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Poésie

Archive for 19 mai 2016

Forêt déconcertante (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



Forêt déconcertante
que Dieu habite sans argent.
Les murs reluisaient.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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RÉPIT EN JUILLET (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



RÉPIT EN JUILLET

Il est couché sous les grands arbres
et là-haut lui aussi. Il se répand en milliers de rameaux,
se balance d’avant en arrière,
assis sur un siège éjectable qui se déclenche dans l’instant.

Il est là-bas près des pontons, cligne des yeux lorsqu’il regarde l’eau.
Les pontons vieillissent plus vite que les hommes.
Ils ont du bois argenté et des pierres dans le ventre.
La lumière aveuglante s’y enfonce pourtant.

Il vogue tout le jour dans un bateau ouvert
sur les baies étincelantes
finit par s’endormir dans une lampe bleue
tandis que les îles rampent sur le verre, comme de grands papillons.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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C’est ouvert (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



Je n’ai jamais vu le diamant de l’instant particulier
tirer un trait inaltérable en travers de l’image du monde.
Non, c’est l’usure, une constante usure qui a gommé ce sourire
éclatant et étrange. Mais quelque chose réapparaît, par frottement,
cela se met à ressembler à un sourire,
on ne sait pas encore à quoi cela pourra servir. C’est ouvert.
C’est quelqu’un qui s’empare de mon bras à chaque fois que j’essaie d’écrire.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Edward John Poynter

 

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SCHUBERTIANA (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



SCHUBERTIANA

À la nuit tombante, sur une place en dehors de New
York, un point de vue d’où l’on peut, d’un seul
coup d’oeil, embrasser les foyers de huit millions d’hommes.
L’immense ville, là-bas, est une longue congère
scintillante, une nébuleuse spirale vue de côté.
Dans cette galaxie, on fait glisser des tasses de café sur
les comptoirs, les vitrines demandent l’aumône aux
passants, un grouillement de chaussures qui ne laissent aucune trace.
Les échelles d’incendie grimpent aux façades, les
portes des ascenseurs se rejoignent, un perpétuel
flot de paroles derrière les portes verrouillées.
Des corps affaissés somnolent dans les wagons du
métro, ces catacombes qui filent droit devant.
Je sais aussi – sans aucune statistique – qu’à cet
instant précis, dans une de ces chambres là-bas, on
joue du Schubert et que ces notes pour quelqu’un
sont plus réelles que tout le reste.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Gustav Klimt

 

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L’autre monde est aussi notre monde (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



On entend un bruit creux,
comme un tambour distrait. Un objet que le vent cogne,
encore et encore, à quelque chose que la terre retient.
Si la nuit n’est pas que cette absence de lumière,
si la nuit existe vraiment, alors elle est ce bruit.
Le bruit stéthoscopique d’un coeur au ralenti, qui bat,
qui se tait un instant, qui revient.
Comme si cette créature zigzaguait sur la Ligne de Démarcation.
Ou quelqu’un qui cogne à un mur, quelqu’un qui appartient à l’autre monde
mais qui est resté ici, qui cogne et veut revenir.
Trop tard. N’a pas eu le temps de descendre, de monter jusqu’ici, de monter à bord…

L’autre monde est aussi notre monde.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Je rentre chez moi (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



Les cinq musiciens sont en train de jouer.
Je rentre chez moi par de tièdes forêts au sol élastique,
me pelotonne comme un embryon, m’assoupis, roule
dans l’apesanteur de l’avenir, et remarque soudain
que les plantes ont des pensées.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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A l’abri du vent (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



 

A l’abri du vent, on peut entendre l’herbe pousser –
un léger roulement de tambour par le bas, le faible
grondement de millions de flammèches, c’est ainsi qu’on entend l’herbe pousser.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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ZONE LIMITROPHE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



ZONE LIMITROPHE

Des hommes en combinaison couleur de terre surgissent d’un fossé.
C’est une zone de passage, un point mort, ni ville ni campagne.
Les grues des chantiers à l’horizon veulent faire le grand bond mais les horloges ne suivent pas.
Des tuyaux de ciment éparpillés lapent la lumière de leurs langues sèches.
Des ateliers de carrosserie installés dans d’anciennes étables.
Les pierres jettent une ombre tranchante comme des objets à la surface de la lune.
Et ces endroits ne cessent de s’étendre.
Comme ce qu’on acheta avec l’argent de Judas :
«Le champ du potier comme sépulture des étrangers.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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NOCTURNE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



NOCTURNE

Je traverse un village dans la nuit, les maisons surgissent
à la lueur des phares – elles sont réveillées, et elles veulent boire.
Des maisons, des granges, des panneaux, des véhicules
sans maître – c’est maintenant qu’ils se drapent de Vie. Les hommes dorment :

certains ont le sommeil paisible, d’autres les traits tendus
comme s’ils pratiquaient un entraînement pénible pour l’éternité.
Quoique leur sommeil soit profond, ils n’osent rien lâcher.
Et reposent comme des barrières baissées quand passe le mystère.

Après le village, la route avance longuement parmi les arbres de la forêt.
Et les arbres s’accordent pour se taire.
Ils ont ce teint théâtral qu’on trouve dans les flammes.
Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.

Je suis couché et vais m’assoupir, je vois des images et des signes
inconnus qui s’inscrivent d’eux-mêmes derrière mes paupières
sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement
de se glisser par l’interstice situé entre le rêve et l’état éveillé.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Avant (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



avant, j’étais une planète
avec une atmosphère dense, bien à elle.
Les rayons du dehors s’y brisaient en arcs-en-ciel.
Des orages permanents faisaient rage là-dedans, là-dedans.

Maintenant, je suis éteint et sec et ouvert.
Je n’ai plus à présent l’énergie de l’enfance.
J’ai un côté brûlant et un côté glacé.

Plus d’arcs-en-ciel.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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