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Poésie

Archive for 23 juin 2016

La chanson des grenouilles (Steve Waring)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



La chanson des grenouilles

ll était une fois un petit garçon qui aimait se promener dans la campagne
Un bel après-midi, il allait vers les marécages,
où le saule pleure sur la terre et l’air est tout mouillé

et la mousse qui descend des cyprès ressemble à un monstre à l’oeil maussade

Juste a l’endroit où vivent les grenouilles !

Eh bien, ce petit garçon s’assoit sur un tronc d’arbre et il écoute les grenouilles.
D’abord, elles ne parlent que le langage des grenouilles.
Quelques unes disent …
Et les autres…
Les plus grosses faisaient…
Et même quelquefois on entend…

bientôt, il ferme les yeux pour mieux entendre.
Il écoute encore les grenouilles et il découvre
qu’elles ne parlent plus le langage des grenouilles, no sir, elles parlent le langage des gens.

Il y en avait une qui disait : « Où es-tu? Où es-tu? Où es-tu? »
Et une autre qui lui répond « Suis’ici, suis’ici, suis’ici, suis’ici! … »
Et une autre qui demandait « Où ça? Où ça? Où ça »
Et un vieux crapaud qui disait « Dans la boue, dans la boue, dans la boue…
Et un très vieux grand-père qui chantait presque « Enlève’le, Enlève’le, Enlève’le… »
Et une toute petite grenouille qui disait « J’peux pas, J’peux pas, j’peux pas! … »
Et puis le chef de la tribu, avec ses yeux gros et verts, il sort la tête de l’eau et dit : « Boooooo! »

Et toutes les grenouilles sautent dans l’eau et elles nagent au loin en faisant …

(Steve Waring)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

 

 

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Enfance (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Enfance

Le long du Temps il se tenait sous le soleil de la colline,
…Au-dessus de la maison, dans la sérénité du père.
Très loin, la rumeur changeante, indistincte ne menaçait pas
…Ni ses îles noires dans l’épaisse distance.

Il pouvait voir chaque cime, chaque nuance vague,
…Où les îles amassées roulaient dans la brume étrangère,
Et même si toutes couraient vers son regard
…Il savait qu’elles celaient d’invisibles détroits.

Souvent il se demandait quelles rives nouvelles il y découvrirait.
…En pensée il voyait la tendre lumière du sable,
L’eau claire sans profondeur dans l’air calme,
…Et il la traversait, joyeux, de grève en grève.

Au-dessus de la rumeur un navire très lent pouvait passer
…Qui semblait s’enfoncer dans la colline au crépuscule.
Le soir, la rumeur était douce comme un verre trop plein,
…Et le Temps semblait finir avant que le navire disparaisse.

De petits rocs grisâtres dormaient tout autour de lui,
…Immobiles comme eux, de plus en plus calmes avec le soir,
Les herbes renvoyaient de hautes ombres au loin,
…Et de la maison sa mère criait son nom.

(Edwin Muir)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La confirmation (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



La confirmation

Oui, ton visage, mon amour, est le visage exact de l’humain:
Celui qu’en esprit j’attendais depuis longtemps,
Voyant bien le faux, cherchant le vrai,
Te rencontrant comme un voyageur son répit
Soudain après tant de fausses routes et de vallées
De rocaille. Oui, soudain, tu fus devant moi.
Mais Comment te nommer ? Une source parmi les eaux usées,
Un puits ouvert dans un pays de sécheresse,
Ou tout ce qui est honnête et bon, un œil
Oui rend le monde enfin lumineux. Ton cœur
Offre simplement, offre le premier don,
Le premier monde de bonté, la moisson, la graine
Fleurie, l’âtre, la terre constante, la mer vagabonde,
Ni beaux, ni rares en aucune façon,
Mais, comme toi, au diapason de la Création.

(Edwin Muir)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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Le poète (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

Le poète

Et dans la stupéfaction
ma langue racontera
ce que l’esprit n’a jamais signifié
ce que la mémoire n’a jamais conservé.
La parabole de l’Amour
fut envoyée au monde
pour que nous puissions bégayer son nom.

