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Poésie

Archive for 25 mai 2016

Encyclopédie (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Chez moi, l’omnisciente Encyclopédie occupe un mètre
linéaire de bibliothèque : j’y ai appris à lire.
mais chacun se fait rédiger son encyclopédie,
elle grandit dans nos âmes,

elle s’écrit de la naissance à la mort, des centaines
de milliers de pages pressées l’une contre l’autre,
mais entre elles, il y a toujours de l’air! Comme dans le
feuillage frémissant
des forêts. Le livre des contradictions.

Ce qui y est écrit change à chaque instant, les images
se retouchent toutes seules, les mots scintillent.
Une lame de fond roule à travers le texte, suivie de
la prochaine et d’une autre encore…

(Tomas Tranströmer)

 

 

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La pierre (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



La pierre chante en dormant

(Adonis)

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Matin (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Chaque jour
le soleil met au monde un enfant
qu’il appelle matin
Sa vie est de courte durée

(Adonis)

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Apprends moi le signe (Alain Heril)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Apprends moi le signe ô mort
pour venir à ce festin de chair
je convoite des trésors
loin des fenêtres de la mer

glaciers sirupeux fontaines d’aioli
tout est cadenas et dentelles
près des hauts chandeliers
la mort ainsi nous appelle
quand je descends du destrier

Adieu peau
rêves de tendres lits

(Alain Heril)

Illustration: Paul Delvaux

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Cueille, cueille la rose (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



 

Cueille, cueille la rose et ne t’occupe pas de ton destin
cueille cueille la rose et la feuille de palmier
et relève les paupières de la jeune fille
pour qu’elle te regarde ÉTERNELLEMENT.

(Robert Desnos)

 

 

 

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Le Suicidé De Nuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



petite fille école

Le Suicidé De Nuit

Les rameaux verts s’inclinent
quand la libellule apparaît au détour du sentier
J’approche d’une pierre tombale plus transparente
que la neige blanche comme le lait blanche
comme la chaux blanche blanche comme les murailles
La libellule patauge dans les flaques de lait
L’armure de verre tremble frémit se met en marche
Les arcs-en-ciel se nouent à la Louis XV
Eh quoi ? déjà le sol dérobé par notre route dresse la main
Se bat avec l’armure de verre
Sonne aux portes
Flotte dans l’air
Crie
Gémit pleure ah ! ah ! ah ! ah ! sillage tu meurs en ce bruit bleu rocher
Les grands morceaux d’éponges qui tombent du ciel recouvrent les cimetières
Le vin coule avec un bruit de tonnerre
Le lait le sol dérobé l’armure se battent sur l’herbe
qui rougit et blanchit tour à tour
Le tonnerre et l’éclair et l’arc-en-ciel
Ah ! sillage tu crevasses et tu chantes
La petite fille s’en va à l’école en récitant sa leçon.

(Robert Desnos)

 

 

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Trois Étoiles (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Trois Étoiles

J’ai perdu le regret du mal passé les ans.
J’ai gagné la sympathie des poissons.
Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif
et aussi un territoire du ciel d’orage
et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité.
J’ai perdu tout de même la gloire que je méprise.
J’ai tout perdu hormis l’amour, l’amour de l’amour,
l’amour des algues, l’amour de la reine des catastrophes.
Une étoile me parle à l’oreille :
Croyez-moi, c’est une belle dame
Les algues lui obéissent et la mer elle-même se transforme en robe de cristal
quand elle paraît sur la plage.
Belle robe de cristal tu résonnes à mon nom.
Les vibrations, ô cloche surnaturelle, se perpétuent dans sa chair
Les seins en frémissent.
La robe de cristal sait mon nom
La robe de cristal m’a dit :
« Fureur en toi, amour en toi
Enfant des étoiles sans nombre
Maître du seul vent et du seul sable
Maître des carillons de la destinée et de l’éternité
Maître de tout enfin hormis de l’amour de sa belle
Maître de tout ce qu’il a perdu et esclave de ce qu’il garde encore.
Tu seras le dernier convive à la table ronde de l’amour
Les convives, les autres larrons ont emporté les couverts d’argent.
Le bois se fend, la neige fond.
Maître de tout hormis de l’amour de sa dame.
Toi qui commandes aux dieux ridicules de l’humanité
et ne te sers pas de leur pouvoir qui t’es soumis.
Toi, maître, maître de tout hormis de l’amour de ta belle »
Voilà ce que m’a dit la robe de cristal.

