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Poésie

Archive for 19 juin 2016

Félicité (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016


fêlure

 

La moindre fêlure
d’une vitre ou d’un bol
peut ramener la félicité d’un grand souvenir
les objets nus
montrant leur fine arête
étincellent d’un coup
au soleil
mais perdus dans la nuit
se gorgent aussi bien d’heures
longues
ou brèves.

(Jean Follain)

 

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Hors du coeur il n’est rien que fêlure du temps (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



Quand viendra l’heure du couteau, qu’aurais-je fait?
Quelques enfants, quelques poèmes, un jardin.
Qu’aurai-je possédé? Un monde d’herbe et d’eau,
et l’attente d’un corps, et de la nuit partagée,
et le petit matin sur une jeune épaule.

Hors du coeur il n’est rien que fêlure du temps.

(Jean Joubert)

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Lorsqu’une pierre se brise (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



Lorsqu’une pierre se brise,
lorsqu’une branche se fend,
lorsqu’une guêpe déchire
le coeur d’un fruit pourrissant,

lorsque s’ouvre une fissure
au mur des granges du vent,
lorsqu’une mince blessure
saigne aux lèvres d’un enfant,

c’est notre mort qui jaillit
de la douteuse fêlure
tandis que tonne à midi
le grand vaisseau de lumière.

(Jean Joubert)


Illustration

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Eternel premier cri (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



12219410
Frayeur bue
Douleur tue

Se livrer à la foudre
Est-ce déjà trahir

Toute fêlure semence
Toute fracture naissance

Frayeur bue
Douleur tue

Eternel premier cri

(François Cheng)

Illustration

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Je ne veux plus (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



Alena Plihal -  (11)

Je ne veux plus, je gémis,
je ne peux plus souffrir
ma prison.
Je dis ceci
amèrement:
mots qui m’étouffent,
laissez-moi,
lâchez-moi,
j’ai soif
d’autre chose.
Je veux la mort
non admettre
ce règne des mots,
enchaînement
sans effroi,
tel que l’effroi
soit désirable;
ce n’est rien
ce moi que je suis,
sinon
lâche acceptation
de ce qui est.
Je hais
cette vie d’instrument,
je cherche une fêlure,
ma fêlure,
pour être brisé.
J’aime la pluie,
la foudre,
la boue,
une vaste étendue d’eau,
le fond de la terre,
mais pas moi.
Dans le fond de la terre,
ô ma tombe,
délivre-moi de moi,
je ne veux plus l’être.

(Georges Bataille)

Illustration: Alena Plihal

 

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L’air est comme la porcelaine (Raoul Schrott)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



dans ce froid l’air
est comme la porcelaine
et le ciel
une jatte – une fêlure
du clocher au
sommet – une fissure
par laquelle la nuit
regarde jusqu’à ce que la terre
éclate en étoiles

***

in dieser kälte ist die
luft wie porzellan
und der himmel eine
schüssel – ein sprung
vom kirchturm bis
zum gipfel – ein riß
durch den die nacht
schaut bis die erde
zu sternen zerspringt

(Raoul Schrott)


Illustration

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ON NE PARLE QUE DU TEMPS (Jaime Labastida)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



sphynge

 

ON NE PARLE QUE DU TEMPS

Que devient la dent féroce,
la fêlure froide des heures,
sinon du temps ? La chair,
pourrie quelques années plus tard, quelques rues
plus loin. Puis vint l’aboiement de l’ombre,
ce chien abstrait lui dévora le visage.

Et le champignon foulé au pied,
négligemment, et la fumée dense
des terrasses, parfaite,
que deviendront-ils, sinon du temps ?
Pas seulement les griffes, ni même
l’horloge, puits ouvert dans un mur
cobalt. Pas seulement le mois qui forme
des rides, ni l’année avec sa queue
de scorpion. Aussi la main
qui trace l’incision de chirurgie,
et celle qui dissèque un organisme vivant.

Je ne parle pas seulement de la seconde prolongée,
irrésolue, qui détruit le coeur ou taille
les pierres. Je parle à peine du temps,
de l’automne qui s’est jeté par terre
pour boire les couleurs du jardin,
de la fleur qui torture
par sa stricte géométrie aveugle.
Temps debout, eau qui lutte
encore contre l’hiver, temps aussi
l’armée assyrienne qui avançait,
comme une forêt de pierre,
sur Ninive, les fleurs dans le parc
de Rodin, temps encore la sphinge
et sa stupeur vide dans une cité
qui ne fut pas faite pour elle, temps
ce groupe de mandrills
qui vénèrent le soleil. Tout saigne
et se meut, tout est temps
et amour, scintillement de l’absence :
ainsi jaillit du sein le lait, le temps.

(Jaime Labastida)

 

 

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Mes racines pendaient à mes branches (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



 
Mes racines pendaient à mes branches.
Quand elles touchaient terre un arbre nouveau surgissait.
Nous étions une armée géante,
à elle-même rivée par ses millions de bras.

Dans la respiration des feuilles
nous avons attendu la tempête qui nous amputât les uns des autres.
Jamais le vent n’eut assez de haches.
Jamais le sol ne se fendra
pour que nous lui arrachions notre immobilité démente Ecoute.

Vers le temple aux blocs scellés j’ai lancé une liane.
Entre les pierres sans fêlure elle s’est lovée.
Longtemps elle a grossi invisible dans la nuit rocheuse.
Mais vint l’heure soudaine où le gonflement des tentacules disjoignit le granit.

Quand s’écroulèrent les murailles bâties au commencement du monde le fleuve même s’arrêta.
Mais que m’importe de pouvoir détruire !
Délivre-moi de ma puissance qui monstrueusement me multiplie en colosses enchaînés debout.
Je voudrais courir sur les plaines et jeter des oiseaux à travers le vent.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Hâleurs (Frank Venaille)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016



On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive
Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu’à son terme la

Valse triste ? …

(Frank Venaille)


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Le Temps (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016




Dans les terriers du cauchemar
Où la Justice est toute nue,
Le Temps, guettant du fond de l’ombre,
Tousse quand tu veux embrasser.

Dans les soucis et les migraines
Vaguement s’écoule la vie,
Le Temps fera comme il lui chante,
Demain, ou bien aujourd’hui.

Dans nombre de vertes vallées
S’amasse la neige effrayante;
Le Temps brise les farandoles
Et l’arc éclatant du plongeur.

Oh, enfonce tes mains dans l’onde,
Enfonce-les jusqu’au poignet;
Et regarde au fond de la vasque,
Pour voir ce que tu as manqué.

Le glacier cogne dans l’armoire,
Le désert gémit dans le lit
Et la fêlure de la tasse
Ouvre accès au pays des morts.

(Wystan Hugh Auden)


Illustration: Salvador Dali

 

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