Ce que jamais je ne saurai
c’est ce que je dois enseigner.
Là où jamais ne fut nul voyageur
là est mon voyage.
Chère désincarnation
à travers toi sont montrées
les formes passagères
qui vont et viennent.

Doute: envoyé-du-Paradis
si la pensée pouvait dérober
un seul mot du mystère
tout serait faussé.
Imagination, tu es bien plus fidèle
toi qui peut croire en l’Immortalité
et composer un chant!

(Edwin Muir)

 

 

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Alors (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Alors

Alors il n’y avait ni hommes ni femmes,
La seule chair,
Et des ombres coléreuses sur un mur
Qui de temps en temps lançaient un grognement,
Enfouies dans le limon et la pierre,
Et suintantes comme bois torturé
De grosses gouttes qui ressemblaient et non à du sang.
Et pourtant à chaque goutte, une ombre s’effaçait,
S’évadait du mur.

Il y avait une accalmie
jusqu’à la prochaine goutte,
Au prochain combat qui laissait sa trace sur le mur
Et c’était tout ; le sang était tout.
Si les femmes étaient survenues là, elles auraient pleuré
Pour le pauvre sang, innommé, indésiré,
Blanc comme le Poème oublié.
Le mur était hanté
De muettes présences maternelles dont les soupirs
Battaient contre les ombres et contre le mur
Comme si la furie de la mort elle-même pouvait mourir.

(Edwin Muir)

Illustration

 

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Les Absents (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



arbre généalogique [800x600]

Les Absents

Ils ont disparu. Et nous, nous sommes les Autres,
Nous marchons, inconnus nous-mêmes, dans le soleil
Qui brille pour nous et pour nous seuls.
Eux, Ils ont disparu.
Et Ils se font connaître de nous dans cette grande absence
Qui s’étend sur nous et entre nous
Depuis qu’Ils ont disparu.
À présent, dans notre royaume d’été insouciant,
Où nous rêvons, extasiés de soleil, où nous errons
Dans l’oubli profond de la clarté
Et où nous nous dissipons dans l’air
– C’est l’absence qui nous accueille ;
Nous ne nous atteignons pas ; nos âmes s’exhalent dans l’absence
Qui s’étend sur nous et entre nous.
Car nous sommes les Autres.

Et nous pleurons Ceux qui ne sont pas avec nous,
Sans comprendre notre chagrin ni la nature de notre chagrin,
Qui est au-delà de la pensée, de la mémoire et du deuil,
Nous pleurons la perte de ce que nous n’avons jamais
Possédé, les inconnus, les sans-nom,
Les toujours présents qui dans leur absence même
Sont avec nous (avec nous, les héritiers,
Les usurpateurs du soleil et du royaume du soleil)
Sans comprendre que chagrin et solitude
Sont peut-être la voie d’une bénédiction.

(Edwin Muir)

 

 

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J’ai vu les Muses (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Muriel Henry Muses [800x600]

J’ai vu les Muses

Sur la colline
Oui, j’ai bien vu les Muses
Perchées parmi les feuilles.
Je vis alors les Muses
Entre les larges feuilles des chênes
Qui mangeaient des glands et des baies.
J’ai vu les Muses sur un chêne
Séculaire qui croassaient.
Émerveillé en mon cœur
Interrogeant mon cœur émerveillé,
Je dis à mon cœur la merveille.

(Leonardo Sinisgalli)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Muriel Henry

 

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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MEDION DIGITAL CAMERA

 

Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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REGARD (Emmanuel Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



mer-et-galets 9 [800x600]

REGARD

Aux pieds nus cendrés de poussière,
fraîcheur des rosaces de pierre.

Parfait dessin, sans rien qui désaltère :
Fleurs sans parfum au fond d’une eau sans heurt,
(eau de graphite, et de hachures composée),
un poli triste, et sûr, et mort à la couleur

et doux comme la main posée.

(Emmanuel Ronce)

 Illustration

 

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La mer (Shûsui Ishimoto)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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Incrustant en elle
les étoiles gelées
la mer ne cesse de gronder

***

iteboshi o chiribamete umi nari-yamazu

(Shûsui Ishimoto)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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