(Robert Desnos)

 

 

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L’Idée Fixe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Pierre Auguste Renoir Suzanne Valadon natte97

L’Idée Fixe

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer
et ce peigne
Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent
avec les rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie
et de sanglots que se tordant parfois entre mes mains
ils meurent avec les flots et les récifs du rivage
en telle abondance qu’il faudra longtemps pour désespérer des parfums
et de leur fuite avec le soir où ce peigne marque sans bouger
les étoiles ensevelies dans leur rapide et soyeux cours traversé
par mes doigts sollicitant encore à leur racine la caresse humide
d’une mer plus dangereuse que celle où cette algue fut recueillie
avec la mousse dispersée tempête.
Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.
Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.
Un instant passe avec la profondeur d’une mine.
L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville
Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue
Un numéro oublié sur une maison en ruines
Le numéro 4 je crois
Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite
Les mines ronflent sourdement
Les toits sont couverts d’anthracite
Ce peigne dans tes cheveux semblable à la fin du monde
La fumée le vieil oiseau et le geai
Là sont finies les roses et les émeraudes
Les pierres précieuses et les fleurs
La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre
Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

(Robert Desnos)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

 

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De Silex Et De Feu (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



De Silex Et De Feu

La mer ce n’est pas même un miroir sans visage
Un terme de comparaison pour les rêveurs
Un sujet de pensées pour l’engeance des sages
Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs

Ce n’est pas un grimoire où dorment des secrets
Une mine à trésor une femme amoureuse
Une tombe où cacher la haine et les regrets
Une coupe où vider l’Amazone et la Meuse

Non la mer c’est la nuit qui dort pendant le jour
C’est un écrin pillé c’est une horloge brève
Non pas même cela ni la mort ni l’amour
La mer n’existe pas car la mer n’est qu’un rêve

Et moi qui l’appelais à l’assaut de la digue
je reste au pied des rocs jonchés de goémon
Tandis que le soleil ouvert comme une figue
saigne sur les tourteaux errant dans le limon

Jamais plus la tempête en sapant les falaises
N’abîmera la ville d’Ys les icebergs
Ne dériveront plus à moins qu’il ne me plaise
De recréer les flots les voiles et les vergues

Déjà sentant la mort et la teinture d’iode
Dans la putréfaction qui comblera les mares
Une flore nouvelle apparaît comme une ode
Vers le ciel impalpable où s’éteignent les phares

(Robert Desnos)

 

 

 

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En Sursaut (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



En Sursaut

Sur la route en revenant des sommets rencontré
par les corbeaux et les châtaignes
Salué la jalousie et la pâle flatteuse
Le désastre. Enfin le désastre annoncé
Pourquoi pâlir, pourquoi frémir ?
Salué la jalousie et le règne animal avec la fatigue
avec le désordre avec la jalousie
Un voile qui se déploie au-dessus des têtes nues
Je n’ai jamais parlé de mon rêve de paille
Mais où sont partis les arbres solitaires du théâtre
Je ne sais où je vais j’ai des feuilles dans les mains
j’ai des feuilles dans la bouche
Je ne sais si mes yeux se sont clos cette nuit
sur les ténèbres précieuses ou sur un fleuve d’or et de flamme
Est-il le jour des rencontres et des poursuites
J’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche.

(Robert Desnos)

Illustration

 

 

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