Arbrealettres

Poésie

Archive for 4 juin 2016

Grincement d’une branche tordue (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Rameau déchiqueté, tordu,
Lançant là depuis mainte année
Au vent son chant sec et bourru,
Sans plus de feuilles ni d’écorce,
Las de cette vie surannée,
Las de ne pas mourir, sans force,
Inquiet en secret, mais fier.
Sa voix rauque sonne, obstinée,
Un été encore, un hiver.

**************

Knarren eines geknickten astes

Splittrig geknickter Ast,
Hangend schon Jahr um Jahr,
Trocken knarrt er im Wind sein Lied,
Ohne Laub, ohne Rinde,
Kahl, fahl, zu langen Lebens,
Zu langen Sterbens müd.
Hart klingt und zäh sein Gesang,
Klingt trotzig, klingt heimlich bang
Noch einen Sommer,
Noch einen Winter lang.

(Hermann Hesse)

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Quand je marche sur l’herbe (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



 

Quand je marche sur l’herbe

Quand je marche sur l’herbe je sais que je la déchire,
mais cette souffrance que je donne,
je la reçois et c’est par elle que j’aime.

Je marche sur mon propre corps, m’appuyant sur les tendons des tiges,
forçant les veines qui plient dans le rayon du coeur caché.

Tout vit, tout respire et va bientôt se taire.

L’invisible, de tous les points, force ce corps fragile,
le démembre petit à petit tandis que des ennemis par milliards
pataugent dans la boue des tissus.

(Luc Dietrich)

 

 

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Le platane émondé (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016




Le platane émondé

Tout être se souvient de la forme qu’il est né pour remplir :
dans la joie ou dans la douleur, dans le désir ou la vertu
il s’efforce de la soutenir, de l’ouvrir jusqu’au bout sous le regard du ciel.

L’arbre frappé a vibré comme une corde.
La hache a taillé son chemin jusqu’au nerf du bois.

Les hautes branches sont tombées avec le bruit des grandes pluies.
Mais le désir embrouillé dans les racines, muré dans le tronc,
se souvient de la verdoyante sphère.

(Luc Dietrich)

Illustration

 

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Sachons toujours nous souvenir (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



 

Pour gagner le verger aux arbres toujours verts
Aux fleurs fraîches et neuves, aux herbes courageuses
Au ruisseau non souillé coulant entre les mousses
C’est debout qu’il faut vivre dans la force du monde
La chevelure au vent et le coeur en éveil.

Il faut marcher encore dans les herbes brûlées
Où nous avons senti la beauté de la route
Il faut garder toujours cette fleur de fraisier
Dernière de cet automne mais pour nous la première.

Sachons toujours nous souvenir que le mot le plus beau
Sera toi sur mes lèvres, sera tien dans ton coeur.

(Luc Dietrich)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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Les jardins de l’infini (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Les jardins de l’infini

Ce grand courant d’Amour qui te relie ne passe plus
par ton coeur mais par le coeur du monde dans
lequel le tien s’est fondu. C’est un fleuve qui te
ramène en ta demeure pour que s’ouvre l’infini dans
la conscience impersonnelle de l’Unité.

Reconnaître ce lieu, permet de créer la force
incoercible de tout et de s’y laisser disparaître. La
parcelle retrouve son origine et ce qu’elle est
véritablement c’est-à-dire l’océan du vide ou la joie
sans limite. Dans cette reconnaissance le petit
morceau de vie qui se croyait enfermé dans une
forme rigide retrouve la vie toute entière et l’oiseau
de liberté se perd dans le ciel.

(Marianne Dubois)

 
son site ici

 

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L’amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016


 

L’amour nous donne alors la force
de poursuivre une aventure de soleil
à l’unique de notre sang
entre des murs que l’on entend respirer.

(Lucien Becker)

Illustration

 

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A quelle présence ? (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Prendre cette force qui est aussi notre sang
pour détourner un peu de lumière de sa chute.

Autant dire ne rien prendre que la pureté d’un espace.
L’air se redresse comme une évidence
dans le mouvement du livre à sortir de lui-même.

Connaître, baissés sous le portail,
amants du souffle et de la rencontre.

A quelle présence ?

(Dominique Sampiero)

Illustration: Odilon Redon

 

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Pour pouvoir rêver (Albane Gellé)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



J’ai mis dans ma tête:
Une boîte à musique.
Un arbre tout seul.
Et trois étoiles de mer
Pour pouvoir rêver
En toutes circonstances.

(Albane Gellé)

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles !
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
Il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

IL VUOTO E LE FORME

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno –
di cacciatore a cui toccó soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella beffa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come sumo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il foglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

Illustration: André Nadal

 

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Le fleuve est désert (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Le fleuve est désert. Et tu le sais trêve
aujourd’hui des prouesses éclatantes d’hier.
J’embrasse dans tes aisselles, humides, fiers,
les parfums d’un été qui se gâte.

***

Deserto è il fîume. E tu lo sai che basta
ora con le solari prodezze di ieri.
Bacio nelle tue ascelle, umidi, fieri,
gli odori di un’estate che si guasta.

(Sandro Penna)

Illustration: Egon Schiele

 

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