Arbrealettres

Poésie

Archive for 5 juin 2016

MUR (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



MUR

Le soir est tombé
et le mur aussi
Puis ce fut elle
dans ses bras à lui
Et malgré l’obscurité
et malgré la myopie
ses yeux ont croisé
ses yeux
Et tout autour d’eux
s’est évanoui
Et tous deux
ont pris feu
est et ouest
réunis

(Béatrice Bastiani-Helbig)

Illustration: Koloman Moser

 

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INNOCENCE (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



INNOCENCE

Deux enfants
sur un trampoline
se tenant par la main
cheveux au vent
Et dessous
un chien
courant en cercles

(Béatrice Bastiani-Helbig)

Illustration

 

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L’empreinte (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016




En nous serrant si fort
peut-être espérions-nous
garder sur nos deux corps
l’empreinte
de la dernière étreinte

(Béatrice Bastiani-Helbig)


Illustration

 

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Moi, je fais de toi un coquelicot (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



Ils ont fait de toi une image,
ils ont fait de toi une idole,
ils ont fait de toi une Eglise.
Moi, je fais de toi un coquelicot,
l’étendard minuscule de l’éternel,
le fleurissant par surprise.

(Christian Bobin)


Illustration: ArbreaPhotos

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UNE NUIT INSOMNIEUSE (Li Yu)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



UNE NUIT INSOMNIEUSE

Profonde, la cour est silencieuse
Minuscule, le jardin est désert
Le vent intermittent provoque
Les battements sporadiques
des fenêtres et des portes
La nuit est interminable, insomnieuse
Je ne fais que compter les coups des battoirs
Et regarder le rideau illuminé par
la lueur de la lune

(Li Yu)

Illustration

 

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Pour mieux caracoler (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



pour mémoire caracoler
comme mousse entre les dalles

ne pas se laisser rejoindre par le crachin
de la veille, c’est un renard je l’ai vu

filer par les vignes et la mémoire
des lieux-dits

qui ne parlent pas

offrande perdue
cailloux
minuscules

(Jacques Dupin)

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Tu épluches une orange (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



 

Tu épluches une orange
et tu me fais cadeau de son jus
entre deux doigts
tu m’offres le rire
d’un soleil minuscule
sur notre table
le temps est devenu un secret
partagé avec les moineaux
nous habitons un instant de lumière
et son double reflet
l’oeuf à la coque
laisse son ombre d’avant-garde
tacher les chiffres
de l’antique addition
qui s’envole

(Luis Mizón)

 

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PETITE ENFANT QUI JOUE AVEC RIEN… (René Ménard)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



petite fille sable 5 [800x600]

Petite enfant qui joues avec rien
Tu fais ces pierres transparentes
Et la lumière se perd en elle-même
Sur les châteaux des hommes

Tes yeux sont mon plus beau silence
Le baiser de la fraîcheur vivante
Et me voici comme un moine sans corps Dans sa robe
A te regarder

Tes tièdes épaules qui tiennent dans ma main
Vivent et tu m’échappes pour attraper
Quelque minuscule poignée de sable
Que le vent disperse sur la grande terre coutumière
Dans le même sens que nuages
O ma petite proche O ma lointaine enfant.

(René Ménard)

Illustration

 

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Cette quête (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



Les murs ne tombent pas
[38]

Cette quête de parallèles historiques,
recherche dans les affinités psychiques,

a déjà été usée jusqu’à la corde,
sera recommencée ;

aucun commentaire ne peut altérer les réalités spirituelles
(dis-tu) ou à nouveau ;

quelle lumière nouvelle pourrais-tu
jeter sur elles ?

mon esprit (le tien),
ta façon de penser (la mienne),

chacun a sa propre carte complexe,
des fils se tissent au-dessus et au-dessous

de l’expansion végétale
des aptitudes biologiques,

tendances héritées,
effort intellectuel

de toute la race,
son flux et son reflux ;

mais mon esprit (le tien)
a sa propre approche

égocentrique et spécifique
des réalités extérieures,

et diffère de tous les autres
par de minuscules particularités,

comme le tracé des veines sur chaque feuille
diffère de celui de tout autre feuille

dans la forêt, comme chaque flocon de neige
a sa forme particulière d’étoile, de corail ou de prisme.

***

This search for historical parallels,
research into psychic affinities,

has been done to death before,
will be done again;

no comment can alter spiritual realities
(you say) or again,

what new light can you possibly
throw upon them?

my mind (yours),
your way of thought (mine),

each has its peculiar intricateap,
threads weave over and under

the jungle-growth
of biological aptitudes,

inherited tendencies,
the intellectual effort

of the whole race,
its tide and ebb;

but my mind (yours)
has its peculiar ego-centric

personal approach
to the eternal realities,

and differs from every other
in minute particulars,

as the vein-paths on any leaf
differ from those of every other leaf

in the forest, as every snow-flake
has its particular star, coral or prism shape.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

 

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Il est des instants étranges, uniques (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



Il est des instants étranges, uniques, presque cocasses.
Un homme marche à midi en portant un panier sur sa tête;
le panier lui cache entièrement le visage
comme s’il était sans tête ou déguisé,
portant une tête monstrueuse et sans yeux,
aux yeux innombrables.

Tel autre,qui flâne rêveusement dans le crépuscule,
trébuche quelque part, pousse un juron,
revient sur ses pas, cherche;
— un caillou minuscule; il le soulève; il l’embrasse;
puis il s’inquiète soudain : quelqu’un d’autre a pu le surprendre;
il s’éloigne d’un air coupable.

Une femme met sa main dans sa poche; elle n’y trouve rien;
elle ressort sa main, l’élève, l’observe attentivement :
une main imprégnée de la poussière du vide.

Un garçon de café a refermé sa paume sur une mouche
— il ne la serre pas;
un client l’appelle; il a oublié la mouche;
il desserre sa paume; la mouche s’envole, se pose sur le verre.

Un papier roule dans la rue avec hésitation,
en marquant des temps d’arrêt,
sans attirer l’attention de qui que ce soit, — cela lui plaît.
Pourtant, à chaque instant,
il émet un craquement particulier qui est un démenti;
comme s’il cherchait maintenant
quelque témoin incorruptible de sa marche modeste, mystérieuse.

Et toutes ces choses ont une beauté solitaire, inexplicable,
une peine très profonde venue de nos propres gestes, étrangers et inconnus
— n’est-ce pas?

(Yannis Ritsos)

Illustration: Théodore Géricault

American Beauty

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