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Poésie

Archive for 2 juin 2016

Te souviens-tu de cet arc-en-ciel de septembre (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Te souviens-tu de cet arc-en-ciel de septembre
sous lequel nous avons voulu dormir ensemble
pour protéger la forme de notre lointain
entre la pluie et le soleil d’un matin
entre la flamme au vent et le vent de la cendre
entre la mémoire et l’oubli de se perdre ?
Te souviens-tu de la rosée aux cils de l’herbe
et de nos yeux brûlés par les astres éteints ?
Te souviens-tu que l’arc-en-ciel ne se possède
que de loin, et qu’il s’efface quand on l’atteint?

(Robert Mallet)

Illustration

 

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TRISTESSE EN MER (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



 

TRISTESSE EN MER

Les mouettes volent et jouent ;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.

Le jour tombe ; une fine pluie
Eteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.

Plus pâle que le ciel livide
Je vais au pays du charbon.
Du brouillard et du suicide ;
— Pour se tuer le temps est bon.

Mon désir avide se noie
Dans le gouffre amer qui blanchit ;
Le vaisseau danse, l’eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.

Oh ! je me sens l’âme navrée ;
L’océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.

Allons, peines d’amour perdues,
Espoirs lassés, illusions
Du socle idéal descendues,
Un saut dans les moites sillons !

A la mer, souffrances passées,
Qui revenez toujours, pressant
Vos blessures cicatrisées
Pour leur faire pleurer du sang !

A la mer, spectre de mes rêves,
Regrets aux mortelles pâleurs
Dans un coeur rouge ayant sept glaives,
Comme la mère des douleurs.

Chaque fantôme plonge et lutte
Quelques instants avec le flot
Qui sur lui ferme sa volute
Et l’engloutit dans un sanglot.

Lest de l’âme, pesant bagage,
Trésors misérables et chers,
Sombrez, et dans votre naufrage
Je vais vous suivre au fond des mers.

Bleuâtre, enflé, méconnaissable,
Bercé par le flot qui bruit,
Sur l’humide oreiller du sable
Je dormirai bien cette nuit !

… Mais une femme dans sa mante
Sur le pont assise à l’écart,
Une femme jeune et charmante
Lève vers moi son regard,

Dans ce regard, à ma détresse
La Sympathie à bras ouverts
Parle et sourit, soeur ou maîtresse,
Salut, yeux bleus ! bonsoir, flots verts !

Les mouettes voient et jouent ;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.

(Théophile Gautier)

 

 

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Sirènes (Jim Morrison)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Sirènes
Eau
Pluie et Tonnerre
Jet de la base
Un cri d’insecte déchire le feu
Grenouilles et grillons
Des portes s’ouvrent et se ferment
Le fracas du verre
La Parade Feutrée
Un accident
Bruissement de soie, de nylon
Arrosage de l’herbe sèche
Feu
Cloches
Serpent à sonnettes, sifflets, castagnettes
Tondeuse à gazon
Marchands de glaces
Patins et wagons
Vélos

(Jim Morrison)

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TRISTESSE DES ÎLES (Marcel Thiry)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



 

TRISTESSE DES ÎLES

J’ai attaché tant de rêves
A des mâtures partantes,
Et je regrette la rive,
La dune où la cloche tinte.

Voici l’azur sur la grève
Et les palmes éclatantes ;
Je pense au pays des grives
Dans les brumes indistinctes.

Je pense à la douce pluie,
Je touche la douce plaie
De me rappeler la plage

Où le vol palpite et crie
Des grands goélands de craie
Sur les émouvants nuages.

(Marcel Thiry)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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JE VOUS ÉCRIS D’ICI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



JE VOUS ÉCRIS D’ICI

Je vous écris d’ici, de ce pays profane
Où le vent va son train, où ronflent des moteurs,
Où l’oeil avec le jour pavoise, puis se fane
A l’heure où les oiseaux descendent des hauteurs.

Je vous écris d’ici, de ce pays sans larmes
Et sans éclats de rire où, nos pas dans nos pas,
Entre des ponts de fer fourbis comme des armes,
Nous marchons jusqu’au soir et nous couchons au bas.

Je vous écris d’ici, de ce pays crédule
Qui ne se lasse pas d’accoucher du printemps,
D’être son fossoyeur à chaque crépuscule,
De faire confiance à ses reins exultants.

Je vous écris d’ici, de ce pays précaire
Qu’une goutte de pluie emprisonne à loisir,
Qu’un cri fait vaciller, qu’un souffle désespère
Ou ravage de joie, et qui ne peut choisir.

