Arbrealettres

Poésie

UNE NUIT D’HIVER (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



UNE NUIT D’HIVER

La tempête pose la bouche sur la maison
et souffle pour donner le ton.
Je dors nerveusement, me retourne, lis
les yeux fermés le texte de la tempête.

Mais les yeux de l’enfant ont grandi dans le noir
et la tempête, elle, gronde pour l’enfant.
Ils aiment tous les deux les lampes qui balancent.
Et restent tous les deux à mi-chemin des mots.

La tempête a des mains enfantines et des ailes.
La caravane s’emballe vers les terres lapones.
Et la maison sait quelle constellation de clous
fait tenir ses cloisons.

La nuit est calme sur notre sol
(où les pas effacés
reposent comme les feuilles englouties par l’étang)
mais la nuit est sauvage dehors !

Ils ont ce teint théâtral qu’on trouve dans les flammes.
Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.

Je suis couché et vais m’assoupir, je vois des images et des signes
inconnus qui s’inscrivent d’eux-mêmes derrière mes paupières
sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement
de se glisser par l’interstice situé entre le rêve et l’état éveillé.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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