachèrent et restèrent loin derrière à l’arrêt,
toujours plus loin. J’étais anonyme
comme un garçon cerné par l’ennemi dans la cour de l’école.

En face, le trafic avait des feux puissants.
Ils m’éclairaient tandis que je braquai et braquai
dans la transparence de l’effroi suintant comme du blanc d’oeuf.
Les secondes s’allongèrent – on y faisait sa place –
et arrivèrent à la taille des bâtiments de l’hôpital.
On aurait presque pu s’arrêter
et souffler un moment
juste avant d’aller se faire broyer.

Mais j’eus prise soudain: un grain de sable salvateur
ou un coup de vent miraculeux. La voiture redémarra
et rampa à la hâte en travers de la route.
Un pilier jaillit et se brisa un bruit strident – et
s’envola dans l’ombre.

Puis le silence se fit. Je restai sous le joug
et vis quelqu’un avancer dans la tourmente
pour voir où j’en étais.

II
J’ai longtemps parcouru
les campagnes glacées de l’Ostergötland.
Et n’y ai vu âme qui vive.

Dans d’autres parties du monde
ils sont là à naître, à vivre, à mourir
dans une cohue permanente.

Toujours être visible – vivre
dans un essaim de regards –
doit donner une expression particulière.
Le visage recouvert d’argile.
Les murmures montent et redescendent
tandis qu’ils se partagent
le ciel, les ombres, les grains de sable.

Je dois être seul
dix minutes le matin
et dix minutes le soir.
– Sans aucun programme.

Tout le monde fait la queue chez tout le monde.

Certains.

Soi.

(Tomas Tranströmer)

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OISEAUX DU MATIN (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



pie

OISEAUX DU MATIN

Je réveille la voiture
au pare-brise saupoudré de farine.
Je revêts mes lunettes de soleil.
Le chant des oiseaux s’obscurcit.

Tandis qu’un autre homme achète un journal
au kiosque de la gare
non loin d’un grand wagon de marchandises
entièrement rougi par la rouille
et qui scintille au soleil.

Pas de vides nulle part ici.

À travers la tiédeur printanière, un corridor glacial
où quelqu’un vient à grands pas
nous dire qu’on le diffame
même en plus haut lieu.

Par une porte dérobée dans le paysage
la pie arrive
noire et blanche. Oiseau de Hel.
Et le merle qui s’agite de-ci, de-là

jusqu’à charbonner tout le dessin,
à part ces habits blancs sur une corde à linge :
un choeur de Palestrina.

Pas de vides nulle part ici.

Merveille que de sentir mon poème qui grandit
alors que je rétrécis.
Il grandit, il prend ma place.
Il m’évince.
Il me jette hors du nid.
Le poème est fini.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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QUELQUES MINUTES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016




QUELQUES MINUTES

Le pin bas des marais tient haut sa couronne: un chiffon noir.
Mais ce qu’on voit n’est rien
à côté des racines, du système de racines disjointes,
furtivement reptiles. Immortelles ou demi-mortelles.

Je tu il elle se ramifient aussi.
Au-delà de ce qu’ils veulent.
Au-delà de Métropolis.

Du ciel laiteux de l’été, il tombe de la pluie.
C’est comme si mes cinq sens étaient branchés à un autre être
se déplaçant avec autant d’obstination
que ces coureurs vêtus de clair dans un stade où ruisselle la nuit.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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FINAL (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



 

FINAL

QUAND une bouche s’est tue,
On l’écoute encore un peu
Et l’on surprend dans l’air bleu
Une rumeur de statue.

Cette source contenue
Dans le souffle d’un adieu,
Serait-ce la voix d’un dieu
Que ce charme fait plus nue ?

Elle épouse la parole
Que je lui voue et lui vole,
Dans un message, un émoi,

Et j’entends sa confidence
Murmurer :  » Je suis en toi
La fille-fleur du silence…  »

(Louis Emié)

Illustration: Annabelle Delaigue

 

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