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Poésie

Archive for 16 juin 2016

J’avais un amour (Alfonsina Storni)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



J’avais un amour,
un tout petit amour,
et il s’en est allé.

Bon voyage, mon amour,
bon voyage.

(Alfonsina Storni)

 

 

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LA TERRE (Francisco Luis Bernardez)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



LA TERRE

Voici la terre où nous sommes nés pour souffrir, voici le berceau irrémédiable.
Voici la terre qui un jour nous donnera en quelque lieu l’oubli et la couche.
Nous vivons ici pour le temps, comme les feuilles pour le vent du soir.
Nous vivons ici prisonniers comme les fleurs et les fruits des arbres.
Comme la pierre qui ne souffre pas, comme les oiseaux qui souffrent et l’ignorent.
Comme la nuit, comme le jour; comme le bûcher, comme le fleuve, comme l’air.
Toutes choses languissent entre leurs murs et leurs grilles naturelles.
Le dur sceptre qui gouverne la terre douloureuse est une clé.
L’homme regarde doucement les créatures de ses yeux immortels.
Ses yeux sont ceux d’un roi vaincu qui regarde son royaume du fond d’une prison.
Mais malgré les chaînes, son cour est traîné vers le ciel.
L’homme monte de la terre comme les flammes, par la fumée de ses rêves.
Il traverse les jours et les nuits d’un vol semblable à celui des oiseaux altérés.
Il suit les traces des nuages parmi des châteaux enchantés et des guerriers.
Il sillonne un océan d’ombres, dont les astres vagabonds sont les voiliers.

Il parcourt des lieux de silence, des lieux de paix, des lieux de lumière, des lieux de vent.
Après avoir parcouru des lieux et des lieux il atteint les plages illuminées d’une étoile.
Il met le pied sur le rivage après lequel il soupirait, et entre dans un monde dont le nom est mystère.
Il tourne les yeux et il demande si l’autre monde s’est fermé à jamais.
Mais la terre des hommes brille dans ce qui est maintenant le ciel.
La terre est dure comme le fer; la terre est noire comme la plainte de la nuit.
Mais tout n’est pas amertume, puisqu’entre tant d’obscurité il y a aussi des fleurs.
La douleur s’allège, et dans les ténèbres il y a de petites lueurs.
Le mystère même nous console, réduit en formes, en parfums, en couleurs.
La terre souffre un peu moins, car les fleurs équilibrent les douleurs.
Tout pour ces âmes fidèles, tout pour ces coeurs compréhensifs.
Avec ces bouches et ces yeux la terre vivante nous interroge et nous répond.
Avec ces mains incertaines elle nous caresse, nous conduit, nous secourt.
Avec ces faibles oreilles elle entend crier dans le vide nos noms.
Avec ces humbles larmes, la douce terre pleure pour l’homme.

Ici est né pour nous sauver un être plus pur que la lumière des étoiles.
Moitié de ciel véritable, l’autre moitié de terre véritable.
Il est venu pleurer pour ceux qui pleurent, il est venu souffrir pour que l’homme ne souffre pas.
Avec la monnaie de son corps il a voulu payer notre rachat aux ténèbres.
Il a fermé les plaies vives, il a ouvert les yeux éteints et les portes.
Pour briser nos chaînes il est venu chargé, corps et âme, de chaînes.
Il a fait monter vers les astres les bêtes féroces, et les vers aux sphères dernières.
Et pour nous tenir compagnie il a assis les anges du ciel à notre table.
Mais la terre n’a pas voulu le recevoir, parce que la terre était de terre.
Elle l’a reçu avec ses épines, ses cailloux, son fiel, son bois.

Voici la terre où nous sommes nés pour mourir, voici la terre de l’oubli.
Voici la terre où nous serons un jour poussière, sans mémoire et sans sentiment.
Un jour triste comme les autres la mort viendra avec son froid et sa nuit.
Nous la regarderons lentement, comme on regarde les étoiles et les enfants.
Les brèves années seront finies, et dans notre sommeil commenceront les longs siècles.
Un silencieux orage nous couvrira de sa peur définitive.
De notre passage au monde nous ne laisserons ni une image ni un vestige.
Nous ne laisserons même pas le souvenir que laisse le vent dans la mémoire du chemin.
Nous serons larme dans la pluie, étincelle dans la lumière, cri sur la mer, goutte dans le fleuve,
Nous serons ombre dans les ténèbres, fumée dans la brume, solitude dans le néant.

(Francisco Luis Bernardez)

Illustration: Jacques Barcat

 

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CORTEGE (Leopoldo Marechal)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



CORTEGE

Vêtue et parée comme pour ses noces
S’en va la Morte : deux enfants
la conduisent en pleurant.
Et c’est sur le chariot même où l’on charge en Décembre
les épis mûrs.

