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Poésie

Archive for 24 mai 2016

Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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UNIFICATION (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



UNIFICATION

Oubliant les noms, unifiant le non
dans une éclipse de terre, voici presque l’éveil
sur le sable noir, sous la marée rouge.
Ô bonheur d’être si proche de rien
et, sans rêve aucun, être le feu courant
qui culmine et s’évanouit dans la blancheur des limbes!

(António Ramos Rosa)

 

 

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Quand tu partiras, tu ne me quitteras pas (Michel Thion)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Quand tu partiras,
tu ne me quitteras pas,
mais pour moi
le jour s’éteindra lentement
comme un arbre abaisse
ses branches sous la neige,
un grand vaisseau lent t’emportera
et tu tourneras ton cœur vers moi
mais non tes yeux,
seules tes mains me parleront,
de loin,
elles dessineront le paysage de ton absence
et tu glisseras doucement vers l’horizon de ma douleur.

Quand tu partiras
je n’écrirai pas sous notre amour le mot fin,
car le bonheur ineffaçable
tu me l’as déjà donné et le temps,
même le temps s’épuiserait à le reprendre.

Quand tu partiras
je commencerai d’attendre ton retour,
sentinelle de l’amour,
avec le sourire dans le profond de mon cœur,
où toi seule sais voir,
où toi seule reviendras un jour
donner la lumière et la chaleur.

(Michel Thion)

Ce texte est paru dans la revue « Voix d’encre » n° 34

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J’adhère à la réversibilité des choses (Bluma Finkelstein)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016




J’adhère à la réversibilité des choses
je crée des fleurs sans tiges
et des proportions sans mesure
par ma seule volonté d’affirmer
au bout de la course
l’invraisemblable présence d’une caresse
sur l’épaule droite du bonheur.

(Bluma Finkelstein)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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J’ai vu son ombre tailler les rosiers (Danielle Catarelli)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Il savait teinter d’amour les groseilles
Et tomates aux senteurs acidulées.
Le violet de ses œillets et pensées,
Fleurait un mystérieux parfum secret.
La Paix nichait sous le vieux pommier.

Il savait appeler merles et mésanges,
En lançant des miettes de patience.
Une musique d’oiseaux en ritournelle
Coloriait la douceur de l’air tiède.
Les papillons semaient leurs couleurs.

Il savait planter les fleurs du bonheur,
Les arrosait d’une pluie de soleil.
Je remplissais mes poches de graines.
Il faisait bon rire et vivre avec lui,
A l’ombre du vieux pommier fleuri.

Reste au mur, un fer à cheval rouillé,
Clé du passé, témoin des souvenirs,
Près du banc, sous le vieux pommier,
J’ai vu boiter son ombre, au jardin ,
J’ai vu son ombre tailler les rosiers…

(Danielle Catarelli)

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Coup d’aile (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



 

Jacek Malczewski  Sybirak

Coup d’aile

Quel bonheur d’être en l’air
Avec l’espace
Loin du compte arrêté
Au-dessus des pierres sourdes
Et désespérées
Au-dessus de son coeur
Au-dessus de son sang
Affalé sur un lit
Et léger comme une idée

Mais la bouche bâille

(Pierre Albert-Birot)

Illustration: Jacek Malczewski

 

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A mi-joie (Melih Cevdet Anday)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016




A mi-joie

Les oiseaux faisaient tomber la pluie et
La pluie frappait le soleil n’est-ce pas
Et je venais à toi

Demi-joie dans ma bouche
Les matins s’amassaient dans les lis
Les plaines montaient à cheval

Quand la mer accourait à son phare
Dans ma poche les étoiles de la nuit
Avec les abeilles et le miel dans mon sang

Mon coeur était le creux de ma main et
Après il devenait fontaine n’est-ce pas
Au mois des retours sans bonheur
Et je venais à toi

(Melih Cevdet Anday)

Illustration: Malinowsky

 

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Quelqu’un était venu troubler votre coeur (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Quelqu’un était venu troubler votre coeur
libres spectateurs sans nom
soucieux et indifférents dans l’ennui,
dans la joie pour vous de la saison.

Quelqu’un était venu vieillir votre coeur
libres adolescents sans amour
soucieux et indifférents dans la joie,
dans l’ennui pour vous de son péché.

Quelqu’un était venu et puis s’en était allé
vous laissant dans les corbeilles, comme fruits au marché.

***

Qualcuno era venuto a turbare il vostro cuore
liberi spettatori senza nome
assorti e indifferenti ferenti nella noia,
nella gioia per voi della stagione.

Qualcuno era venuto a invecchiare il vostro cuore
liberi adolescenti senza amore
assorti e indifferenti erenti nella gioia,
nella noia per voi del suo peccato.

Qualcuno era venuto e poi se n’era andato
lasciandovi nei cesti, come frutti al mercato.

(Sandro Penna)

 

 

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On m’a offert (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016




On m’a offert la connaissance:
chiffre 7, zéro nu,
lumière au bout de l’ombre…

On m’a offert la vérité:
ce qui est, pourrait être,
ce qui n’est pas, se concevant
dans la rosée ou dans la pourpre…

On m’a offert quelque sagesse,
comme une tranche de melon
en compagnie d’amis,
en compagnie de pierres…

On m’a offert le vrai bonheur:
un azur casanier,
un horizon qui va et vient
en prononçant des mots très doux,
des verbes rares…

Je n’ai rien accepté:
j’ai choisi le désir.

(Alain Bosquet)

 

 

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Aimer (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Aimer

Ne pas pouvoir aimer, oh! c’est mourir, hélas!
Car on vit pour aimer et l’on aime pour vivre.
Que serait un sommeil qui ne connaîtrait pas
La douce volupté du rêve qui l’enivre ?
Un rien! oh! un néant! La vie est un sommeil
L’amour en est le rêve. Pour vivre il faut aimer!
Amour! ah! quel parfum d’une rose vermeille!
Amour! ah! petit mot qui veut tout dire! Aimer!
Amour! ah! quel bonheur et quelle volupté!
Amour! ah! toi sans qui il n’est nul vrai bonheur!
Amour! tu as causé tant de tristes douleurs!
Amour! toi qu’on recherche et que l’on craint de voir,
À cause de ta voix, où l’on sent un délire!
Pourtant tu es bien là et tu chantes le soir,
Ou bien, lorsque tout dort, dans la nuit, tu soupires!
Aimer! c’est héroïque et c’est une faiblesse!
Aimer! Ah! que c’est doux! Que c’est triste l’amour!
Amour qui sait charmer, Amour! oh! toi qui blesses!
Pourtant il faut aimer et j’aimerai toujours!

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: William Bouguereau

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