Mais vous qui vous voulez, qui vous faites Icares,
Vous ne m’entendez plus si je m’attarde au bord
De ces bourgs soulevés par le poumon des gares,
De ces canaux sans hâte envahis par la mort,

De ces chantiers dressés comme autant de calvaires
Sur un ciel qui se moque et repent tour à tour,
Au bord de ces forêts qui, jadis, enfantèrent
Le chêne où fut taillée la croix de notre amour,

Si je m’obstine à vous redire l’innocence
De ce monde où les eaux, les arbres et les vents,
Et la houille des morts et le frai des vivants
Ronronnent de la même et tendre patience
Qui fait enfin jaillir un dieu de son absence.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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LE COIN (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



LE COIN

Les vieux miséreux attendent, en battant la semelle, qu’un patron les embauche.
Ils attendent et frissonnent, les mains dans les poches,
Ils ne se parlent pas entre eux car ils ne se connaissent pas.
Parfois l’un d’eux murmure Nom de Dieu tout bas.

Les fiacres en roulant près du trottoir, les éclaboussent
Les passants en pardessus, sans les voir les repoussent
La pluie souvent fes mouifle jusqu’aux os
Ils relèvent le col de la veste courbent un peu plus le dos
Disent Sacré bon Dieu de bon Dieu et toussent.

Ça durera jusqu’au jour où dans l’hôpital
Ils cracheront le reste de la vie en noir en pensant « Ça y est jusqu’à la gauche »
Ils pleureront peut-être comme un petit gosse qui a mal
Et crèveront en murmurant : C’est-y l’bon Dieu qui m’embauche ?

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Le Marché (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



le ciel a le gros foie
un nuage boite

des cris se broient

contre l’église
une femme sans âge
vend un parapluie de dentelles

la lumière sort en squelette
du vitrail

(Daniel Boulanger)

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Tu es née d’un soupir (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



tu es née d’un soupir
fontaine au milieu de la nuit

la pierre d’absence t’a recueillie
comme la main avide de pluie

j’ai voulu boire de ton eau
mais la terre fuyait

à l’aube le coeur s’en va vers le poème
planter la soif dans un mot

(Rabah Belamri)

Illustration

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L’HOMME IMMOBILE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016


 

L’HOMME IMMOBILE

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir ; il voit la campagne calme,
immobile.
Douce bruine ingravide.
La terre rêve-t-elle à lui ? Lui, à la terre ?
Pleuvoir est-il un rêve ?

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir. Que regarde-t-il
de plus tranquille et sombre que ses yeux,
de plus sec que son front, de plus blessé ?
Se voit-il lui-même pleuvoir ou voit-il reverdir
les champs ? Se regarde-t-il
reverdir ? Regarde-t-il peut-être
le souffle pleuvinant de la bruine ingravide ?
Ou n’a-t-il d’autre rêve que de voir ?

Que regarde
l’homme immobile ?
A quelles semailles pense-t-il, à quelles semailles ?
Dans quels chaumes brûlés erre-t-il, dans quels
chaumes ?
Y a-t-il donc plus de quiétude en son regard
tranquille que dans la pluie ? Pleut-il sur terre
ou seulement dans son désir ? La pluie en songes le
voit-elle
ou est-ce lui qui rêve de voir ?

Le voici, immobile.
Immobile.
Rien, rien ne bouge en lui, et rien dans la campagne.
Est-il le rêve de la pluie ? La pluie est-elle,
immobile, son rêve ?
Un rêve, cette terre ?
Un rêve, cette pluie ?

(Elvio Romero)

Illustration: Jean-Michel Folon

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La nature des choses (John Burnside)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016




Parce que certains animaux n’ont pas de nom,
unis à la trame des choses, provisoires

comme la neige fraîche ou bien les gouttes d’eau tombées
qui s’évaporent sur le sol de la cuisine,

on croit la maison déserte lorsqu’on part
au travail ou à l’école,

oublieux des traces de souffle
sur les plâtres,

de la pulsation dans une conduite d’eau, chose insaisissable,
qui vient de naître, au loin, en bas,

quelque chose comme une veine, peut-être, ou bien la vie
que nous avons presque imaginée pour les aplysies

et les phryganes,
une présence dont on pourrait tenir compte, tel un signe,

ressemblant vaguement
à la linotte ou au vison

mais à peine perceptible,
sans couleur ni parfum

– et c’est pourquoi nous avons tant de mal à décrire
les anges qui occuperont ces pièces

en notre absence, qui découvriront nos biens esseulés,
nos coupes de fruits et cuillères,

nos imperméables vides suspendus près de la porte,
le journal rivé à la table par une tasse,

c’est pourquoi nous leur donnons des ailes
et une peau humaine, un corps dans l’étreinte du chant,

silencieux comme le lait,
et nus comme la pluie.

(John Burnside)

Illustration: Jonathan Earl Bowser

 

 

 

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