Le corps est étendu sur des laines brillantes,
les essieux et les roues chantent
leur antique servage.
Fiché dans la prairie comme une lance d’or
midi flamboie.

(Mon frère monte un poulain couleur de nuit,
moi une jument blanche
qui n’est pas encore ferrée.)

La Morte s’en va sur le chariot des blés mûrs :
Sa face tournée vers le soleil
a le brillant du nickel.
On devine la forme du silence à ses lèvres,
une forme de clé.

Elle a fermé les yeux au calme visible
du jour, et au jeu
des nombres chantants;
et ses mains agrippent la Croix en un geste
d’invisible naufrage.

Et pendant que le cortège s’avance parmi les fleurs
et les épis de lin qui murmurent
dans la langue du vent,
la tête gisante secouée par le voyage
fait le signe du « non ».

Deux enfants la conduisent : dans leurs têtes nuageuses
bourgeonnent les questions :
Pourquoi la Morte est-elle en robe de noces ?,
Pourquoi sur le char même
Où l’on transporte les épis ?

(Mon frère monte un poulain couleur de nuit,
moi une jument blanche
qui n’est pas encore ferrée.)

(Leopoldo Marechal)

Illustration: Claude Monet  

 

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LA BLANCHE SOLITUDE (Leopoldo Lugones)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



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LA BLANCHE SOLITUDE

Sous le calme du sommeil,
Calme lunaire de lumineuse soie,
La nuit
Comme si elle était
le corps tendre du silence
Doucement s’étend dans l’immensité,
Et déroule
sa chevelure
en un prodigieux feuillage
de peupliers.

Rien ne vit sinon l’oeil
De l’horloge dans la tour sombre
Creusant vainement l’infini
Comme un trou ouvert dans le sable.
L’infini
Roulant dans les engrenages
des horloges,
comme un char qui n’arrive jamais.

La lune creuse un abîme blanc
De quiétude, et dans cette fosse
Les choses sont des cadavres
Et les ombres vivent comme des idées.
Et l’on s’étonne de sentir dans cette blancheur
La mort si proche
De ce monde si beau
Pénétré par l’ancienneté de la pleine lune.
Et le désir triste d’être aimé
Agite le coeur douloureux.

Il y a une ville dans l’air
Une ville suspendue presque invisible
Dont les contours vagues
Transparaissent dans la nuit claire
En cristallisation polyédrique
Comme les rayures en filigrane sur le papier;
Une ville si lointaine
que sa présence absurde inquiète.
Est-ce une ville ou un navire
A bord duquel nous abandonnons la terre
Silencieux et heureux,
Et dans une telle pureté
Que nos âmes seules
Survivent dans la blancheur de la lune pleine ?

Et soudain un vague frémissement
Trouble la lumière sereine.
Les lignes s’évanouissent
L’immensité se change en pierre blanche,
Et seule demeure dans la nuit funeste
La certitude de ton absence.

(Leopoldo Lugones)

Illustration: Christian Schloe 

 

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A l’extrême de l’automne (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


cascade

 

A l’extrême de l’automne
Nous parviendra encore
mêlé de mousses et de lilas
L’écho de la cascade
Ravivant le sang
ravivant le chant
Au creux de la roche fêlée

(François Cheng)

 

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Nulle chair vaine (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


Un seul regard reprend tous les regards
Un seul mot libère tous les échos
Un seul geste rompt l’unique fièvre
Un seul geste rouvre toutes les veines
Nul sang n’est perdu nulle chair vaine

(François Cheng)

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Abandonne-toi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


etoiles

 

Vers le soir
Abandonne-toi
à ton double destin:
Habiter le coeur du paysage
Et faire signe
aux filantes étoiles

(François Cheng)

 

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Entre regard et silence (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


Le Vrai toujours
Est ce qui naît
d’entre nous
Et qui sans nous
ne serait pas

Né d’entre nous
Selon le souffle
du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel

Entre regard et silence

(François Cheng)

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Un jour, ici, midi d’un été sans ombre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



lézard

 

Quand le lézard tracera la fissure
au coeur de la pierre
Le pavot du pré se rappellera
nos noms emmêlés
Midi d’un été de pur échange
Un cri muet déchirant les reins les lèvres
A l’heure où toute vie, suspendue
en une grappe de fruits
Un jour, ici, midi d’un été
Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine
pour prendre racine
Et trop tard pour établir demeure

(François Cheng)

 

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Feuilles tombées ferments d’un printemps autre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016


Traces que laisse tout destin aimant, nullement
En ligne droite mais en cercles concentriques
Cercles rejoignant d’autres cercles mus par l’amour
Jusqu’à rejoindre l’immense cercle initial
Qui depuis toujours aimante toute, mêlant
Destins brisés et rêves primordiaux

Feuilles tombées ferments d’un printemps autre

(François Cheng)

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